Théâtre des Nouveaux Compagnons: La noce a des boules

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Martin Bergeron a soutenu son personnage avec des mimiques solides. Photo: Mario Groleau
Martin Bergeron a soutenu son personnage avec des mimiques solides. Photo: Mario Groleau

Le metteur en scène Stéphane Bélanger a décidé de briser une partie du quatrième mur en proposant une production qui place le spectateur dans une position participative. L’idée, excellente sur papier, apporte ses réserves dans sa mise en action. La Noce de Robert Duparc a été présentée par une équipe efficace à la salle Louis-Philippe-Poisson de la Maison de la Culture de Trois-Rivières, du 19 au 21 janvier derniers. 

Faisant dégringoler certaines conventions théâtrales, la production se déroulait en intervalles prolongés entre courts dialogues des comédiens, et soirée dansante quétaine où le public est invité à danser ou à faire le train au son de grands succès des années 80. Les spectateurs sont donc dans une partie de l’espace de jeu et peuvent être en rapide interaction avec des personnages.

Tout était là pour illustrer le misérabilisme québécois cliché et sans profondeur. Entre mononcle vicieux à moustache et enfant prodigue qui débarque à l’improviste se retrouvent la tante ivre qui finit à moitié nue et les secrets qui éclatent dans l’abus des bulles de mousseux cheaps.

La trame musicale est savamment sélectionnée, les allures des personnages sont parfaitement kitsch.

Le jeu des comédiens est pertinent. Les quelques interventions arrivent à tirer un sourire. L’humour est facile et prévisible, mais l’esthétique globale est en corrélation avec la caricature proposée par l’auteur. Les personnages sont typés et bien interprétés, la fête bat définitivement son plein à la table d’honneur, le plaisir de l’équipe est palpable. La place donnée au public est par contre beaucoup trop importante. L’élément dramatique ne dure qu’une quarantaine de minutes, alors que l’ensemble de la production s’étale sur plus de deux heures.

Le point fort du travail du metteur en scène et de son assistante, Isabelle Marchand, est d’avoir rassemblé tous les éléments quétaines inhérents à un mariage bas de gamme. La trame musicale est savamment sélectionnée, les allures des personnages sont parfaitement kitsch. Dans l’ensemble, tout est à sa place, tout est calculé et bien ficelé.

Les spectateurs se retrouvaient parfois dans l’espace de jeu, invités alors à danser et à se déplacer pendant la représentation. Photo: Mario Groleau
Les spectateurs se retrouvaient parfois dans l’espace de jeu, invités alors à danser et à se déplacer pendant la représentation. Photo: Mario Groleau

Les attitudes corporelles d’Yves Deguire sont sublimes, il incarne physiquement le fêtard à la fin de la veillée qui commence à ramollir sans s’en apercevoir. Comme la majeure partie du temps, les comédiens se meuvent en silence et miment des conversations, les postures et les mimiques sont primordiales. À souligner aussi le faciès de Martin Bergeron qui arrive à bien incarner le pauvre homme qui reluque sa nièce dans le silence de son alcoolémie.

L’humour est facile et prévisible, mais l’esthétique globale est en corrélation avec la caricature proposée par l’auteur.

La prestation d’Ève Lisée est également à souligner. Elle incarne Monique, la tante ivre et sans scrupules de la bande. Son intensité, qui commence à se faire connaître dans la faune théâtrale trifluvienne, a bien servi la comédienne. Sa désinvolture et son énergie sont justement dosées. Adamao Ionata assume bien son rôle de père de la mariée et par le fait même de leader de la pièce.

En somme, ce moment de théâtre ressemble plus à une soirée dansante et animée qui collerait davantage à un événement corporatif ou festif qu’à une expérience de théâtre. Quiconque n’a pas envie de danser en ligne et de se prêter au jeu du lancer du bouquet ne trouvera pas son compte dans ce genre de production. Malgré la qualité de l’équipe, la soirée demeure longue et passablement ennuyeuse, d’autant plus que la panoplie de sandwichs pas de croûtes servis à l’ensemble des spectateurs a fini dans les poubelles. Certaines stratégies seraient à revoir pour bonifier ce genre de happening.

Jack Saloon A2018

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