Reportage: Concilier les études et l’activité entrepreneuriale

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Lydia Brunel, Fanny Carrière et Lydia Vadeboncoeur. Photo: David Ferron
Lydia Brunel, Fanny Carrière et Lydia Vadeboncoeur. Photo: David Ferron

Alors que le Québec compte de plus en plus de jeunes entrepreneurs, le Zone Campus s’est intéressé spécifiquement aux personnes qui démarrent leur entreprise tout en étant encore aux études. Trois étudiantes de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Fanny Carrière, Lydia Brunel et Lydia Vadeboncoeur, nous parlent de leurs parcours et de leurs expériences respectives dans l’entrepreneuriat.

Une «idée folle»

«J’ai toujours été passionnée par l’entrepreneuriat», affirme Lydia Vadeboncoeur, co-créatrice de R.G. Artisan – Lunetier de bois, qui propose des lunettes et des accessoires de luxe fabriqués à la main et personnalisés. «Je me suis inscrite au baccalauréat en administration des affaires, où je me suis découvert une passion pour le marketing». À la suite de circonstances imprévues, elle se réoriente en sciences infirmières, mais sa première «flamme» ne la lâche pas. Il y a un peu plus d’un an, elle finit par franchir le pas: «Mon père est menuisier depuis plus de 30 ans. Quand il m’a présenté sa première paire de lunettes en bois, nous avons eu l’idée un peu folle d’en faire une entreprise».

Une «idée folle», c’est également le terme employé par Lydia Brunel. Depuis quatre ans, cette étudiante au baccalauréat en histoire et son mari, Marc Larochelle (étudiant en philosophie), tiennent l’entreprise Coureurs des champs, spécialisée dans la préparation de repas écoresponsables. «Ce qui nous a menés à l’entrepreneuriat, c’est un peu le hasard, un peu l’inconscience, et un peu le désir d’avoir un projet constant. On s’est lancés dans le vide. Quand on a signé le bail pour le local, on n’avait rien d’autre qu’une idée.»

«En administration, on apprend certaines choses concernant le monde des affaires et le démarrage de l’entreprise. Mais c’est complètement différent quand on le vit directement.»  ―Fanny Carrière

Un manque à combler

Les trois étudiantes-entrepreneures indiquent avoir décelé une opportunité d’affaires dans leurs domaines respectifs. Fanny Carrière, copropriétaire du Campus Escalade, explique: «il y a déjà un centre d’escalade à Trois-Rivières, mais c’est ce qu’on appelle de l’escalade de voie, qui nécessite d’avoir une certaine technique, de l’équipement, l’aide d’un partenaire pour s’assurer, etc. Avec mon partenaire, Philippe Beaulieu-Boivin, on voulait ouvrir un centre d’escalade de bloc, pour s’adresser à tout le monde, enfants, débutants ou experts. C’est bien plus accessible, il n’y a pas besoin d’avoir une formation ou un équipement spécialisé. Ça marche bien, même au-delà de nos attentes. Il y a visiblement une demande de ce côté-là».

De son côté, Lydia Brunel indique: «On était dans un processus de réflexion par rapport à l’agriculture biologique et au fait de manger plus sainement. Et on s’est aperçus qu’à Trois-Rivières, il n’y avait aucun endroit où acheter des produits biologiques transformés. Les épiceries vendent du bio, mais ensuite, aux clients de se débrouiller. Dans la mesure où ce genre d’initiative n’existe pas vraiment ailleurs qu’à Montréal, on s’est dit qu’il devait bien y avoir une demande non comblée à ce niveau. Le but était de rendre les produits biologiques et/ou locaux accessibles à tous».

Lydia Vadeboncoeur se positionne elle aussi pour la vente de produits locaux et écoresponsables: «Je ne comprenais pas pourquoi les gens payent des prix de fous pour des lunettes en contreplaqué sur du plastique, ou bien des prix ridicules pour des lunettes en bambou de qualité médiocre et fabriquées en Chine. La niche du haut de gamme était là, et j’avais un produit pour répondre à ce besoin du marché. Un produit de luxe, fait à la main, au Québec, de manière écoresponsable.»

Études et entrepreneuriat: une double vie

«À l’université, en administration, on apprend certaines choses concernant le monde des affaires et le démarrage de l’entreprise», affirme Fanny Carrière. «Mais c’est complètement différent quand on le vit directement. On apprend énormément de nouvelles choses».

«L’ouverture du Campus Escalade a eu lieu en même temps que la fin de session, ça a un peu été le rush», ajoute-t-elle. «Ensuite, j’étais à temps partiel pendant la dernière session. À mon sens, pour concilier les deux, je dirais qu’il faut être bien organisé, avoir une bonne gestion. Il y a tellement de choses à faire qu’il faut vite apprendre à prioriser, à distinguer ce qui est le plus urgent de ce qui peut attendre. Au début, on veut tout faire et que tout soit parfait, mais ça n’est pas possible. Et il ne faut pas tout faire à la dernière minute, même si on peut avoir tendance à le faire pour les études».

«Apparemment, ça semble illogique qu’un étudiant se lance en affaires.» ―Lydia Brunel

«Souvent, les entrepreneurs essaient de tout faire eux-mêmes, mais on ne peut pas toujours tout bien faire tout le temps. Il faut apprendre à déléguer», explique Lydia Brunel. «On n’avait pas de formation, donc il a fallu qu’on apprenne et qu’on demande de l’aide. Il ne faut pas hésiter à utiliser son carnet de contacts, à poser des questions à quelqu’un qui s’y connaît en comptabilité ou en informatique, par exemple».

Lydia Brunel ajoute que la principale difficulté qu’elle a rencontrée avec son mari a été financière. «Quand on s’est lancés, on était près de finir notre bac. Mais les programmes gouvernementaux destinés à aider ceux qui se lancent en affaires ont des critères d’éligibilité qui ne s’appliquent pas aux étudiants ou à ceux qui sont en transition. On se trouvait dans une sorte de zone floue où on n’avait droit à aucune aide. Apparemment, ça semble illogique qu’un étudiant se lance en affaires. Alors on a continué nos études à temps partiel pour avoir accès aux prêts et bourses et être capables de vivre en même temps que tenir l’entreprise. On avait au moins un petit revenu assuré. Souvent, quand les gens se lancent en affaires, ils ont un fonds de côté, mais en tant qu’étudiants, ça n’est pas souvent possible. Ou alors, il faut emprunter. Mais avec déjà une dette d’études, c’était hors de question».

«Pour concilier les études et l’entrepreneuriat, j’aimerais dire qu’il faut une discipline de feu, mais je pense plutôt qu’il faut être un peu fêlée et hyperactive», conclut Lydia Vadeboncoeur. «J’ai une vie sociale, personnelle et professionnelle bien remplie. C’est le résultat d’un travail acharné et une passion pour l’entrepreneuriat. Quand on a la santé, on peut tout faire!»

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