REPORTAGE: Une réelle précarité des radios communautaires?

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André Mercier, animateur et journaliste à CFLM 97.1 FM. Photo: 97,1FM
André Mercier, animateur et journaliste à CFLM 97.1 FM. Photo: 97,1FM

En ce début d’année, la radio montréalaise CIBL a fait face à de sévères mises à pied, étant donné son état financier précaire. En lien avec cette actualité, nous nous sommes questionnés sur l’état de nos radios régionales, communautaires et campus, de la Mauricie…

Est-ce que les radios en Mauricie se retrouvent dans une situation aussi précaire? Comment arrivent-elles à tirer leur épingle du jeu? Comment peuvent-elles à se démarquer dans cette marée qu’est le réseau FM, mais encore plus dans l’univers du numérique? Ce sont des questions que nous avons posées à différentes personnes qui œuvrent dans le domaine de la radio communautaire.

Miser sur l’aspect local

Les radios communautaires ont pour mission de diffuser des nouvelles locales et régionales, mais également de créer un sentiment d’appartenance entre le public et leur station de radio. C’est ainsi que Yannick Denoncourt définit l’essence d’une radio communautaire. Animateur à CH2O, la radio de la municipalité régionale de comté (MRC) de Maskinongé, au 103.1 FM, depuis le tout début, soit il y a dix ans, Yannick croit réellement au potentiel de sa radio.

«Notre force, c’est d’être local et régional. Les gens aiment nous écouter, car c’est d’eux qu’on parle.» En effet, malgré la situation financière qui peut s’avérer précaire, les radios communautaires ont pour principale force l’effet du local. Étant exclusif sur une information, c’est en s’intéressant sur les faits locaux qu’il est possible de se démarquer. «On répond aux besoins de la population en donnant une visibilité aux organismes de la région», a affirmé Yannick Denoncourt.

C’est également la vision que porte André Mercier, animateur et journaliste au CFLM-FM (97.1 FM) de La Tuque, envers la radio régionale. Contrairement à CH2O, la radio de La Tuque est commerciale, mais se produit avec des valeurs locales et régionales qui se rapprochent beaucoup de la radio communautaire. «On s’implique dans la communauté même si c’est commercial, car on respecte la particularité locale de la station.»

Dans le métier d’animateur et journaliste depuis 1979, André Mercier a choisi d’œuvrer au sein d’une radio régionale, car c’est un milieu qui, selon lui, permet d’approfondir ses connaissances de communication. «J’aime mieux être le roi chez nous, que le valet dans une grande maison. J’ai pu réaliser tous mes rêves ici.»

Radios communautaires et radios commerciales

On pourrait croire que le côté communautaire a quelque chose de péjoratif, de moins attrayant. Cette image s’est construite et a été stéréotypée par les radios commerciales, dont le milieu est idéalisé. C’est une réalité bien présente dans le monde radiophonique, puisque les programmations changent souvent dans les radios commerciales, ce qui empêche une certaine stabilité d’emploi.

«Le communautaire est très différent, il y a plus de libertés dans nos actions et nos paroles. De plus, le communautaire nous offre une stabilité. Quand on est un artisan de la radio, le commercial est moins sécurisant, puisque ce sont des contrats. On se retrouve toujours sur le siège éjectable, puisque les programmations changent souvent.», a révélé Yannick Denoncourt (CH2O). Les deux animateurs, Yannick Denoncourt et André Mercier (CFLM), ont avoué qu’il est possible de faire une très belle carrière en communication en région et dans les radios communautaires, et ce partout au Québec.

«Notre force, c’est d’être local et régional, les gens aiment nous écouter, car c’est d’eux qu’on parle.» — Yannick Denoncourt, animateur et journaliste à CH2O 103.1 FM

Bien que les radios communautaires se distinguent par leur couleur locale, elles font tout de même face à certains enjeux. Selon Jean-Philippe Charbonneau, directeur général du Groupe des médias étudiants de l’Université du Québec à Trois-Rivières (GME UQTR), qui chapeaute la radio campus CFOU 89.1 FM, ces enjeux sont principalement financiers. Les radios, autant commerciales que communautaires, ont dû faire face à des obligations financières provenant du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) pour des questions de conformité. Par contre, ce sont les radios à moins grands revenus, telles que les radios communautaires et régionales, qui ont été les plus touchées par ces obligations gouvernementales.

Savoir se démarquer

Autrement dit, pour tous, le défi est d’aller chercher le plus d’auditeurs possible. Avec le numérique, l’offre de service de radio est énorme. Alors, comment se démarquer autrement que par la particularité régionale? Les réponses à cette question que nous ont laissées les personnes rencontrées se résument à offrir une programmation musicale très spécifique.

On peut remarquer que certaines radios régionales ou communautaires se caractérisent par le style de musique qu’elles diffusent. C’est le cas pour CFNJ (88.9 FM et 99.1 FM), la radio communautaire de Lanaudière, qui se spécialise en musique traditionnelle. CH2O se consacre à la musique country, et CFOU à la musique émergente.

Comme le mentionne Mathieu Plante, animateur quotidien à CFOU, la liberté de diffusion dont disposent les radios dites non commerciales permet non seulement de parler de sujets originaux, mais d’en parler longtemps et en profondeur. «Il y a beaucoup de forces similaires avec les radios communautaires à CFOU, nous sommes sollicités par les nouvelles sorties musicales et les artistes de la région. On a quelque chose d’unique en notre genre», affirme de son côté Jean-Philippe Charbonneau.

Évidemment, il a des temps sombres, mais il y a une mobilisation derrière tout ça. Selon Jean-Philippe Charbonneau (CFOU), un renouveau est nécessaire, et certaines radios avancent déjà dans cette direction. Les radios communautaires font face à des défis, mais des défis intéressants et stimulants. Le reste est entre les mains des auditeur.ice.s et leur ouverture à la nouveauté.

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