Patriotes en voyage: Un aller-retour fort en émotions

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Ça prend beaucoup de bagages pour un simple aller-retour. Photo : Étienne Lebel-Michaud

Après une expérience positive lors d’un voyage avec l’équipe de badminton l’an dernier, nous avons décidé de récidiver, cette fois avec les équipes de soccer. Notre journaliste a donc eu la chance d’accompagner les deux formations lors de leur visite chez les Carabins de l’Université de Montréal, le vendredi 5 octobre.

Le départ se fait à 14h30 devant le Centre de l’Activité Physique et Sportive (CAPS) de l’UQTR. Les joueur.se.s sont accueilli.e.s par un chauffeur au sourire contagieux. Les athlètes, surpris.es de la présence d’un journaliste dont ils et elles n’avaient pas été averti.e.s, sont cordiaux et cordiales tout en vaquant à leur embarquement. Félix Bouchard, plus bavard que les autres, reste faire un brin de jasette avec lui.

L’autobus, rempli à craquer, se met en marche quelques minutes plus tard. Derrière le chauffeur, les deux entraineurs Durnick Jean et Shany Black occupent chacun un côté de l’allée centrale. Sont ensuite assis les entraineur.se.s adjoint.e.s, thérapeutes sportif.ve.s et étudiant.e.s en chiropractie. L’équipe féminine est assise au centre car, jouant la première des deux parties, elles devront être sorties rapidement de l’autobus. Les bancs du fond sont donc occupés par l’équipe masculine.

Pour passer le temps pendant le voyage, on regarde le film de soccer «L’homme, c’est elle» avec un œil très critique sur la vraisemblance du scénario.

Pour passer le temps pendant le voyage, on s’occupe de différentes façons, mais la plupart regardent le film de soccer L’homme, c’est elle avec un œil très critique sur la vraisemblance du scénario. La plus grande complainte survient chez l’équipe féminine lorsque l’héroïne révèle ses longs cheveux et termine la partie avec ceux-ci détachés.

Tout au long du trajet, les entraineurs appellent leurs athlètes à venir s’asseoir à leurs côtés. Ces rencontres individuelles permettent aux entraineurs de donner les directives spécifiques à chacun.e des membres de l’équipe, ainsi que de régler toutes inquiétudes qu’ils pourraient avoir.

Dès l’arrivée, les préparateur.ice.s physiques installent leurs tables de traitement dans le couloir devant les portes des vestiaires. Ils commencent immédiatement à traiter les joueuses afin de leur permettre d’être en forme optimale pour la partie.

Un cri d’équipe, et c’est parti! Photo : Simon Lahaye

Pendant que l’équipe féminine se prépare en écoutant de la musique, les hommes mangent le repas fourni par l’équipe, et la plupart d’entre eux repartent en autobus chercher davantage de nourriture pour se sustenter en attente de leur propre partie, la portion offerte étant insuffisante aux yeux des athlètes.

Une fois son équipe prête, Durnick Jean entre dans la chambre des joueuses pour leur livrer son discours d’avant-match: «Ce sera une bataille d’idéologies aujourd’hui. Ils ne faut pas entrer dans la partie qu’elles veulent jouer, il faut les amener dans notre jeu.» Un gros défi pour ses joueuses, considérant qu’elles affrontent les championnes canadiennes et la seule équipe à les avoir battues plus tôt dans la saison.

Vient ensuite le moment de sortir sur le terrain pour aller s’échauffer. La température automnale semble rendre le processus d’échauffement difficile. La gardienne Gabrielle Lambert est la première dehors, son échauffement avec l’entraineur des gardiennes est déjà bien entamé quand ses coéquipières arrivent sur les lignes de côté.

«Ils ne faut pas entrer dans la partie qu’elles veulent jouer, il faut les amener dans notre jeu.» – Durnick Jean

Après un court caucus de motivation et un cri d’équipe entre les joueuses, le match débute. Tout de suite, Jean utilise sa forte voix afin de donner des directives et encouragements à ses troupes, en signalant au passage son mécontentement à l’arbitre à quelques reprises.

Les joueuses sont beaucoup moins volubiles et tentent tant bien que mal de se garder au chaud. Elles pourront finalement se réchauffer à la mi-temps, alors que le pointage est toujours de 0-0. On les laisse décompresser un peu, puis Jean y va d’un second discours: «On est à une bonne place», dit-il d’une voix calme et composée. «On arrête leurs tentatives, elles commencent à s’énerver et prennent des cartons. C’est la première fois qu’une équipe vient chez elles et décide de ce qu’elle fait avec le ballon.»

Pendant ce temps, les hommes ayant observé la première demie des gradins rentrent au vestiaire se préparer pour le début de leur propre match de la même façon que les femmes l’avaient fait avant eux.

Andréanne «Tiger» Thériault est intense sur le terrain et hors de celui-ci. Photo : Simon Lahaye.

En deuxième demie, l’arrivée au banc d’Andréanne Thériault change complètement la dynamique de ce dernier. Alors qu’en première demie, on n’entendait que très peu les joueuses substituts encourager leurs camarades, celle qu’on surnomme «Tiger» commence immédiatement à rugir de toutes ses forces.

Le public emboite le pas et s’enflamme de plus en plus, au point où l’arbitre prend la décision de lui adresser la parole suite à un protêt hâtif de la foule sur une faute sur laquelle il a effectivement sévi. «J’ai des yeux, merci!» lance-t-il.

Les deux équipes menacent en deuxième et les Patriotes sont au bout de leur siège, surtout lorsque les Carabins bourdonnent en fin de match, sans pouvoir percer la muraille de la gardienne Lambert.

les Patriotes sont au bout de leur siège, surtout lorsque les Carabins bourdonnent en fin de match…

La partie se solde sans aucun but, et les entraineurs commencent déjà à donner un retour sur la partie à certaines joueuses de façon individuelle. On se retrouve ensuite dans le vestiaire. «Je suis fier de vous, vous l’avez mérité, vous vous êtes battues pour», dit Jean, fier de son équipe qui a pu arracher un point aux championnes en titre.

Les joueuses peuvent enfin se reposer avec un repas bien mérité, accompagné d’une boisson gazeuse dont une certaine joueuse, qui préfère certainement ne pas être nommée ici, se plaint à la blague «qu’ils nous ont donné du Pepsi mais pas de rhum». Elles s’assoient toutes sagement dans les estrades pour regarder le match suivant.

Dans le vestiaire des hommes, on se motive à fond. La musique est plus forte, le tempo plus élevé. Il y a un peu de grogne au niveau du matériel manquant: il manque de vêtements dry-fit pour porter sous la tenue de l’équipe. «C’est ça qui est ça, il faut faire avec», dit Félix Bouchard pour qu’on passe à autre chose.

Samuel Duffek exécutant la demande de Bardet. Photo : Simon Lahaye.

L’entraineur motive également ses troupes avant le match. «Ils sont venus nous voler un match chez nous et ça s’est mal terminé», dit-il à propos du match perdu 2-1 sur un but marqué dans la controverse à la 94e minute. «C’est à notre tour de venir faire la même chose ici.»

Dès le début de la partie, on remarque que Black est encore plus proactif que Jean sur le banc, criant sans cesse des directives à ses joueurs. Il aura même une légère prise de bec avec Félix Bouchard au niveau du positionnement de celui-ci. Le joueur se pliera finalement à la demande de l’entraineur.

Montréal ouvre la marque, au désarroi des substituts et surtout d’Adam Taïf. Habillé beaucoup moins chaudement, celui-ci venait d’affirmer qu’«il va y avoir un but maintenant» alors que son équipe avait le ballon, avant de le perdre et de subir le but.

Pierre Bardet ne se laisse pas abattre et continue d’encourager son équipe.

Le gardien substitut Pierre Bardet ne se laisse pas abattre et continue d’encourager son équipe. Celle-ci continue de bien jouer et en récolte les fruits, alors que Jeremy-Nathaniel Tothaud-Mouandza marque sur un penalty, faisant lever d’un bond tous les joueurs sur le banc.

L’arbitre de touche demande ensuite aux joueurs de s’asseoir sur le siège du banc et non le dossier. On rechigne, mais Bardet s’en mêle encore de façon colorée: «Il te l’a dit, tu le fais et tu la fermes», dit-il d’un ton autoritaire.

On rentre à la mi-temps, le pointage est toujours de 1-1. Lorsque Black leur demande s’ils sont satisfaits, il est agréablement surpris par une réponse unanime: «Pas encore». «J’adore votre réponse», dit-il. «On a très bien fait, mais on n’a encore rien fait. On joue maintenant un match de 45 minutes et ils vont ressortir très fort.»

Félix Bouchard se démarque par son leadership. Photo : Simon Lahaye.

En deuxième demie, Bardet continue d’encourager vivement ses coéquipiers tout en se démarquant par ses remarques colorées. À Samuel Duffek, qui entre en jeu pour remplacer Noah Lapierre, il demande de lui apporter davantage de vêtements de la façon suivante: «Sors-en deux ou trois de leurs shorts et amène-nous-les, on a froid».

Les joueurs sont très prompts à réagir sur les contacts générés par l’adversaire, surtout que plusieurs joueurs adverses ont déjà accumulé un carton. Il y en a déjà trois, selon le compte de Félix Bouchard, ce qui «ne fait pas des enfants forts».

Pendant que Maxime Bouchard est de plus en plus nerveux et fait les 100 pas autour du banc en parlant de sa consommation de glucides à la thérapeute sportive, un joueur des Carabins tire en frustration après un sifflet pour hors-jeu, et Bardet s’emporte de nouveau: «On n’a pas à subir ça», crie-t-il.

«Tout à coup, on ne sait plus perdre!» – Shany Black

À la toute fin du match, Tothaud-Mouandza est renvoyé dans la mêlée après avoir été rappelé au banc, et donne immédiatement l’avance à son équipe après un bel effort d’Adam Taïf. Le banc se vide au sifflet final; on a réussi à jouer le même tour que Montréal nous avait joué à la dernière rencontre.

Ça chante dans le vestiaire quand Black fait son entrée: «Tout à coup, on ne sait plus perdre», annonce-t-il avec joie après un début de saison difficile. «C’était un vrai beau match, en plus du résultat, on était la meilleure équipe sur le terrain.»

Dès que les douches sont terminées, on se dépêche de rejoindre l’autobus pour le trajet du retour. Le voyage se fait dans le calme le plus complet, tous étant bien satisfaits des résultats et vidés d’énergie. On s’installe le plus confortablement possible pour dormir, ce qui est particulièrement difficile pour Tothaud-Mouandza qui porte fièrement l’auréole de joueur du match, une véritable auréole vraisemblablement sortie d’un costume d’Halloween bon marché.

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