Le gars qui parle de cinéma: «Lady Bird» / «Aus dem Nichts»

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Louis-Étienne Villeneuve. Photo: Mathieu Plante
Louis-Étienne Villeneuve. Photo: Mathieu Plante

Enfance à dépasser et enfance perdue, c’est ce que nous font explorer les films de cette semaine. 

Lady Bird
 «It’s given to me by me»

Cartes sur table: malgré que Lady Bird m’ait plu, je ne suis pas prêt à dire qu’il s’agit d’une œuvre qui mériterait de gagner cette année l’Oscar du meilleur film, de la meilleure réalisation ou encore du meilleur scénario. Bien que nommé dans ces catégories (et aussi pour «meilleure actrice» et «meilleure actrice de soutien»), le film me semble avoir été un peu surestimé par l’Académie des arts et des sciences du cinéma.

Cartes sur table: malgré que «Lady Bird» m’ait plu, je ne suis pas prêt à dire qu’il s’agit d’une œuvre qui mériterait de gagner cette année l’oscar du meilleur film, de la meilleure réalisation ou encore du meilleur scénario.

Je reconnais toutefois sans mal qu’il s’agit là d’un bon film: en son genre, il est même plutôt complet. Ce qui me fait mettre un bémol sur les trois nominations mentionnées plus haut, c’est que le concept présenté par Greta Gerwig a déjà été vu 100 fois; autant dans la couverture qui y est faite des enjeux de l’adolescence que dans sa progression narrative. Le tout manque un peu d’originalité. Au cours du visionnement, le spectateur.trice moindrement perspicace sentira venir tous les dénouements et pourra même anticiper les scènes qui lui seront présentées. Cela tient en grande partie du fait que dans sa structure fondamentale, le film reste essentiellement hollywoodien.

Il y a cela dit de bons coups dans Lady Bird. À l’aide d’un style très humble, le film couvre un nombre étonnant de problématiques sociales qui sont encore en vigueur aux États-Unis (et partout dans le monde), comme l’inégalité des chances, la dépression, l’hypersexualisation, le cancer, les tabous sur l’homosexualité, les affres du marché du travail, etc. Le tout dans des scènes du quotidien qui font justement échos aux sociétés actuelles (même si le film se déroule en 2002-2003). L’œuvre a aussi pour mérite d’aborder de manière intelligente le lien primordial mère-fille, une relation qui nous est, tout au long du visionnement, servie avec beaucoup de vérité (notamment grâce à l’écriture bien équilibrée du personnage de la mère et de la superbe interprétation qu’en fait Laurie Metcalf).

Peut-être le film parlera en ce sens davantage à celles qui ont été adolescentes, en leur remémorant quelques épreuves qu’elles ont pu elles-mêmes traverser directement ou indirectement. Ceux qui ont été seulement adolescents pourront tout de même avoir quelques élans de nostalgie à la vue des acétates, des vieux modems, des cellulaires flips-flops, des cours de théâtre donnés par des enseignants d’une autre matière et de Cry Me a River de Justin Timberlake.

En somme, Lady Bird n’est pas un film que je vais réécouter, même si je n’ai pas passé un mauvais moment en sa compagnie. Parce qu’il est bien fait et parce qu’il remet à l’esprit des problèmes que l’on tend trop souvent à oublier, ses nominations aux Oscars auront au moins pour conséquence positive de maintenir dans la mémoire collective l’importance de l’égalité des chances et celle du choix personnel. 


Aus dem Nichts (v.f. Hors de nulle part)
«Es ist meine Familie»

En relatant le récit d’une femme ayant perdu son mari et son fils à la suite d’un attentat à la bombe, Fatih Akin nous présente le point de vue des victimes collatérales du terrorisme, ce qui vient grandement amplifier l’empathie que nous pouvons éprouver à leur égard. En contraste avec les couvertures factuellement froides des attentats présentés par les médias, le film nous fait voir, par l’entremise de plusieurs scènes fortes, comment les actes de haine viennent profondément détruire le vécu des proches des victimes, en leur imposant pour le reste de leur vie l’injustice de leurs pertes.

C’est un film qui m’a atteint, je dois l’avouer. Plus que tous ceux que j’ai couverts cette année. La souffrance y est omniprésente et elle est vive. Cela tient d’une part de l’interprétation impeccable de Diane Kruger dans le rôle de Katja, mais aussi, d’autre part, du scénario bien travaillé qui nous fait traverser de manière toujours crédible la somme des processus (et des procédures) qui peuvent accompagner cette forme particulièrement horrible de deuil. Lorsque l’idée nous frappe que des gens réels ont pu vivre ce qui est présenté, il est difficile de ne pas s’écrouler intérieurement.

Je reprocherais au film seulement deux aspects. D’abord, la tenue de caméra, qui par moment est trop tremblante (ce qui peut étourdir), bien que je comprenne l’intention de rendre le tout réaliste en donnant l’impression que les scènes sont filmées en direct. Ensuite, je suis encore mitigé quant à la transition proposée par Akin entre le deuxième et le troisième tiers du film, ce qui narrativement m’a semblé couper les coins un peu ronds. Le spectateur ou la spectatrice exigeant.e pourrait à ce moment cesser de croire à ce qui lui est présenté.

Je recommande malgré tout vivement Aus dem Nichts à ceux qui veulent vivre un visionnement lourd à porter, mais qui fait sentir humain.


À venir au Cinéma le Tapis Rouge

Les Rendez-vous des cinémas du monde de Trois-Rivières

Du 16 au 22 février — Sélection de films internationaux à portée sociale

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À partir du 16 février — Comédie dramatique franco-belge portant sur le transsexualisme

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