Un œil sur l’actualité internationale: Le rouge de la honte

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Gwendoline Le Bomin. Photo: Mathieu Plante
Gwendoline Le Bomin. Photo: Mathieu Plante

Il est des sujets dont on préfère éviter de parler. Celui du sang menstruel en fait partie. Pourtant, depuis quelques années, celui-ci commence à être débattu publiquement un peu partout dans le monde. Tandis que certains l’affichent comme l’artiste Laia Abril, d’autres le rejettent, rendant difficile le quotidien de millions de femmes.

Aujourd’hui, 1,5 milliard de femmes à travers le monde seraient en âge d’avoir leurs règles. Bien que le sang menstruel soit tout ce qu’il y a de plus naturel pour une femme, il représente encore un tabou, une honte dans certains pays, et se révèle finalement être un frein à l’égalité.

On peut le constater déjà ici à travers les publicités de protection féminine, par exemple. La couleur rouge est bannie des spots publicitaires, on finit par croire que le sang se décline dans les tons bleus de notre lessive.

Bien que le sang menstruel soit tout ce qu’il y a de plus naturel pour une femme, il représente encore un tabou, une honte dans certains pays.

Cependant, le mois dernier, une marque de serviettes hygiéniques anglaise, Bodyform, a fait exception à la règle en présentant enfin la véritable couleur des menstruations dans sa dernière campagne publicitaire. À quand une annonce similaire au Canada ? On ne doute pas que ce genre de publicité aiderait grandement à briser les tabous de ce secteur.

Le sang au sommet de l’art

Dans nos sociétés occidentales, une femme sur deux dit qu’elle a honte ou qu’elle est mal à l’aise d’aller acheter des protections périodiques, ou pendant ses règles. Pourtant, des artistes d’ici ou d’ailleurs bousculent les tabous et la stigmatisation.

Des artistes d’ici ou d’ailleurs bousculent les tabous et la stigmatisation.

J’ai dernièrement découvert une artiste qui a fait des menstruations l’objet central de son exposition: la photographe, écrivaine et plasticienne espagnole Laia Abril. Il s’agit du second chapitre d’un vaste projet: «L’Histoire de la misogynie». Pour ce travail, l’artiste engagée signe une série de photos au style documentaire, qui s’intitule «Le Mythe des règles».

L’artiste n’est pas à son premier projet coup de poing: en 2016, elle expose des clichés, mais aussi des objets, en lien avec l’avortement. Cette série, «On Abortion», présente de manière scientifique les différents types de risques auxquels sont exposés les femmes qui ont recouru à l’avortement ou qui n’y ont pas accès. L‘œuvre a été publiée sous forme de livre (éditions Dewi Lewis).

Dans «Le Mythe des règles», Laia Abril bouscule les tabous et les idées reçues concernant les menstruations. Les clichés sont des références religieuses, culturelles ou historiques. Par exemple, celui d’une pipe à opium. En effet, selon les croyances au XVIIIe siècle à Saigon, le sang des femmes pouvait rendre la drogue amère et inutilisable, elles ne pouvaient donc pas travailler dans cette industrie.

Quand menstruation rime avec exclusion

On aurait pu s’arrêter là, se dire qu’on devrait désormais parler des menstruations sans tabou et ne pas les considérer comme un sujet sale. Seulement, la situation se révèle bien plus grave lorsqu’elle constitue une exclusion sociale et peut mettre en danger la vie des femmes.

Aujourd’hui, ce sont 500 millions de femmes qui n’ont pas accès à des sanitaires ou à des protections périodiques, pour des raisons de coûts ou d’équipement. Néanmoins, le tabou concernant les règles touche toutes les femmes.

Rien que le fait de ne pas en parler laisse dans l’ignorance des millions de femmes, devant faire face à l’isolement. Faute de moyens adéquats, les jeunes filles et femmes doivent quitter l’école ou leur lieu de travail.

Pendant cette période, beaucoup de femmes sont mises à l’écart. Cela s’avère être le cas dans de nombreux pays en développement ou dans certaines sociétés traditionnelles, où on les considère comme impures.

Le tabou concernant les règles touche toutes les femmes.

Jusque récemment, les Népalaises se voyaient condamnées au chhaaupadi, un «exil menstruel». Ces dernières étaient obligées de séjourner dans des huttes, à l’extérieur de leur foyer, et avaient l’interdiction de toucher la nourriture destinée aux autres, les icônes religieuses, le bétail ou les hommes.

Heureusement, depuis le 9 août dernier, une nouvelle loi interdit cette pratique qui met au ban les jeunes filles et les femmes dans certaines régions du Népal. Désormais, toute personne qui obligera une femme à se plier à cette tradition, qui reste encore bien ancrée chez la population, est passible d’une peine de trois mois de prison et/ou d’une amende de 3 000 roupies (environ 38$CAD).

Alors efforçons-nous de faire évoluer les mentalités pour que les règles ne soient plus synonymes d’impureté, de saleté et de honte. Et pour ceux que ça dégoute encore, il faut juste se rappeler que ce sang menstruel qui s’écoule tous les mois fait que l’espèce humaine existe. Donc si vous êtes en train de lire cette chronique, ce sont grâce à elles…

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