Arts visuels sur le campus: Plonger à plein

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Dernière facette a remporté la Bourse d’acquisition Gilles-Verville au printemps 2016. Photo: Gracieuseté
«Dernière facette» a remporté la Bourse d’acquisition Gilles-Verville au printemps 2016. Photo: Gracieuseté

L’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) est truffée d’étudiants au parcours admirable. Certains ont un passé plus sombre, d’autres se relèvent et entreprennent des études. Chaque histoire contient son lot de revirements, mais celle de l’étudiant en arts plastiques Ahad Molesni se démarque. Après une double migration, le jeune Iranien s’établit à Trois-Rivières, où il peaufine sa démarche artistique. Récipiendaire de la Bourse Gilles-Verville, le jeune trentenaire fait sa marque.

Arrivé de Téhéran il y a maintenant cinq, Ahad cumule les défis et les difficultés. C’est en fait ce qui pèse le plus dans la balance au moment de faire des choix. Il aime se compliquer la vie: c’est une manière de se mettre en danger, et c’est alors que la créativité se pointe le museau plus aisément. Avec un équivalent technique en arts et une expérience d’artiste professionnel, il se parachute à Montréal.

Pendant sa vingtaine iranienne, Ahad Molesni gère une galerie d’art où il expose son travail de peintre et de sculpteur. À la manière d’un centre d’artiste, le lieu qu’il occupe est à la fois un atelier et un centre d’exposition.

Il aime se compliquer la vie: c’est une manière de se mettre en danger, et c’est alors que la créativité se pointe le museau plus aisément.

Avec en poche un statut de travailleur qualifié comme artiste indépendant, il fait son entrée au Canada. Dans la métropole, il entreprend neuf mois de francisation, lui laissant un français fluide et un accent candide. Ensuite, il joint l’utile à l’agréable en vivant une immersion totale au Cégep du Vieux-Montréal en arts.

Enfant de la guerre, Ahad Molesni partage sa mémoire en photographiant des poupées. Photo: Gracieuseté
Enfant de la guerre, Ahad Molesni partage sa mémoire en photographiant des poupées. Photo: Gracieuseté

Trouvant trop facile de côtoyer une communauté iranienne à Montréal et sous le conseil des professeurs, il immigre encore. Cette fois-ci vers Trois-Rivières. Un peu par accident et par goût du risque, il se parachute à nouveau, à l’UQTR. Bien avant qu’il obtienne son diplôme d’études en décembre dernier, son travail de fin d’études était déjà prisé maintes fois. Pour se bousculer davantage et se faire diriger sans préjugés, il choisit la professeure Branka Kopeki, avec qui il n’avait encore jamais travaillé. Bien qu’un peu hasardeuse, cette rencontre porte ses fruits.

Les cinq toiles qui constituent l’œuvre présentée dans le cadre du cours «Projet de fin d’études» ont comme dénominateur commun le traitement de la mémoire. Fort de sa technique en dessin, Ahad Molesni crée des portraits hyperréalistes. Ensuite, il interfère en brouillant l’apparence des personnages. Cette déconstruction volontaire laisse une impression quasi extraterrestre aux femmes représentées. C’est en fait le souvenir qui se travestit au fil du temps, qui embrume la mémoire.

Lui-même enfant de la guerre, il témoigne sa mémoire avec sa vocation artistique.

«Il faut dire que lors de chacune de nos rencontres, qu’elles soient préméditées ou aléatoires, des traces en restent imprégnées dans notre mémoire. Pour moi, ces rencontres sont essentielles, car elles m’autorisent à conserver, en images, le fruit de ces opportunités», précise l’artiste.

L’étudiant en arts accorde une importance à la recherche, et s’est aussi démarqué lors de la dernière édition du concours d’affiches scientifiques. Agrémenté du Prix du doyen au premier cycle, son travail sur les conséquences de la guerre sur les enfants n’a laissé personne indifférent. Lui-même enfant de la guerre, il témoigne sa mémoire avec sa vocation artistique, en photographiant des poupées disloquées en noir et blanc. La série d’images est faite avec beaucoup de goût, ce qui la rend troublante.

Jack Saloon A2018

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