REPORTAGE — ASSISTANCE DANS LES GRADINS: Aimez-vous les Patriotes?

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Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’engouement suscité par les équipes sportives des Patriotes au sein de la communauté universitaire trifluvienne est maigre, presque inexistante même. Lorsque l’on compare à certaines autres universités, c’en est presque gênant. Quelles sont les causes et les effets de cette situation peu reluisante, et surtout quelles solutions peuvent être appliquées pour y remédier?

Une situation difficile

Le plus gros vendeur, sans surprise, est le hockey. Indiscutablement le sport le plus regardé au Québec, on devrait se compter chanceux d’être la seule université francophone au Québec à mettre un club sur la glace (seules les universités McGill et Concordia alignent également une équipe au Québec, et toutes les trois évoluent dans une ligue ontarienne).

Pourtant, les estrades du Colisée de Trois-Rivières sont rarement occupées de façon significative. En règle générale, seules les parties ayant lieu les vendredis soir accueillent plus d’une centaine de partisans, et ils sont loin d’être tous des étudiants.es. Il est possible d’expliquer en partie la faible assistance les samedis par le départ de nombreux étudiants.es vers leur contrée d’origine la fin de semaine.

Pierre Clermont, coordonnateur du programme des Patriotes, avoue cependant ne pas comprendre les étudiants.es en ce qui a trait aux rencontres des mercredis soir. «Si mes souvenirs de mes années à l’université sont bons, très peu d’étudiants sont couchés à dix heures le mercredi», dit-il avec un sourire en coin. Il est vrai qu’une partie de hockey de haut calibre gratuite semble une excellente façon d’amorcer une grosse soirée «d’étude».

Le problème des parties de fin de semaine touche les autres sports également, notamment le soccer, où la majorité des parties sont le samedi ou le dimanche. Le joueur Félix Bouchard se remémore une partie ayant eu lieu un mercredi la saison dernière: «Nous avions atteint une foule record». Serait-il alors plus pertinent de déplacer tous les matchs en semaine? Sur le plan de l’assistance, peut-être, mais il ne faut pas oublier que les athlètes sont avant tout étudiants.es également.

Le sport de haut calibre des Patriotes n’arrive généralement pas à attirer de grandes foules.

Une différence majeure

Il va sans dire que la présence d’une foule et les encouragements qu’elle apporte sont d’une grande influence sur le déroulement d’une partie. Pour Audrey Marcoux, capitaine de l’équipe de volleyball, la foule est un générateur d’énergie pure pour les athlètes, même en déplacement. De leur dernier tournoi à l’École de technologie supérieure (ÉTS), elle explique qu’«il y avait des tambours, des trompettes et une foule bruyante. C’était une belle ambiance, même s’ils ne criaient pas pour nous».

On a d’ailleurs atteint des sommets en assistance au tournoi de volleyball de l’UQTR cette année. C’était toutefois, toujours selon Marcoux, principalement dû à la présence de jeunes filles du secondaire, dont plusieurs sont entrainées par des joueuses des Patriotes. De l’université, quelques personnes connaissant une joueuse y étaient, mais guère plus.

«La foule est un grand générateur d’énergie.» — Audrey Marcoux, capitaine de volleyball.

Dominic Provost, gardien des Patriotes en soccer masculin, a une opinion différente de Marcoux. Peut-être est-ce simplement la réalité des deux sports qui diffère, mais quoi qu’il en soit, il affirme qu’une foule peut non seulement aider l’équipe locale, mais nuire grandement à la concentration adverse. Il cite notamment un événement en particulier contre McGill, où des amis d’un joueur étaient venus pour déranger le gardien adverse. «L’année suivante, les joueurs de McGill sont venus me voir pour me demander s’ils allaient encore être là».

L’entraineur de la formation de soccer féminine, Durnick Jean, fait quant à lui bien attention de souligner le deuxième côté de la médaille: la pression apportée par le regard du public. «Les joueuses préfèrent qu’il y ait du monde, mais ça ajoute beaucoup de pression». Lorsque les athlètes gardent leur sang-froid, tout va bien, mais en souhaitant trop bien faire, on tente parfois de trop en faire.

Remédier à la situation

Comment peut-on attirer davantage de gens aux matchs? Une solution a déjà fait ses preuves: l’organisation de tailgates précédant les parties, organisés par les Patriotes en collaboration avec l’Assemblée générale des étudiants de l’Université du Québec à Trois-Rivières (AGE UQTR) qui se charge du service de navettes. Ces activités permettent de faire de l’événement une occasion sociale plus importante et d’offrir aux étudiants un contact direct avec les joueurs.

Ce partenariat est aussi important pour les Patriotes que pour l’AGE UQTR, selon la vice-présidente aux communications de cette dernière, Marie-Chantale Delaney: «Cette collaboration est un franc succès et améliore grandement la reconnaissance de chacun de nous auprès des étudiants». Il serait donc bien sûr dans l’intérêt de tous de répéter l’expérience, mais des contraintes budgétaires limitent le tout.

«Les joueuses préfèrent qu’il y ait du monde.» — Durnick Jean, entraineur soccer féminin.

Certains évènements spéciaux peuvent aussi attirer de grandes foules. Pour le match de hockey du vendredi 24 novembre, la Fondation Le Prix du Gros avait invité les jeunes des équipes de hockey mineur, ainsi que leurs parents. L’aréna a accueilli près de 2500 personnes.

Les foules incomparables observées lors des matchs suivant ces événements sont cependant la preuve d’un autre problème marquant: les parties sont disputées trop loin. Cette conclusion saute aux yeux lorsqu’on discute avec les gens présents. À la question: «avez-vous l’intention de revenir aux matchs des Patriotes», tous répondent: «s’il y a encore un moyen facile de se rendre, bien sûr».

Pour le hockey, pas de veine, il serait irréaliste d’espérer avoir une glace sur le campus. Pour les joueurs.ses et entraineurs.ses de soccer, par contre, la nécessité d’un terrain praticable semble être une évidence. Au niveau des autres sports, bien que les installations soient pour la plupart toutes présentes au Centre de l’activité physique et sportive (CAPS) (à l’exception du golf et du cross-country), on se doute bien que le problème ne vient pas de l’éloignement, mais bien de la culture déficiente qui entoure ces sports et le sport universitaire.

Pourtant, comme le souligne Pierre Clermont, tous ces athlètes sont impressionnants.es, le calibre de toutes les compétitions est relevé. Sur une course de cross-country, il mentionne avoir pensé au départ: «C’est impossible qu’ils gardent cette vitesse-là pour les 10 km, je ne pourrais même pas la garder sur 100 m».

Finalement, peu importe ce qui sera organisé, on ne pourra forcer personne à se présenter à un événement. La tâche revient donc à tous ceux et celles qui ont les Patriotes à cœur de faire leur publicité, afin de faire voir aux autres ce qu’ils et elles manquent et de faire mousser la popularité de ces étudiants.es-athlètes qui se donnent corps et âme pour leur sport.

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