Un peu d’histoire: Le cinéma américain en temps de guerre

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Gabriel Senneville. Photo: Mathieu Plante
Gabriel Senneville. Photo: Mathieu Plante

Étant un grand cinéphile, je me suis toujours intéressé à l’histoire du cinéma. Par conséquent, je désire consacrer cette chronique à l’histoire du cinéma américain en temps de guerre, plus particulièrement lors de la Seconde Guerre mondiale et du début de la Guerre froide.

Durant les années 1940, les producteurs de films se mobilisent afin de soutenir l’effort de guerre américain, à la suite de la montée du fascisme en Europe, ainsi que l’entrée en guerre des États-Unis dans la Seconde Guerre.

Auparavant, et ce, durant plusieurs années, les producteurs américains ne désirent pas produire des films ouvertement antinazis, puisque ces derniers ne désirent pas se couper d’une partie du marché européen, en raison de la vision capitaliste du cinéma. Plusieurs réalisateurs vont dénoncer l’impérialisme au profit de la liberté, comme le film Sons of Liberty produit par la Warner en 1934, ainsi que le film de Charles Chaplin Le dictateur en 1940, soit près d’un an avant l’entrée en guerre des États-Unis.

La plupart de ces films vont demeurer marginaux. Dès l’entrée en guerre des États-Unis, on assiste toutefois à une mobilisation des réalisateurs, acteurs, producteurs de tous les genres cinématographiques afin de dénoncer le nazisme. Une forte production de films de propagande en faveur de la liberté et de la démocratie émerge alors.

Le cinéma américain va représenter les ennemis de la nation de manière caricaturale au sein de ses films. Afin de contrer le nazisme, les films vont projeter une image négative de l’idéologie national-socialiste, en démontrant qu’il s’agit d’un système politique qui ne respecte pas la liberté ni le libre arbitre.

Le cinéma américain va représenter les ennemis de la nation de manière caricaturale au sein de ses films.

La Seconde Guerre mondiale va permettre aux États-Unis de réorganiser leur production cinématographique, dans le but de promouvoir le mode de vie démocratique à l’américaine. Cependant, il serait faux d’affirmer que cette volonté idéologique, tout comme la notion de liberté, n’est apparue qu’en raison de la Seconde Guerre mondiale, puisqu’elle a toujours fait partie de la production cinématographique américaine dès l’apparition du cinéma.

À la suite de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe, particulièrement la France, est dévastée. Les États-Unis vont durant plusieurs années prêter ainsi que donner plusieurs millions de dollars à l’Hexagone afin de favoriser la reconstruction. Néanmoins, il est important de mentionner le caractère capitaliste de cette politique américaine de financement des pays européens. Malgré l’aide accordée à l’Europe après 1945, les Américains vont exiger de la France une forte ouverture économique, afin de vendre aux Européens les produits américains, dont les films. La forte présence des produits américains représentait d’une part la société de consommation, mais aussi l’expression de l’American Way of Life. Dans cette optique, le capitalisme américain de l’après-guerre en matière d’impérialisme culturel se voulait un rempart contre le communisme.

La forte présence des produits américains représentait d’une part la société de consommation, mais aussi l’expression de l’«American Way of Life».

Le gouvernement américain ainsi qu’Hollywood voient en la production de nombreux films la possibilité de diffuser des images représentant les valeurs typiquement américaines. Ils vont utiliser le cinéma afin de promouvoir l’idéal démocratique dans un monde divisé entre le communisme et la démocratie. Dès 1946, avec les accords Blum-Byrnes, on assiste à une ouverture des marchés français.

C’est ainsi qu’en 1947, près de 340 films américains sont projetés en France, contrairement à près de 40 films français. Cependant, malgré le mécontentement des Français à l’égard de la forte présence des films américains, le contexte d’après-guerre ne favorisait pas la production de films européens.  Afin de subvenir à la demande, la France aurait dû être en mesure de produire 250 films par an, tandis que la réalité était tout autre, puisque les producteurs français n’étaient en mesure de produire que 80 films par an. Au cours de cette période, bon nombre de Français assistent aux représentations de films américains, car on estime à près de 1 000 000 le nombre de spectateurs en moyenne pour un film américain.

Ainsi, le cinéma est un important moyen de faire de la politique étrangère, car il permet une diffusion massive des idéaux américains. Le cinéma américain va devenir un outil de propagande qui sera utilisé chez ses alliés occidentaux afin d’assurer une domination idéologique, puisque les États-Unis assuraient déjà une domination économique en Europe.

Le cinéma américain va devenir un outil de propagande qui sera utilisé chez ses alliés occidentaux afin d’assurer une domination idéologique.

Dans cette optique, Walter Wanger va déclarer en 1939 que les films hollywoodiens sont les ambassadeurs les plus directs de l’Amérique auprès des peuples du monde entier. Il affirme: «Il existe encore un mode de vie dans lequel on tient compte des individus, où la haine et l’embrigadement ne représentent pas les seuls objectifs et les seules pratiques de l’existence». Dans le contexte de la Guerre froide, ces propos prennent tout leur sens, puisqu’il s’agit pour le cinéma américain d’endoctriner les populations, afin qu’elles adoptent un mode de vie libre à l’américaine.

Les productions américaines vont permettre aux États-Unis de promouvoir leurs valeurs à travers le monde en raison d’une double domination, qu’elle soit économique ou politique. Le cinéma américain va donc favoriser une association idéologique entre progrès économiques ainsi que le progrès politique.


Pour en savoir plus sur le sujet de cette chronique et mes lectures utilisées, je vous invite fortement à découvrir les ouvrages suivants:

BIDAUD, Anne-Marie. Hollywood et le rêve américain, cinéma et idéologie aux États-Unis. Armand Colin, Paris, 2012, 349 pages

DUPONT, Nathalie. « Le cinéma américain : un impérialisme culturel ? Is American Cinema a Culturally Dominant One?. Translantic Views of Empires, vol. V, no.3, 2007, p. 111-132.

LAPRÉVOTTE, Gilles, LUCIANI, Michel, MANGIN, Anne-Marie. La grande menace, le cinéma américain face au maccarthysme. Trois Cailloux, Amiens, 1990, 347 pages.

MASSON, Alain. Hollywood, 1927-1941, La propagande par les rêves ou le triomphe du modèle américain. Éditions Autrement, Paris, 1991, 263 pages.

WALL, Irwin M. L’influence américaine sur la politique française (1945-1954). Balland, Paris, 1989, 514 pages.


 

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