REPORTAGE: Être étudiant.e, vivre avec une maladie… et les conséquences

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Dans le cadre de ce reportage, le Zone Campus s’est penché sur une situation problématique qui a touché plusieurs étudiants.es de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR): vivre avec une maladie et recevoir, ou non, l’accommodation de l’UQTR. Qu’en est-il des remboursements de session? Des relevés de notes? Vers qui se tourner? Plusieurs questions se posent, peu se répondent…

Le Zone Campus s’est entretenu avec une étudiante qui préfère garder l’anonymat sur son identité ainsi que sur son programme d’étude. Elle sera appelée Karine pour les besoins de la cause durant ce reportage.

L’évènement vécu par Karine s’est déroulé durant la session d’automne 2014, et malgré tout, les répercussions se ressentent encore. L’étudiante a reçu un diagnostic médical qui allait lui demander un arrêt d’études pour un temps indéterminé. Les premiers symptômes ont commencé en début de session, mais le diagnostic n’a eu lieu que trois mois plus tard, soit en décembre: «J’étais à bout de souffle, en panique et surtout épuisée. Je me présentais quand même à mes cours, lorsque c’était possible et j’ai complété les examens de fin de session au mieux de la situation», explique-t-elle.

Une étape à la fois

Pour commencer, Karine a discuté de sa situation avec son directeur de programme, qui lui a offert soutien et conseils. Il lui a demandé un papier du médecin le plus tôt possible. Toujours suivant ses conseils, Karine s’est présentée au bureau du registraire pour remplir des papiers réglementaires. Le registraire a étudié son dossier et une réponse négative s’est ensuivie. À la suite d’une demande d’une révision du dossier, une deuxième décision négative a été décidée: les papiers avaient été remis trop tard, malgré le diagnostic de deux médecins.

«J’en ai déduit qu’il était trop tard, trop tard pour être malade, j’ai longtemps «ressassé» ce sentiment d’injustice envers le système de l’UQTR» — Karine

L’étudiante a tout de même continué ses études: «Au moment où je ne me sentais pas bien, je me disais capable et je me poussais pour tout terminer, je me suis poussée au-delà de mes limites personnelles. J’aurais voulu suspendre ma session plus tôt, mais je ne pouvais pas m’auto-diagnostiquer, trois mois auparavant, avant le constat de ces deux médecins. Je ne pouvais pas savoir que tout cela me pendait au bout du nez, que la maladie ne faisait que progresser. Quand j’ai réalisé, il était trop tard».

Des conséquences fâcheuses

À la suite des évènements, Karine s’est retrouvée avec deux échecs dans un même programme, entraînant une exclusion: «Ce n’était pas un manque de volonté, bien au contraire, mais le diagnostic tardif de la maladie, attestant mon incapacité à terminer ma session qui m’excluait de mon programme». L’UQTR a tout de même accepté de rembourser la session de l’étudiante.

«La perte financière d’une session m’aurait beaucoup moins atteinte que l’exclusion de mon programme.» —Karine

En surplus de la fatigue due à la maladie, les nombreuses démarches administratives ont été tout aussi éprouvantes: «Quand on m’a exclue de mon programme d’études, j’ai eu le sentiment que c’était comme si on me disait «tu n’es pas capable», alors que je me présentais comme étudiante et que c’est ce qui m’identifiait, ce dont j’étais fière. En fait, je venais de perdre mon identité. J’étais complètement démolie et je devais passer à travers, ce qui m’a enfoncée encore plus loin dans la maladie. J’ai perdu du temps, de l’argent, de l’énergie et mon moral dans cette situation».

Qu’en est-il de l’UQTR?

Le Zone Campus a voulu se pencher plus loin sur le dossier et chercher les différentes politiques face aux étudiants.es vivant une maladie. Le bureau du registraire n’a pas répondu à notre demande de questions.

Nous retrouvons sur le site uqtr.ca un formulaire de demande d’examen de compensation avec la mention suivante: «Les examens de compensation tiennent compte des dispositions prévues dans les départements. En l’absence de politique départementale, les exigences minimales du Règlement sur le cheminement des étudiants de premier cycle et du Règlement des études de cycles supérieurs s’appliquent. Les demandes d’examen de compensation doivent être accompagnées des pièces justificatives et sont transmises directement au département responsable du cours pour lequel un examen de compensation est envisagé». Malgré le formulaire rempli et une pièce justificative, il se peut que la demande soit refusée par le département, et dans un tel cas, la situation pourrait mener à des échecs et une exclusion.

Les politiques et règlements de l’UQTR face à la question restent flous. Concernant l’abandon d’un cours sans remboursement ni mention d’échec, le règlement stipule que: «La date limite pour l’abandon des cours sans mention d’échec au dossier correspond à la 46e journée ouvrable après le début de la session».

Dans la Politique institutionnelle de soutien aux étudiants en situation de handicap, adoptée le 23 mars 2015, l’UQTR stipule que «La présente politique prend appui sur le fondement suivant: toute personne a droit à la reconnaissance et à l’exercice, en pleine égalité, des droits et libertés de la personne, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur […] le handicap ou l’utilisation d’un moyen pour pallier ce handicap. Il y a discrimination lorsqu’une telle distinction, exclusion ou préférence a pour effet de détruire ou de compromettre ce droit (Charte des droits et libertés de la personne du Québec, article dix)». On entend ici, au sens de la loi, le terme de handicapé comme étant: «Toute personne ayant une déficience entraînant une incapacité significative et persistante et qui est sujette à rencontrer des obstacles dans l’accomplissement d’activités courantes». Dans ce cas-ci, une maladie temporaire ne serait pas considérée comme un handicap.

La suite des évènements

À la suite de son exclusion, Karine s’est inscrite dans un programme connexe afin de continuer dans sa voie. En 2016, elle obtint un certificat, ce qu’elle qualifie comme une «conséquence positive». Toutefois, l’étudiante garde un goût amer face au système de l’UQTR: «Le terme le dit, c’est un système. Les normes et les règles sont là pour être appliquées et respectées. Néanmoins, pourrait-on espérer une approche un peu plus humaine? La vie étudiante n’est pas évidente à vivre pour tous. Ce que je pourrais espérer face au système de l’UQTR, c’est qu’on implante des règlements qui protègent les étudiants et qui permettent de mieux vivre notre parcours scolaire. À un des moments les plus difficiles de ma vie, j’ai ressenti du soutien des professeurs, mais pas du système de l’UQTR».

La situation de Karine n’est pas un cas isolé, malheureusement, elle est arrivée à d’autres et risque de se reproduire. Le Zone Campus a également eu vent d’autres étudiants.es faisant face à ce genre de problème, mais aucun.e n’a souhaité témoigner à ce sujet.

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