Vernissage au Café Frida: Une dose de maturité pour Simonak

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Les références à des personnages politiques et culturels et l’utilisation de la brillance dénotent la trame ludico-engagée de l’artiste. Photo: M.-C. Perras
Les références à des personnages politiques et culturels et l’utilisation de la brillance dénotent la trame ludico-engagée de l’artiste. Photo: M.-C. Perras

Le café Frida du centre-ville de Trois-Rivières accueille huit œuvres de l’artiste Simon Murphy-Gauthier. À teneur sociale, les tableaux représentent ou font référence à des personnages politiques et culturels. L’exposition reflète une fois de plus la voie ludico-engagée que l’artiste emprunte à merveille. Lors du vernissage du 16 octobre dernier, le coloré et sensible peintre en a profité pour rencontrer et partager avec les passants.

Appuyées sur le mur de brique, les œuvres sont disposées en symétrie, dans une organisation qui trahit le désir d’ancrage de l’artiste. Malgré le côté excentrique et désinvolte de Murphy-Gauthier, une douce maturité surgit subtilement dans cette exposition. Loin de brimer sa liberté et son envie de révolte, ce léger virement se traduit par la brillance qu’il utilise pour ponctuer ses œuvres.

Se définissant d’«adrénalinomane», Simonak (le nom d’artiste de Murphy-Gauthier) confie candidement avoir produit la presque totalité de son exposition une semaine avant le vernissage. Par contre, les images ont plané pendant deux ans dans sa boîte crânienne avant de venir percuter les toiles.

Ce choix permet à l’artiste une transition esthétique, qui passe du trash à l’extravagant intelligent.

La spontanéité s’observe par la technique de dripping, qui est utilisée dans plus de la moitié des œuvres. Cette technique consiste à laisser tomber de la peinture sur une surface posée sur le sol. Bien que les artistes qui en font usage puissent arriver à contrôler leurs gestes, cette manière de travailler demande un grand lâcher-prise.

Parmi les visages reconnaissables se retrouve la peintre Frida Kahlo, directement inspirée par le lieu d’accueil de l’exposition. Simon Murphy-Gauthier s’identifiait déjà à cette artiste mexicaine et a saisi l’occasion de l’intégrer à son travail. Son attirance pour la performance le mènera vers une personnification de la peintre mexicaine dans des circonstances futures. Le travestissement lui permet d’explorer la couleur, souvent plus présente dans les habits féminins.

Le travestissement permet à Simonak d’explorer la performance et d’affirmer son goût pour les couleurs vives et le «bling-bling». Photo: M.-C. Perras
Le travestissement permet à Simonak d’explorer la performance et d’affirmer son goût pour les couleurs vives et le «bling-bling». Photo: M.-C. Perras

La peinture est encore très présente, mais Simon Murphy-Gauthier exploite d’autres techniques. En plus du dessin et de la sérigraphie, il accorde une importance aux mots. Les jeux de mots et les allusions humoristiques, qui rappellent le rébus, donnent la possibilité d’une lecture par couches. L’artiste applique beaucoup de brillants, qu’il se plaît à appeler du «bling bling». Cet aspect éclatant se glisse aisément dans les œuvres, mais gagnerait en évidence sous un éclairage plus franc.

La disposition losangique de certaines toiles et la composition de chacun des tableaux permettent à l’œil de se balader allégrement à l’extérieur comme à l’intérieur des œuvres. Le jeune artiste a une affection particulière pour le rose fluo, qui est utilisé avec parcimonie, mais se glisse très bien dans son univers onirique. Cette couleur atténue les représentations de sang sur certaines toiles. Ce choix permet à l’artiste une transition esthétique, qui passe du trash à l’extravagant intelligent.

Les jeux de mots et les allusions humoristiques, qui rappellent le rébus, donnent la possibilité d’une lecture par couches.

Par contre, du vrai sang se glisse dans la toile Bloody Sundae. S’étant accidentellement coupé dans son atelier, l’artiste en a profité pour laisser choir quelques gouttes sur son tableau. Cette œuvre démontre à plusieurs niveaux la grande tendance de Murphy-Gauthier. Un sundae criblé de balles dégouline de sang rose fluo. Cette toile est une référence au Dimanche sanglant survenu en Irlande du Nord en 1972, alors que des soldats britanniques tuent 27 manifestants pacifiques.

L’ensemble de l’exposition propose des œuvres aux multiples couches qui se révèlent à mesure que le spectateur fouille un peu. Les œuvres de Simon Murphy-Gauthier ont été exposées jusqu’au 5 novembre 2016, date à laquelle il est venu faire un décrochage-décapage, afin d’échanger une fois de plus avec les personnes présentes.

Jack Saloon A2018

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