La climato-réaliste: Guide d’autodéfense contre le greenwashing

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Magali Boisvert. Photo: Mathieu Plante
Magali Boisvert. Photo: Mathieu Plante

En tant qu’écolo, j’ai trop souvent de bonnes intentions. Par exemple, j’achète des sacs compostables pour mes déchets de cuisine, alors que je devrais plutôt utiliser des vieux sacs de plastique ou de plastique recyclé. Or, il faut se méfier, car les entreprises profitent de ces bonnes intentions pour avoir votre argent. Soyez sans crainte, car Mag McSween est là pour vous protéger.

Greenwashing, ou comment se méfier des apparences

Commençons par identifier notre ennemi, le greenwashing (ou écoblanchiment, mais ce n’est pas très employé). On parle de greenwashing quand une entreprise promeut un produit ou des mesures comme étant plus écolos qu’ils le sont vraiment, afin que vous achetiez ledit produit en pensant faire une bonne action pour l’environnement. Le greenwashing, en gros, c’est comme un gars sur Tinder qui met des photos de lui faisant des câlins à des arbres au Parc National de la Mauricie alors qu’il passe en fait ses journées sur l’ordinateur à manger des Doritos et des Jos Louis.

Le greenwashing, c’est comme un gars sur Tinder qui met des photos de lui au Parc National de la Mauricie alors qu’il passe ses journées sur l’ordinateur à manger des Doritos.

Mais comment repérer ces techniques de marketing douteuses? Ne vous en faites pas, Mag McSween vous expliquera comment vous défendre pendant vos aventures à l’épicerie et ailleurs. D’abord, il est important de lire les étiquettes des produits attentivement et de ne pas se laisser berner par l’apparence (comme sur Tinder, dans le fond). On voit parfois des sacs de papier de toilette ornés de feuilles vertes et de petits ruisseaux pour nous faire croire que le produit est écolo alors qu’en réalité, il ne l’est pas. Ou bien on peut lire en grosses lettres: «Papier recyclé!!!» alors qu’en lisant les petits caractères, on constate qu’il n’est recyclé qu’à 10%.

Pot de mayonnaise et autres mauvaises décisions

Il faut aussi savoir lire entre les lignes et détecter les détours qu’on prend pour vous séduire — quelle coïncidence, ça s’applique encore aussi à Tinder! J’ai récemment lu un bout de texte sur mon pot de mayonnaise qui allait comme suit: «Hellmann’s a pour mission d’utiliser des œufs provenant de poules en liberté dans tous ses produits. Il nous fait plaisir de vous informer que nous y arrivons (en anglais: « we are well on our way« ). Nous commençons maintenant à ajouter graduellement des œufs de poules en liberté à la Vraie Mayonnaise Hellmann’s.» Vous voyez le genre? C’est comme dire à mon amoureux : «J’ai pour mission de faire la vaisselle et je suis fière de dire que je commence graduellement à faire un pas vers cet engagement. – Donc, t’as rien fait? – C’est ça.» Méfiez-vous des «missions» et des «objectifs», privilégiez plutôt les certifications qui attestent que des mesures ont vraiment été appliquées.

Il faut aussi savoir lire entre les lignes et détecter les détours qu’on prend pour vous séduire — je parle toujours de greenwashing, quoique ça s’applique encore à Tinder.

Une autre erreur qu’une personne bien intentionnée pourrait faire est d’acheter un produit écologique, certes, mais en le faisant venir de loin, comme en le commandant en ligne. Par exemple, l’idée d’acheter une brosse à dents en bambou est louable, mais si vous n’en achetez qu’une sur Amazon et qu’elle vient de la Chine, votre achat n’est plus si écolo que ça. Même chose pour les aliments biologiques qui viennent de loin: un avocat biologique, c’est toujours mieux qu’un avocat qui ne l’est pas, mais il a quand même produit beaucoup plus de pollution qu’une pomme non-bio du Québec. Tout est une question de perspective: il faut voir tout le processus de production du produit et pas juste au moment où vous le voyez sur les étalages.

Les Grandes Méchantes Entreprises

Une autre façon de se renseigner sur les produits véritablement éthiques est de se renseigner sur la compagnie qui les fournissent. Portez le chapeau de détective pour une journée et investiguez sur diverses entreprises. De mon côté, j’ai été très déçue d’apprendre que le Village des Valeurs, aussi éthique semble-t-il être, n’est pas aussi beau que sur ses photos Tinder.

Renseignez-vous par exemple sur des vacances écoresponsables! Je sais, je sais, j’arrête d’être rabat-joie, là!

L’accent est porté sur leur contribution aux organismes à but non-lucratifs de la région, mais les profits du Village ne vont qu’à 5% à ceux-ci[1]. De plus, cette entreprise est à but lucratif, donc, au final, elle profite de dons gratuits pour faire à peu près 1.5 milliards de dollars par année[2]. C’est quand je vois une tasse marquée à 2$ et que je vois en-dessous l’étiquette du Dollarama qui l’avait vendue à 1$ que je me rends compte que le vrai bénéfice n’est pas pour l’environnement ni la communauté, mais bien pour emplir les poches de cette compagnie américaine. D’ailleurs, l’industrie du textile usagé va bon train: la plupart des vêtements que vous donnez à des organismes seront vendus à d’autres pays. En 2014, on vendait pour 14 millions de dollars de vêtements usagés à l’étranger[3].

Pour clore cette dernière chronique de l’année — mais ne paniquez pas, mes ami.e.s, je serai de retour en septembre! —, je vous souhaite d’être perspicaces et vigilant.e.s, mais surtout de ne pas cesser d’apprendre et d’être curieux.ses, afin de trouver de nouvelles et meilleures façons d’aimer notre belle bleue. (Renseignez-vous par exemple sur des vacances écoresponsables! Je sais, je sais, j’arrête d’être rabat-joie, là!)


 

[1] https://www.acadienouvelle.com/actualites/2015/11/01/e-village-des-valeurs-accuse-de-profiter-de-la-bonte-des-gens/

[2] https://www.acadienouvelle.com/actualites/2015/11/01/e-village-des-valeurs-accuse-de-profiter-de-la-bonte-des-gens/

[3] http://www.journaldemontreal.com/2015/05/17/vos-guenilles-valent-de-lor

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