Un peu d’histoire: La nuit montréalaise (Partie 2) — Réguler le nocturne

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Gabriel Senneville. Photo: Mathieu Plante
Gabriel Senneville. Photo: Mathieu Plante

Dans cette deuxième chronique consacrée à l’histoire de la nuit montréalaise dans la première partie du XIXe siècle, après «Éclairer l’obscurité», j’aimerais aborder avec vous la notion d’assainissement des mœurs, mais plus particulièrement l’instauration et la mise en place de mode de régulation qui ont permis un meilleur encadrement de la population montréalaise durant la nuit.

La nuit avant le Guet (1800-1818)

Avant la mise en place du Guet de nuit et de la police permanente, la ville de Montréal était en mesure de faire appel à la milice afin d’assurer le maintien de l’ordre durant la nuit. En 1807, en vertu d’un règlement de police émis par le Conseil des Juges de Paix, tous les aubergistes, taverniers sont désormais dans l’obligation de produire une liste des gens qui habitent leur établissement. En ce sens, les tavernes et les auberges sont perçues à cette époque comme des lieux propices à la criminalité et aux vices.

Les tavernes et les auberges sont perçues à cette époque comme des lieux propices à la criminalité et aux vices.

Bien que le Guet de nuit ne soit officiellement instauré qu’en 1818, les archives démontrent la présence de patrouilles nocturnes dès 1812. Cette patrouille était composée d’un capitaine, de quatre subalternes, de quatre adjoints et de trente-six miliciens. En outre, à la suite de fortes agitations de la part de la population (charivaris, émeutes, etc), un corps de police municipal est créé en 1815. Les soldats étaient en mesure d’intervenir et de venir en aide aux citoyen.ne.s en cas d’incendie, mais aussi lors de bagarres et d’émeutes.

Composé entre vingt-cinq et trente hommes, les membres de ce corps de police portaient un long bâton peint en bleu, une lanterne à leur ceinture et une cloche afin de demander de l’aide en cas de besoin. De plus, la nuit venue, ils devaient crier les heures et annoncer que tout était paisible: «All is well». Par ailleurs, il était de leur devoir de maintenir allumées, les lampes qui commençaient à être mises en place dans les principales rues de la ville et de veiller à l’hygiène, notamment en enlevant la neige dans les rues.

Le Guet de nuit (1818-1836)

En 1817, plusieurs articles de journaux traitent de l’incapacité de la police à enrayer certains comportements tels que la mendicité et les désordres qu’il cause. Dans cette optique, le parlement provincial du Bas-Canada adopte en avril 1818 un bill qui a pour but de pourvoir à la sécurité des villes de Montréal et Québec. Par cette loi, le Guet de nuit est instauré le 1er mai 1818. Le Guet de nuit doit dans un premier temps contribuer à la sûreté et à la commodité de la population. Par la suite, il doit être en mesure d’installer et de maintenir en place les premières lampes à huile dans les rues de la ville.

La présence du Guet est remise en question en raison de l’attitude de ses membres qui sont accusés d’ivresse, de paresse Et de tapage.

Le guet et l’éclairage sont étroitement liés, puisque les lampes publiques sont perçues comme une présence de l’État dans les rues de la ville. On assiste donc à une réticence de la part d’une partie de la population. Les archives démontrent la présence de nombreux bris de lampes, et parfois même d’une incapacité de la part du Guet et de la police de veiller au bon fonctionnement de celles-ci.

Malgré cette volonté de régulation des mœurs, les membres du Guet ne sont pas armés. En ce sens, l’arrestation de contrevenants peut s’avérer une chose difficile. Bien que les membres du guet ne soient équipés que d’un bâton de marche et d’un sifflet, les archives indiquent la présence d’arrestations violentes ainsi que de nombreuses arrestations de contrevenants ivres en vertu de la loi contre le vagabondage.

La présence du Guet ne fait pas l’unanimité au sein de la population. La présence de nombreuses plaintes va nuire à la réputation du Guet. Sa présence est remise en question en raison de l’attitude négative de ses membres qui sont accusés d’ivresse, de paresse ainsi que de tapage. Par conséquent, le Guet de nuit disparaît en 1836, après 18 ans d’existence.

De nombreux Montréalais vont instrumentaliser le guet afin de bénéficier d’une protection personnelle durant la nuit.

Le Guet, outil d’instrumentalisation

Au cours de son existence, de nombreux Montréalais vont instrumentaliser le Guet afin de bénéficier d’une protection personnelle durant la nuit, ou lors d’incendies et de charivaris. De plus, il n’est pas rare que des propriétaires de lieux de loisirs et de divertissements engagent des membres du Guet ou des connétables afin de veiller au bon fonctionnement et à la sécurité d’une soirée au théâtre ou au cirque. Ils vont aussi être interpellés afin de contrer la prostitution devant certains lieux de divertissement, afin d’éviter que la rue se transforme en lieu de sollicitation.

Par ailleurs, les mémoires de Philippe Aubert de Gaspé démontrent l’importance de la présence du Guet de nuit dans les rues de la ville: «Les watchmen (hommes du Guet), veillaient, il y a quarante ans, à la sécurité des citoyens. Quel sentiment de bien-être, de confort, de sécurité on éprouvait, lorsque ces gardiens annonçaient les heures de la nuit, sous nos fenêtres! Lorsqu’on les entendait chanter: « Past one o’click, and a star light morning » ou bien « a story morning« , etc. Avec quelle volupté on reprenait un somme que leur voix avait un instant troublé! On pouvait dormir en paix, un ami veillait sur nous et nos propriétés».

Pour conclure, la dernière partie de cette série: «Se divertir la nuit».


BIBLIOGRAPHIE

Sources Manuscrites (Fonds d’archives)

VM001 : Fonds du Conseil de ville de Montréal, série Conseil municipal, procès-verbaux

VM035 : Fonds des Juges de paix de Montréal

 

Journaux

The Montreal Gazette

 Le Spectateur Canadien

 The Scribbler

 

Sources publiées

Statuts provinciaux du Bas-Canada, 1800-1850.

Auteur inconnu, Montréal fin-de-siècle: Histoire de la métropole du Canada au dix-neuvième siècle, Montréal, The Gazette printing company, 1899, 217 pages.

Rapports et témoignages du Comité spéciale de la Chambre d’assemblée du Bas-Canada, Québec, Imprimé par l’ordre de l’Assemblée, 1829, 261 pages.

AUBERT DE GASPÉ, Philippe. Mémoire. Montréal, Bibliothèque Québécoise, 2007, 596 pages.

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