Un œil sur l’actualité internationale: Les malheurs du tourisme

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Gwendoline Le Bomin. Photo: Mathieu Plante
Gwendoline Le Bomin. Photo: Mathieu Plante

Qui ne s’est jamais égaré dans l’immensité de la toile à cliquer et recliquer sans fin sur des vidéos et autres sites Internet, prenant parfois un risque considérable dans l’avancement de ses travaux universitaires? Aujourd’hui, la toile contient des millions de vidéos d’animaux. Elles nous font rire, nous émeuvent. Bref, elles nous divertissent. Sauf qu’une m’a laissée quelque peu pantoise cette semaine.

Je me laisse, hélas, également moi-même piéger. Le hic, c’est que je suis tombée dernièrement sur celle d’un éléphant âgé à peine de quelques années, en train de peindre. Son dresseur est à ses côtés, trempant le pinceau dans le sceau de peinture quand il est nécessaire. L’animal peint chaque trait, sans hésitation aucune. Il semble connaître par cœur la peinture qu’il doit exécuter. À la fin, son maître présente fièrement le résultat, le public (les touristes) admiratif, applaudit.

Là je n’ai pas ri, pas même été éblouie par les talents de cet animal. J’ai plutôt ressenti un malaise. Bien que ce talent artistique chez les pachydermes soit reconnu, je trouve cette réalisation quelque peu mécanique. Puis, une question m’est rapidement venue: combien d’heures d’entraînement a-t-il fallu à l’éléphant pour savoir réaliser cette peinture? Et surtout, dans quelles conditions l’a-t-il apprise?

Dans cette chronique, il ne sera finalement pas question de vidéos de chatons cute, mais du statut de l’animal à des fins de divertissement et ses limites.

Selon la légende de la vidéo, celle-ci aurait été enregistrée en Thaïlande, pays dans lequel l’éléphant est un animal sacré.

Cette pratique existe depuis la fin des années 1990: deux artistes russes, Vitaly Komar et Alexander Melamid découvrent dans un zoo américain que les pachydermes sont capables de peindre. Ils créent alors une fondation pour aider les éléphants d’Asie à «gagner leur vie en tant qu’artistes». On aurait presque oublié que les éléphants sont des êtres comme nous, ayant besoin d’un métier pour subvenir à leurs besoins.

Aujourd’hui, les pachydermes sont des artistes comme les autres, puisque leurs toiles peuvent se vendre très cher, entre 330 et 570 CAD, et peuvent même atteindre plusieurs milliers de dollars chez la société de vente aux enchères Christie’s.

Et si les éléphants étaient entrainés seulement à peindre… D’autres activités à des fins touristiques, comme la promenade à dos d’éléphant qui est une des activités phares, génèrent de beaux profits financiers. Le bien-être des animaux, lui, semble être de seconde importance.

Le bien-être des animaux, lui, semble être de seconde importance.

Les baleines en danger

Pas de répit non plus pour les baleines et autres animaux aquatiques. En effet, bien qu’en janvier 2017, SeaWorld met fin à ses spectacles d’orques et s’engage à ne plus en élever dans ses parcs, d’autres pays continuent à capturer les mammifères marins dans leur milieu naturel. Les parcs aquatiques en Chine fleurissent un peu partout, la population en raffole.

Après le documentaire-choc Blackfish (2013), révélant les coulisses sordides des shows de mammifères marins, un reportage, réalisé par Gayane Petrosyan, est sorti l’été dernier: Born to Be Free. Celui-ci s’intéresse notamment aux conditions de détention des bélugas. Ces dauphins polaires sont victimes d’un business lucratif: capturés dans la mer d’Okhotsk, situé dans l’Océan Pacifique entre la Russie et le Japon, ils sont acheminés vers les delphinariums, en Chine, aux États-Unis, etc.

Aujourd’hui, les pachydermes sont des artistes comme les autres, puisque leurs toiles peuvent se vendre très cher, entre 330 et 570CAD.

La Russie devient ainsi le principal fournisseur de certaines espèces maritimes destinées aux aquariums du monde entier. Le documentaire dévoile également un système corrompu: les bélugas sont pêchés officiellement à des fins scientifiques. Ces quotas cacheraient finalement une pêche à but commercial.

De plus, les bélugas supporteraient difficilement la vie en captivité, puisque leur espérance de vie serait raccourcie de 75%. L’animal devient une marchandise, laissé dans l’indifférence, et sans réglementation pour qu’il puisse vivre dans des conditions acceptables.

Quand prendre la défense des animaux est un risque…

Un grand nombre d’associations et d’ONG animales existe aujourd’hui, mais certains protecteurs des animaux et de l’environnement prennent un risque considérable à défendre leur cause.

Le 16 août 2017, Wayne Lotter, protecteur des éléphants tanzaniens, est abattu par deux hommes. Même si les autorités n’ont pas pu clairement démontrer le lien entre sa passion et son assassinat, le défenseur avait déjà été victime de menaces. Il faut dire que Lotter était loin d’être l’ami des braconniers, car l’ivoire est vendu à prix d’or, et l’organisation de chasses illégales dans le pays représente un juteux marché.

Certains protecteurs des animaux et de l’environnement prennent un risque considérable à défendre leur cause.

Et quand ce ne sont pas les braconniers, ce sont les dirigeants qui s’en mêlent: dernier en date, Trump. Le président américain a de nouveau autorisé l’importation de trophées d’éléphants tués au Zimbabwe et en Zambie par les chasseurs américains. Face au tollé qu’il a provoqué à travers le monde, ce dernier a fait marche arrière, publiant sur Twitter, 24 heures après, «le gel de la décision sur les trophées le temps qu’[il] vérifie les faits sur la conservation».

Lors de nos prochains voyages, il serait peut-être mieux de réfléchir à deux fois avant de choisir notre destination et nos activités touristiques. Il serait dommage de cautionner le calvaire qu’endurent parfois ces animaux exploités.

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