La violence conjugale: Hommes et femmes ― tous victimes, tous bourreaux

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Notre journaliste Caroline Bodin, en entrevue avec Miranda Sanokho. Photo: Caroline Bodin
Notre journaliste Caroline Bodin, en entrevue avec Miranda Sanokho. Photo: Caroline Bodin

En 2014 au Québec, 21,5% des victimes d’infractions contre la personne commises dans un contexte conjugal étaient des hommes. Miranda Sanokho, étudiante au doctorat en psychologie, a fait de ces hommes le sujet de son mémoire. L’objectif? Appréhender les signes de violence, et offrir une meilleure compréhension de cette spirale infernale.

Un parcours international

Diplômée d’une licence (baccalauréat français) en psychologie, l’étudiante se dote d’une maîtrise en psychocriminologie, avec pour sujet de mémoire les violences conjugales faites aux femmes. Miranda fait l’équivalent de son internat dans des associations et côtoie quotidiennement des femmes victimes. Puis, séduite par le doctorat, elle décide de poursuivre ses études à l’université Paris-Nanterre et à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), avec cette fois-ci pour sujet la violence conjugale faite aux hommes. Au vu de sa maîtrise, «ça [lui] semblait logique de [s]’intéresser à eux». En cotutelle avec sa directrice de recherche à l’UQTR, madame Suzanne Léveillée, l’étudiante s’est naturellement expatriée au Québec pour sa recherche.

La violence conjugale sous toutes ses coutures

Aujourd’hui, Miranda entame sa cinquième année de doctorat à l’université trifluvienne: «Au début, je voulais travailler sur la dynamique de couple dans la violence conjugale. Je trouvais l’idée novatrice», explique-t-elle. Toutefois, les difficultés rencontrées ont rendu ce choix ardu, notamment pour trouver des participants. «Le couple devait être encore ensemble et continuer à être violent». Depuis deux ans, elle a décidé de changer de sujet, avec une approche subjective des hommes victimes de violence dans leur couple. «Je suis profondément féministe, et dire que les femmes sont tout le temps victimes et jamais agresseurs revient à dire qu’elles n’ont pas de libre arbitre, même si la position d’agresseur n’est pas à envier».

Comprendre et rendre visible

L’étudiante se donne pour objectif d’arriver à reconnaître les signes de violence. «Le propre de l’humain, c’est la répétition» déclare-t-elle. «Ça vaut la peine de comprendre ça pour ne plus se retrouver dans les mêmes histoires». De ce fait, elle étudie le vécu subjectif de ces hommes, mais aussi leur dynamique psychique, les mécanismes de défense, la façon dont sont gérés les conflits, les facteurs qui font qu’un homme risque plus facilement de se retrouver dans cette situation…

Miranda n’hésite pas à qualifier «d’excellentes initiatives» des projets tels que le spectacle Show me how you burlesque, proposé par l’Association des étudiants en sexologie (AES) de l’UQTR fin septembre 2016. Ce projet mettait en scène une prestation théâtrale et une danse pour sensibiliser à la violence faite aux femmes, malheureusement présente aussi en milieu universitaire. «Il faut rendre cela visible», affirme la jeune femme.

«N’importe qui est capable de n’importe quoi.»   ―Miranda Sanokho, étudiante au doctorat en psychologie.

Suite et fin du chapitre

Si l’on parle fréquemment des femmes comme victimes, les hommes n’en sont pas moins délaissés du débat public. Très peu d’associations leur sont consacrées, et beaucoup d’entre eux hésitent ou ne souhaitent pas parler de leur situation. Miranda a obtenu les témoignages de trois de ces hommes, mais il lui faut toutefois chercher encore deux autres participants. Depuis peu, les déplacements de l’étudiante vers Montréal lui sont facilités, et elle espère pouvoir réunir plus rapidement les témoignages qui lui manquent. Toutefois, la candidate au doctorat reconnaît une certaine complexité, alors que peu d’hommes tiennent à s’exprimer sur leur situation.

Miranda prévoit de terminer son doctorat en janvier 2018, et de rester quelques années encore au Canada. Une orientation privilégiée ? «Travailler en thérapie de couple, ça pourrait m’intéresser», glisse-t-elle d’un ton espiègle.

Jack Saloon A2018

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