Violences sexuelles en milieu universitaire: La lutte continue

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Lili Boisvert et Judith Lussier ont voulu sensibiliser le public à propos de la culture du viol. Photo: Catherine Lemarier-Saulnier
Lili Boisvert et Judith Lussier ont voulu sensibiliser le public à propos de la culture du viol. Photo: Catherine Lemarier-Saulnier

À l’occasion de la semaine de prévention contre le harcèlement sexuel, le Groupe d’Actions Femmes (GAF) de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) a organisé deux conférences. Sandrine Ricci, sociologue, est venue s’exprimer le lundi 13 mars, tandis que Lili Boisvert et Judith Lussier, du duo Les Brutes, étaient invitées à la Chasse Galerie le lendemain.

État des lieux des violences sexuelles en milieu universitaire

Sandrine Ricci est doctorante en sociologie et chargée de cours à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), coordonnatrice du Réseau québécois en études féministes (RéQEF), ainsi que co-chercheure de l’Enquête Sexualité, Sécurité et Interactions en Milieu Universitaire (ESSIMU). Elle était venue présenter les résultats de cette enquête, rendus publics en janvier.

L’ESSIMU a été mis en projet dès 2013. La recherche est dirigée par Manon Bergeron, professeure au département de sexologie de l’UQAM, et soutenue par le RéQEF. Le but est d’effectuer un état des lieux des violences sexuelles en milieu universitaire et de proposer des recommandations pour enrayer ce fléau. En effet, aucune autre étude récente ne se penche sur le sujet.

D’abord circonscrite à l’UQAM, l’ESSIMU s’est élargie à six universités. Sa particularité est de ne pas s’adresser uniquement aux étudiant(e)s, mais également aux employé(e)s universitaires. 9284 réponses ont été retenues au total. L’enquête recouvre les violences commises par une personne affiliée à l’université sur le campus et en dehors. Le terme de «violences sexuelles» est compris au sens large et recouvre trois catégories: le harcèlement, les comportements sexuels non désirés, et le chantage.

L’étude indique notamment qu’une personne sur trois a subi des violences sexuelles (le plus souvent du harcèlement) depuis son entrée à l’université, et qu’une sur quatre en a subi durant la dernière année. Les groupes proportionnellement les plus touchés sont les étudiant(e)s internationaux(ales), les femmes, les minorités de genre, les minorités sexuelles et les handicapé(e)s. Les personnes racisées sont sous-représentées, mais cela semble être dû à un manque de participation.

Sensibiliser à la culture du viol

Le lendemain, mardi 14 mars, Judith Lussier et Lili Boisvert, du duo Les Brutes, ont rempli la Chasse Galerie en parlant de culture du viol, qu’elles définissent comme «ce qui se passe avant, pendant et après une agression sexuelle». L’utilisation de ce terme que certains trouvent parfois excessif a pour but de ne pas minimiser les agressions sexuelles et l’impact de ces dernières sur les victimes. Très peu de gens estiment que le viol est une bonne chose, par contre, il est fréquent de perpétuer certains stéréotypes, parfois inconsciemment.

Les agressions sexuelles se produisent lorsque le consentement de la victime n’est pas respecté, notion que la culture du viol tend à brouiller. Par exemple, le «non» d’une femme a tendance à être perçu comme une technique de séduction et à être érotisé. Certains présument aussi qu’une absence de réaction équivaut à un consentement, alors que ce n’est pas le cas. Les Brutes rappellent que chacun peut avoir les fantasmes qui lui plaît, mais qu’il faut trouver un moyen de pouvoir signifier clairement son refus, et que le consentement peut se retirer à tout moment.

Par ailleurs, une fois que l’agression s’est produite, il est rare qu’elle soit dénoncée, parce que le système judiciaire est très mal adapté aux victimes. Alors que l’on évoque les conséquences d’une accusation sur la vie des agresseurs, en mettant en avant la présomption d’innocence, l’impact sur les victimes est au contraire minimisé, quand ces dernières ne sont pas accusées de mentir. Les Brutes estiment toutefois que la libération de la parole permet de se sentir moins seul(e)s face à cette problématique.

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