Vernissage à la Galerie R3: Une tribune partagée

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Le public était invité à prendre la parole en montant sur un socle. Photo: Marie-Christine Perras
Le public était invité à prendre la parole en montant sur un socle. Photo: Marie-Christine Perras

La Galerie R3 s’est avérée un lieu de rencontre étonnant lors du vernissage performatif de l’artiste française Agnès Aubague. Pendant la soirée du jeudi 9 février dernier, le public était invité à assister à une performance fortement théâtralisée, mais également à prendre la parole sur les Socles de paroles élaborés par l’artiste. Entre cris de révolte et saxophone, des lectures poétiques se sont succédé.

Fascinée par les mots depuis toujours, madame Aubague leur donne une place privilégiée dans son travail artistique. Bien qu’ils passent la plupart du temps par le texte et la prise de parole, ils peuvent s’immiscer aussi à travers certaines expositions d’objets. Autant active dans l’espace public que dans les institutions artistiques, l’artiste revendique le droit à la liberté d’expression. Et pas seulement la sienne, mais celle de tous.

Agnès Aubague tourne autour de la thématique du bureau, de cet endroit de travail, de cette usine déguisée.

Issue du domaine de la psychologie sociale et du travail, Agnès Aubague se tourne donc naturellement vers l’Autre et veut l’entendre. Inspirée par le «Coin des orateurs» (Speakers’ Corner) qui a vu le jour à Londres, elle donne un espace d’expression pour tous. Ces espaces existent dans plusieurs parcs à travers le monde et permettent au citoyen de prendre la parole librement.

Lors du vernissage, madame Aubague a d’abord pris la parole lors d’une performance sobre et teintée d’humour. Elle a d’abord fait le tour de son cercle de socles qui occupent le centre de la galerie, pour ensuite monter sur chacun d’eux tour à tour. Armée d’un livret de dictapoèmes, l’artiste-invitée a livré avec une voix profonde et chaleureuse ses textes. Elle a ensuite invité le public à prendre place sur les socles, afin d’exprimer ce que bon leur semblait. La totale liberté accordée au spectateur demandait une ouverture de la part de l’artiste, puisqu’elle ne connaissait pas le contenu des interventions.

Le rouge et le noir domine l’exposition-performance, rappelant des étendards révolutionnaires et prolétaires. Photo: Marie-Christine Perras
Le rouge et le noir domine l’exposition-performance, rappelant des étendards révolutionnaires et prolétaires. Photo: Marie-Christine Perras

Le rouge et le noir sont à l’honneur dans la scénographie de la performance. Les socles de différentes tailles arborent principalement ces couleurs. Madame Aubague portait aussi des vêtements rouges et noirs, harmonisant alors la femme avec son œuvre. Ces couleurs rappellent les étendards révolutionnaires prolétaires, ce qui est en corrélation avec son intitulé dominant.

L’artiste française tourne autour de la thématique du bureau, de cet endroit de travail, de cette usine déguisée. En raison de sa formation, elle aurait dû travailler dans un bureau et côtoyer une clientèle qui y travaille. Son destin en fut autrement, puisqu’elle est officiellement une artiste professionnelle depuis une quinzaine d’années. Elle se questionne sur le statut de l’artiste, sur le manque de reconnaissance du labeur de ce dernier. Le spectateur étant confronté à l’œuvre finie, il ne remarque pas toujours le travail entre l’atelier et la galerie.

Autant active dans l’espace public que dans les institutions artistiques, Aubague revendique le droit à la liberté d’expression.

Peut-être dans un désir de se dégager de ces cubicules de bureau, Aubague refuse de s’insérer dans une seule case artistique. Elle se positionne à cheval entre la performance, la poésie, le théâtre et les arts visuels. Pour la présente exposition, le public peut se rendre à la Galerie R3 pour circuler entre et sur les socles, qui sont présents comme reliquats de la performance. L’exposition sera en place jusqu’au 28 février prochain. L’artiste multidisciplinaire sera de la soirée La performance comme espace de rencontre le jeudi 23 février prochain à la Galerie R3.

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