Reportage — Les ligues d’improvisation mauriciennes

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En Mauricie, il existe plusieurs ligues d’improvisation, toutes aux couleurs bien distinctes. À leur façon, elles sont reconnues dans le paysage culturel de la Mauricie et contribuent grandement à l’offre culturelle de la région. Sont-elles des tremplins les unes pour les autres?

L’improvisation au Québec a été créée par Robert Gravel et Yvon Leduc, il y a de cela 40 ans. En plus d’avoir créé un concept d’improvisation théâtrale propre à la culture québécoise, ils ont formé la ligue la plus connue de la province, la Ligue nationale d’improvisation (LNI). Afin de faire connaître davantage le théâtre et de démocratiser la culture du théâtre, ils ont créé une formule compétitive de l’improvisation entourant une thématique bien populaire au Québec: le hockey. Le but est simple: deux équipes composées d’improvisateur.ice.s s’affrontent en proposant un spectacle théâtral improvisé autour d’un thème donné par un arbitre. Le public vote ensuite pour la meilleure représentation.

En Mauricie, l’improvisation prend de plus en plus de place dans le paysage culturel de la région. Plusieurs ligues ont pris leur place pour offrir des spectacles originaux et de qualité.

Les ligues mauriciennes

La Ligue d’improvisation universitaire de Trois-Rivières (LUITR) est la ligue d’improvisation basée à l’UQTR. Elle est composée d’étudiant.e.s et les matchs ont lieu les lundis soir au Café bistro Chasse Galerie. Reconnue pour être la ligue la plus futile, son but est essentiellement de divertir et de faire rire.

Selon le joueur de la LUITR Frédérik Simon, «la LUITR a un décorum propice pour l’impro, la scène est surélevée, c’est dans un bar, c’est gratuit et c’est dans le contexte universitaire». C’est entre autres ce qui fait que l’ambiance est plus compétitive et que le style de jeu se différencie des autres ligues. Les joueur.se.s sont plutôt des puncheur.se.s et embarquent beaucoup dans l’absurde.

«C’est un milieu qui te fait grandir comme personne.» — Marc-André Marion-Flamand, impliqué à la LUITR, à la LILE et à La Résistance.

La Ligue d’improvisation mauricienne (LIM) est la seule ligue adulte qui sort du cadre scolaire à Trois-Rivières. Elle est réputée pour sortir du cadre d’improvisation propre au Québec, ce que l’on appelle la formule Gravélienne, créée par Robert Gravel. Elle se concentre davantage à donner un spectacle de qualité et un produit fini par son orientation plus théâtrale.

Louis-Étienne Villeneuve est joueur et vice-président aux communications de la LIM. Il croit que la LIM se distingue des autres ligues: «La mentalité se tourne plus vers une qualité de spectacle, je pense que les joueurs ont une différente conception d’un spectacle de qualité quand on lui enlève le gain de spectacle immédiat, ou encore l’ego de gagner des points du public. Il y a donc plus d’ensembles et moins de rivalité, ce qui est souvent inutile en impro.»

La Ligue d’improvisation de Louiseville et environs (LILE) est souvent la continuité des joueur.se.s de la LUITR lorsqu’ils et elles terminent l’université. Marc-André Marion-Flamand, joueur dans ces deux ligues, croit que c’est le parfait tremplin entre les deux ligues. Certains joueurs prennent de l’expérience à la LILE pour ensuite s’essayer dans la LUITR. La mission est d’offrir un tremplin à la relève en improvisation en Mauricie, la ligue est donc ouverte aux jeunes de moins de 18 ans.

Enfin, la ligue d’improvisation La Résistance se distingue de manière géographique. Son offre se situe sur le territoire de Shawinigan et s’étend dans la municipalité régionale de comté (MRC) de Mékinac. C’est la seule ligue d’improvisation Gravélienne pour adultes en Mauricie, selon la présidente Isabelle Bédard. Avec un cercle très large de joueur.se.s, sa mission est de donner l’opportunité aux gens d’essayer l’improvisation, en étant ouverte aux 18-65 ans.

Chaque ligue est donc différente et offre un spectacle à son image. L’improvisation est un petit monde soudé où tout le monde se connaît. Plusieurs ligues collaborent l’une avec l’autre, afin de permettre une diversité de spectacle d’improvisation: par exemple, le Whomboozle rallie des joueur.se.s de la LIM et de la LUITR durant la saison estivale.

«Il commence à y avoir un intérêt envers autre chose que la formule match, Gravélienne, qui est très rapide et sensationnaliste.» — Louis-Étienne Villeneuve, joueur à la LIM

L’improvisation permet beaucoup de travail d’introspection. Elle permet entre autres de développer sa répartie, sa confiance en soi, mais aussi de créer de nouveaux liens. «C’est un milieu qui te fait grandir comme personne», indique Marc-André Marion-Flammand, impliqué à la LUITR, à la LILE et à La Résistance. Aussi, «il y a une valeur culturelle intéressante, autant pour le public que pour les personnes impliquées.»

Innover ou conserver le concept Gravélien? 

Louis-Étienne Villeneuve explique que le Québec en est rendu à sa troisième vague d’improvisation. La première est celle de Robert Gravel, la deuxième l’improvisation théâtrale, et la troisième l’improvisation de longue durée. La LIM a d’ailleurs organisé un premier événement d’improvisation de ce type, la Limette, au début du mois de mars, qui a été très bien reçu par le public. Selon lui, «c’est un signe qui commence à avoir un intérêt envers autre chose que la formule match, Gravélienne, qui est très rapide et sensationnaliste. Innover une démarche plutôt artistique et professionnelle, et le fait que ça soit possible, témoigne une plus grande sensibilité de la personne qui regarde l’impro.»

Également, il mentionne une réalité que vivent certains improvisateur.ice.s envers la formule Gravélienne. «Certains joueurs finissent par s’en désintéresser, car ils deviennent spécialistes de cette formule. Aussi, ils commencent à prendre conscience des enjeux du vote du public, qui vient parfois nuire à la qualité du spectacle.»

D’autres joueur.euse.s croient encore à ce premier concept qui a fait naître l’improvisation au Québec. Il est difficile de s’en défaire, puisqu’il est propre à la culture québécoise et que ce concept reste la formule idéale pour les non-initié.e.s à l’improvisation. Selon Isabelle Bédard, «pour nous [à La Résistance], c’est important de garder le style Gravélien, on veut rendre hommage à la LNI, à la culture, à nos racines. D’ailleurs on est les rares qui ont gardé l’hymne.» Autrement, Marc-André Marion-Flamand et Frédérik Simon, tous deux adeptes du style Gravélien, croient que c’est une formule qui permet de «lâcher son fou», de faire des choses plus éclatées et de justement sortir des sentiers battus.

«La LNI a fait de grandes démarches cette année pour que l’impro ait une reconnaissance culturelle, et ça a eu un effet.» — Louis-Étienne Villeneuve, joueur à la LIM

L’importance de l’improvisation dans le paysage culturel mauricien

Marc-André Marion-Flamand nous a expliqué «qu’en milieu rural, c’est le genre d’activité qui permet de rallier différents acteurs du milieu, et ça va de manière exponentielle en Mauricie. L’offre est de plus en plus grande, je prends exemple Drummondville qui ouvre une ligue cette année. Ça devient une attache culturelle et une demande de la part du public. Dans chaque ligue où je m’implique, il y a du public.

De son côté, Louis-Étienne Villeneuve compare le monde de l’improvisation à une ligue de curling ou de bowling. «L’impro reste quand même un art qui est assez localisé. C’est un réseau petit à Trois-Rivières autant du spectateur que des joueurs. C’est un réseau de personnes très soudées. La LNI a fait de grandes démarches cette année [en raison de son 40e anniversaire] pour que l’impro ait une reconnaissance culturelle, et ça a eu un effet. Il y a donc une valorisation de l’impro comme médium artistique à part entière.»

Pourquoi aller voir un match d’improvisation?

Nous avons demandé aux personnes rencontrées, comment convaincre quelqu’un qui n’a jamais vu d’improvisation à aller assister à un spectacle?

Louis-Étienne Villeneuve: «Au lieu de prendre 1h d’écouter en rafale des vidéos YouTube ou des séries, aller voir de l’impro, c’est d’aller chercher une chaleur qu’on a perdue dans la société moderne: collectivement regarder quelque chose et assister à de la création pure. L’improvisation permet de repartir avec des souvenirs [collectifs] que personne d’autre dans le monde n’aura pu avoir.»

Marc-André Marion-Flamand: «Je pense que l’impro est la meilleure façon de rejoindre tout le monde, parce qu’elle touche des sujets variés. C’est certain que dans une soirée, tu vas voir quelque chose qui va faire en sorte que tu ne le regretteras pas d’être venu voir de l’impro!»

Frédérik Simon: «C’est de venir voir des gens réaliser des défis, en essayant de donner le meilleur spectacle possible. Bref, voir du monde se lancer dans le vide.»

Isabelle Bédard: «J’ai la phrase clichée de « l’essayer c’est l’adopter ». Les gens prennent goût à l’impro, ça vient nous chercher intérieurement, on y trouve notre compte dans la soirée. C’est tellement varié et il y a tellement de styles différents!»

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