Théâtre des gens de la place: Je t’aime moi non plus

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La fin de l’été s’accorde inévitablement avec la chute de température et, encore une fois, avec la rentrée théâtrale trifluvienne. Pour cette saison anniversaire, le Théâtre des gens de la place (TGP) célèbre avec une production pantouflarde. L’équipe d’habitués qui a largement contribué à la réputation de la troupe depuis 25 ans présente la comédie française Le prénom, jusqu’au 16 septembre prochain à la Maison de la culture de Trois-Rivières.

Avec cette valeur sûre et sa distribution calibrée, la troupe s’assure de commencer du bon pied. Bien que la scène théâtrale amateur propose une fois de plus une comédie française au scénario prévisible, l’amusement est au rendez-vous. Le rythme est agréable et généralement bien soutenu, malgré certains étirements créés par des monologues tombants.

Lors d’un souper de famille assez banal, les convives se livrent à un combat philosophique et éthique autour du prénom que le beau-frère veut donner à son fils: Adolphe. L’émoi se fait sentir, puisqu’il est inconcevable de nommer son enfant du même prénom que celui du Führer. À ce moment, l’écriture habile de Matthieu Delaporte et d’Alexandre de La Patellière est admirablement bien ficelée. La conversation bifurque et la pièce abandonne la trame philosophicomique pour se lancer dans les révélations-chocs et les engueulades fadasses hautement françaises.

Les cinq comédiens qui œuvrent sous la direction d’Éveline Charland ont une vaste expérience de jeu et sont excellents dans le registre de la comédie. Les mimiques, les grimaces et les mous sont fort efficaces pour tirer les rires. Les effets comiques qui ponctuent la représentation sont clichés et souvent caricaturaux, ce qui épouse d’ailleurs le genre. En ce sens, la mise en scène et le travail des acteurs sont parfaitement agencés au ton du spectacle.

Le couple incarné par Marie-André Leduc et Martin Francoeur est absolument stéréotypé, mais le duo d’acteurs le rend attachant. Martin Bergeron est une fois de plus égal à lui-même. Il offre un personnage timide, réservé et un peu «cucul la praline». Comme l’ensemble de la distribution, il est capable de beaucoup et davantage, mais ce type lui va à ravir.

Les cinq comédiens qui œuvrent sous la direction d’Éveline Charland ont une vaste expérience de jeu et sont excellents dans le registre de la comédie.

François Laneuville est impeccable dans son rôle d’outrecuidant. Il le sert avec un naturel juste du début à la fin. Le rythme comique repose souvent sur ses épaules et il sait faire valser la troupe avec sa force tranquille. Cindy Rousseau vient se joindre à la ribambelle au moment où la tension monte pour culminer vers un ouragan digne d’Irma la douce. L’expérience notable et la grande aisance des comédiens laissent certains tics gagner du terrain, mais l’ensemble du spectacle est divertissant. Rien ne déborde, tout coule rondement.

Rien ne déborde, tout coule rondement.

L’humour français n’est pas toujours assimilable et le Québécois moyen peine à s’identifier aux éclats de chicane de famille ainsi qu’aux références culturelles et littéraires qui pullulent chez nos cousins. Ça gueule, ça mange, ça boit. Du théâtre français, présenté avec des accents français, par et pour des Québécois. Choix discutable. Mais au fond, la liberté de choisir un prénom vaut bien celle de choisir une programmation théâtrale. Bon 25e.

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