Théâtre des Nouveaux Compagnons: L’adolescence en deux temps

0
901
Charles C. Simoneau campe avec dosage un adolescent homosexuel qui se heurte aux croyances de l’Église. Photo: Mario Groleau
Charles C. Simoneau campe avec dosage un adolescent homosexuel qui se heurte aux croyances de l’Église. Photo: Mario Groleau

La nouvelle production du Théâtre des Nouveaux Compagnons est jouée à la salle Anaïs-Allard-Rousseau depuis le 10 novembre dernier. Pour amorcer leur saison, la troupe amateur a confié un texte de Michel Tremblay à la metteure en scène Guylaine Pruneau, qui assurait sa toute première mise en scène. C’est une fois de plus le thème de l’homosexualité qui est au cœur de la pièce Fragments de mensonges inutiles.

Dans ce texte aux accents autobiographiques, Tremblay écrit sur les difficultés de l’homosexualité à l’adolescence. Avec la théâtralité qui le définit, il donne vie à deux familles, à deux époques différentes. Jean-Marc vit dans les années 50, et Manu dans les années 2000. Les deux adolescents doivent se heurter aux croyances et aux préjugés de leurs époques respectives. L’église pour l’un, la psycho-pop pour l’autre. Bien qu’il soit évident que le propos est juste, la pertinence de le présenter encore une fois s’interroge.

Le découpage de la scénographie est efficace, dans la mesure où les deux époques sont chacune de leur côté de la scène.

Il faut d’entrée de jeu saluer la décision de laisser le spectacle couler sans entracte. Souvent injustifié, ce moment d’arrêt allonge inutilement les soirées. Héritiers de la période classique, les entractes ont encore cours de nos jours. Originalement mis en place pour changer les chandelles fondues avant l’arrivée de l’électricité, ils n’ont plus leur place, surtout dans les spectacles de courte durée.

Le découpage de la scénographie est efficace, dans la mesure où les deux époques sont chacune de leur côté de la scène. Lorsqu’ils sont ensemble, les adolescents se retrouvent au centre, dans la partie plus neutre de l’espace de jeu, où le temps n’a plus d’importance. Les quelques éléments de décor appuient sans lourdeur les deux sections temporelles.

Certains lieux sont suggérés par des éclairages filtrés qui dépeignent des symboles clairs, comme des vitraux pour l’église et une ville pour la modernité. Cette épuration de la scène aide à se focaliser sur l’essentiel.

Mario Baril offre une couleur recherchée à son personnage d’aumônier.

Charles C. Simoneau incarne avec aisance Jean-Marc. Son ton naturel le met en valeur, et il évite les trop présentes envolées de sentiments extrêmes. Les choix judicieux de Guylaine Pruneau quant à la scénographie sont éclairés, mais le manque d’expérience se traduit par l’absence de subtilité émotive. Les personnages sont dans des états sensibles tellement intenses que le spectateur ne peut se laisser absorber.

Comme la pièce se déroule en deux temps, il est parfois contraignant de bien suivre les échanges dans le temps et l’espace. Les comédiens entrechoquaient leurs répliques et participaient à la confusion. Un moment fort est celui où le psychologue et l’aumônier sont côte à côte et expriment leur vision, à 50 ans d’intervalle. Mario Baril offre une couleur recherchée à son personnage d’aumônier. La manière de rouler ses «r» transporte à cette époque où l’accent était différent. Même s’il ne soutient pas constamment cet aspect, Baril est juste et solide.

Cette force de faire cohabiter deux époques revient aussi lorsque les deux mères s’ouvrent et confient leur manière d’absorber le choc. Par contre, la répétition de cette scène a alourdi le spectacle considérablement. Il aurait été davantage judicieux de faire un choix plutôt que de présenter deux fois les mêmes monologues déjà assez longs.

Le spectacle était présenté à la maison de culture de Trois-Rivières jusqu’au 19 novembre 2016.

La constante comparaison entre les deux époques atteint un paroxysme lors de l’intervention de l’aumônier (Mario Baril) et du psychologue (Yves Deguire). Photo: Mario Groleau
La constante comparaison entre les deux époques atteint un paroxysme lors de l’intervention de l’aumônier (Mario Baril) et du psychologue (Yves Deguire). Photo: Mario Groleau
Jack Saloon A2018

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here