Reportage – L’après-sport universitaire: deux spectres, deux réalités

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Le sport universitaire permet aux athlètes d’œuvrer à l’intérieur de circuits sportifs compétitifs tout en poursuivant des études aux niveaux supérieurs. Tant au Canada qu’au Québec, l’ensemble des sportif.ve.s universitaires sont des athlètes de haut niveau, qui multiplient les efforts pour évoluer dans le réseau U Sports ou bien à l’intérieur du Réseau du sport étudiant au Québec (RSEQ). Toutefois, est-ce l’ensemble des sports universitaires qui offrent les mêmes possibilités de continuation à la fin des études?

D’entrée de jeu, il est important de bien comprendre les rouages des sports universitaires tant au Québec qu’au Canada. Pour ce faire, nous comparerons brièvement la National Collegiate Assiociation (NCAA) de nos voisins américains à nos propres ligues universitaires.

Deux réalités bien différentes

C’est un secret de polichinelle, le domaine sportif universitaire canadien est bien développé, mais il ne se compare pas à la NCAA. Cette association sportive américaine organise les programmes sportifs de nombreuses grandes écoles et universités américaines. Cette association constitue la plus grande organisation sportive universitaire du monde[1], si bien que de nombreuses équipes sportives faisant partie de ce réseau sont aussi populaires que des équipes sportives professionnelles.

Par exemple, l’équipe de football des Wolverines, de l’Université du Michigan, a maintenu une moyenne de 111 589 spectateurs par match en 2017[2]. De ce fait, il est évident que cette équipe universitaire est aussi populaire que les Lions de Détroit, qui évolue dans la Ligue nationale de football (NFL).

Les athlètes universitaires québécois et canadiens ne vivent pas la même situation que les athlètes universitaires américains.

Ainsi, bon nombre d’athlètes universitaires ayant évolué dans la NCAA font le saut au niveau professionnel après leurs études. Il suffit de penser à l’ancien capitaine des Canadiens de Montréal, Brian Gionta, qui a évolué avec Boston College avant de s’aligner avec les Devils du New Jersey.

Toutefois, les athlètes universitaires québécois.es et canadien.ne.s ne vivent pas la même situation. Certains sports offrent de meilleures possibilités après les études. Beaucoup de hockeyeurs et de footballeurs auront des essais professionnels à la suite de leur passage à l’université. D’autres sports comme le volleyball et même le badminton n’ouvriront bien souvent que les portes du domaine amateur aux athlètes universitaires.

Spectre #1

Volleyeuse pour les Patriotes, Myriam Desbiens a connu une saison du tonnerre au sein de l’équipe de l’UQTR, qui compétitionne en division 2. Elle ne joue pas universitaire avec l’idée d’un jour évoluer dans des ligues professionnelles. «Je ne crois pas que la division deux ouvre les portes du monde professionnel», affirme-t-elle. «Par contre, je crois qu’avec de bonnes performances et beaucoup de persévérance, il est possible de rêver au niveau professionnel.»

De son côté, Marc-Antoine Senneville est coureur pour l’équipe de cross-country des Patriotes. Ce leader naturel qui prêche par l’exemple possède le talent et la volonté pour espérer participer à des compétitions d’envergure. Toutefois, le cross-country n’est pas un sport comportant une ligue professionnelle. Comme beaucoup d’autres coureur.se.s, Marc-Antoine a des objectifs en tête et devra user d’imagination pour pratiquer son sport encore longtemps. À la suite de son passage à l’université, il s’imagine bien continuer à compétitionner: «Plus tard, je vais sûrement m’orienter vers des marathons, car j’ai des affinités avec les épreuves d’endurance.»

À l’inverse d’autres sports universitaires, le hockey universitaire se voit dérouler le tapis rouge de différentes ligues professionnelles.

Spectre #2

À l’inverse de sports universitaires comme le volleyball ou même le cross-country, le hockey se voit dérouler le tapis rouge de différentes ligues professionnelles.

La majorité des hockeyeurs des Patriotes ont évolué au sein de la Ligue junior majeure du Québec (LHJMQ), qui se veut un excellent tremplin vers la Ligue nationale de hockey (LNH). Il suffit de penser à Julien Bahl (Phoenix de Sherbrooke), Sébastien Auger (Sea Dog de Saint-Jean), Christophe Boivin (Titan d’Acadie-Bathurst), Jonathan Deschamps (Cataractes de Shawinigan) et à beaucoup d’autres.

Le capitaine des Patriotes, Pierre-Maxim Poudrier, a maintenant terminé son stage universitaire et vise dorénavant la Ligue nationale B (LNB) en Suisse: «C’est un très bon calibre. Je prends exemple sur Anthony Verret qui a joué avec nous l’an dernier et qui évolue présentement avec le HC Ajoie en Suisse.»

Pour les hockeyeurs universitaires, bon nombre de ligues européennes représentent une possibilité pour eux de goûter au sport professionnel. Autre exemple, Guillaume Asselin, qui a fait la pluie et le beau temps avec les Patriotes de 2013 à 2017, évolue maintenant avec le HC 05 de Banska Bystrica dans la Tipsport liga, en Slovaquie.

Certains athlètes issus de programmes universitaires de nos régions sont capables de vivre de leur sport.

Le cheerleading, ce sport méconnu par plusieurs, offre également de belles opportunités aux athlètes après leur passage à l’université. Karolane Archambault, cette jeune athlète des Patriotes de l’UQTR, a été sélectionnée sur l’Équipe Canada pour participer au ICU World Junior Championships, qui se déroulera à Orlando, en Floride, à la fin du mois d’avril.

Cette Maskoutaine pratique le cheerleading depuis seulement cinq années et elle sera la seule québécoise au sein de l’Équipe Canada. Malgré son succès, elle reconnaît toutefois qu’il est difficile de percer dans ce domaine.

À la suite de leur passage universitaire, les «cheers» peuvent évoluer au sein d’équipes civiles ou espérer se tailler une place dans des équipes nationales. Il y a également la possibilité d’être engagé par le Cirque du Soleil, qui offre aux athlètes d’œuvrer dans un domaine dans lequel ils excellent tout en étant rémunérés.

En conclusion, il est évident que tous les sports universitaires n’offrent les mêmes possibilités en termes de continuation. De plus, les ligues universitaires canadiennes n’offrent pas les mêmes possibilités professionnelles que la NCAA aux États-Unis. Le système sportif universitaire américain est développé en fonction du monde professionnel, tandis qu’au Canada, les ligues universitaires doivent composer avec un budget moindre: c’est une réalité complètement différente.  Malgré cela, certains athlètes issus de programmes universitaires de nos régions sont capables de vivre de leur sport. Il y a également des différences entre différents sports; le hockey et le soccer sont plus propices à une continuation professionnelle que le volleyball ou même le cross-country.

 

[1] NATIONAL COLLEGIATE ATHLETIC ASSOCIATION FOOTBALL. Site internet. ncaafootball.com/. Page Consultée le 19 mars 2018.

[2] NATIONAL COLLEGIATE ATHLETIC ASSOCIATION FOOTBALL. Site internet. 2017 football attendance. http://fs.ncaa.org/Docs/stats/football_records/Attendance/2017.pdf. Page consultée le 19 mars 2018.

Jack Saloon A2018

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