Un peu de cinéma: «Det Sjunde Inseglet», Ingmar Bergman, 1957

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Auteur: Gabriel Senneville

Les années 1950 et 1960 ont été une période charnière au sein du cinéma d’auteur européen. Nous n’avons qu’à penser à des réalisateurs tels que François Truffaut en France, Andreï Tarkovsy en Russie ainsi qu’Ingmar Bergman en Suède. Les thématiques phares des œuvres issues du cinéma d’auteur de cette période sont généralement le rapport de l’Homme à l’existence humaine, et le recours à des discours philosophiques et métaphysiques.

Cette semaine, je vous suggère donc de découvrir et/ou de redécouvrir une œuvre marquante du cinéma d’auteur suédois, Det sjunde inseglet (Le septième sceau) d’Ingmar Bergman. Eh bien oui, un film en version suédoise sous-titrée… Paru en 1957 et mettant en vedette Max Von Sydow, Gunnar Björnstrand ainsi que Bibi Andersson, ce film est, à mon avis, l’une des œuvres cinématographiques marquantes de Bergman.

Profondément philosophique, ce film aborde de nombreuses thématiques existentialistes. L’une d’entre elles est le silence de Dieu, thème récurrent dans l’œuvre de l’auteur: nous n’avons qu’à penser à Såsom i en spegel (À travers le miroir, 1961) ainsi qu’à Tystnaden (Le Silence, 1963).

Dès les premiers instants du film, le chevalier est confronté au personnage de la Mort.

Dans le film, le personnage principal, Antonius Block, interprété par le Suédois Max Von Sydow, est un chevalier qui, à la suite d’une croisade en Terre sainte, revient en Suède dans un contexte où la population est ravagée par la peste. Dès les premiers instants de ce film, Bergman instaure une ambiance propice à la réflexion existentielle, puisque le chevalier est confronté au personnage de la Mort.

Dans une volonté de comprendre le sens de l’existence, le chevalier propose une partie d’échecs contre la Mort afin d’obtenir plus de temps. Plus de temps pour quoi? Simplement afin de poursuivre sa quête métaphysique, afin de répondre à la question ultime, celle de connaître l’existence ou la non-existence de Dieu et, par le fait même, le sens de la vie.

L’élément central est l’absence de transcendance, le silence de Dieu.

De tout le film, l’élément central est l’absence de transcendance, le silence de Dieu. Le personnage du chevalier va, en dépit de ses doutes, continuer à vouloir croire en son existence, et ce, malgré le silence de celui-ci. L’une des scènes principales de ce film nous le démontre, il s’agit de la confession du chevalier, où celui-ci discute de ses doutes et craintes face à l’absence de transcendance divine. Le personnage ne comprend pas pourquoi Dieu ne se manifeste pas afin de prouver son existence à l’humanité.

À de nombreuses reprises, le chevalier questionne la Mort concernant le grand secret de l’existence, celle-ci refuse de lui répondre jusqu’au dernier moment. Pour le chevalier, le personnage de la Mort est celui qui s’avère être le plus près de la connaissance de Dieu. Cependant, au dernier instant de sa vie, la mort lui avoue qu’elle ne peut rien dire concernant l’existence ou la non-existence de Dieu, car: «Il n’y a pas de secret».

Cette prise de position de la part de Bergman démontre bien que l’existence de Dieu importe peu face à la fatalité de l’existence humaine, puisque la destinée de l’homme se scelle par la mort. Le chevalier accepte donc son sort et succombe à la peste et se joint à la mort dans une danse macabre, scène qui sera tournée en ridicule dans le film Love And Death de Woody Allen (1975).

«Tout au long de ma vie consciente, j’ai lutté dans une relation douloureuse et sans joie avec Dieu.» – Ingmar Berman

Bergman nous invite à réfléchir sur la précarité de la condition humaine ainsi que la position de l’Homme moderne. La position agnostique de l’auteur démontre cette incapacité de l’être humain à répondre objectivement à certaines questions qui se heurtent malgré tout au néant: «Notez bien que je crois en Dieu, non pas en l’Église, protestante ou autre. Je crois en une idée supérieure qu’on appelle Dieu. Je le veux et il le faut. Je crois que c’est absolument nécessaire».

Il va notamment écrire dans ses mémoires: «Tout au long de ma vie consciente, j’ai lutté dans une relation douloureuse et sans joie avec Dieu. La foi, pas la foi, la faute, le châtiment, la grâce, la malédiction étaient pour moi des réalités irréfutables. Mes prières puaient l’angoisse, la supplication l’anathème, la reconnaissance, la confiance, l’ennui et le désespoir».

Je vous invite donc, si l’envie vous y prend, de découvrir cette œuvre marquante du cinéma d’auteur signée Ingmar Bergman.

Jack Saloon A2018

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