Évanescence : Quand l’image se décompose pour mieux renaître

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Zacharie Gauvreau en explorateur de la fragilité du visible

Dans la chaleur de l’Atelier Silex, un soir de novembre, des images semblent se retirer du monde. Tout, ici, évoque la disparition, ou peut-être, la métamorphose. Et pourtant, on comprend bien vite qu’on assiste à l’avènement d’un artiste de talent. Inaugurée le 1er novembre à Trois-Rivières, la première exposition solo de Zacharie Gauvreau se présente déjà comme une belle réussite. Le projet artistique, intitulé Évanescence, s’est développé dans le cadre du projet Plein Solo mettant en lumière six artistes québécois émergents à travers leurs premières expositions individuelles. Un tremplin précieux pour une relève artistique manquant parfois de visibilité et d’espace pour créer. L’exposition, dont le vernissage s’est déroulé ce samedi 1er novembre, sera présente tout le mois, jusqu’au 1er décembre. 

Portrait de l’artiste derrière Évanescence, Zacharie Gauvreau. Crédits : Zacharie Gauvreau.

Du festival Artch à la résidence à l’Atelier Silex : une trajectoire émergente

« C’est ma première exposition solo », confie Zacharie Gauvreau, empli de fierté d’avoir atteint cette étape cruciale dans le parcours d’un artiste. Ce tremplin professionnel a été offert à l’artiste diplômé en art visuel de l’UQAM à la suite de sa participation au festival montréalais Artch (Art contemporain émergent), en 2023. « Artch, c’est un festival qui donne une vraie plateforme aux artistes en début de carrière. C’est un peu comme un sceau d’approbation de la part du milieu, quelque chose qui te propulse et te donne une belle visibilité au moment où tu en as le plus besoin., » explique-t-il. Un an plus tard, il est sélectionné dans le cadre de l’appel à projets Plein Solo permettant à six d’entre eux de bénéficier d’une résidence et d’une exposition individuelle. Zacharie a été sélectionné par l’Atelier Silex, à Trois-Rivières, où il a passé tout le mois d’octobre en résidence.

« J’ai passé le mois d’octobre au complet à Trois-Rivières à juste travailler non-stop, tous les jours, » raconte l’artiste originaire de Gatineau. « C’est vraiment précieux de pouvoir avoir le temps, l’espace de production pour finaliser un projet comme celui-là ». Et pour cause : dans le monde artistique, la plupart des jeunes créateur.rice.s sont dans l’obligation d’avoir un emploi alimentaire, ce qui laisse moins de temps pour leurs projets personnels. Ainsi, cette parenthèse entièrement dédiée à la création a pris une valeur inestimable aux yeux de Zacharie Gauvreau : « Avoir l’opportunité d’être financé pour pouvoir faire uniquement ça, c’est malade, » ajoute-t-il, encore un peu ému de cette reconnaissance de son talent. 

Évanescence : la disparition comme révélation

Crédits: Zacharie Gauvreau

Au-delà d’être le groupe de rock mondialement connu et bien apprécié par Zacharie Gauvreau, le mot « évanescence » renvoie à ce qui s’efface peu à peu, ce qui disparaît lentement, en douceur.  Ce concept a suscité un fort intérêt auprès de l’artiste, lui qui s’intéresse à la disparition de la vérité dans l’image, exacerbée par l’omniprésence de l’image numérique et l’essor de l’intelligence artificielle. « Aujourd’hui, c’est de plus en plus difficile de différencier une image vraie d’une image générée par intelligence artificielle », explicite Zacharie Gauvreau. Témoin de cette perte de repères visuels, l’artiste explore le glissement des images numériques vers une forme de fausseté discrète, presque séduisante. 

Ainsi, il s’inspire autant de la prolifération de ces images que de leur détournement et de leur perte de sens. À travers Évanescence, l’artiste a donc voulu matérialiser cette disparition en transformant le flux numérique en matière tangible. Son travail se nourrit donc de cette tension entre effacement et révélation, entre mémoire ou oubli, entre vérité et faux-semblants. Son souhait : réussir à créer des dispositifs qui rendent le médium de l’image autonome et unique. « En art contemporain, on parle souvent de reproductibilité, mais moi, je voulais que chaque image devienne singulière, qu’elle ait sa propre vie, son propre effacement », livre Zacharie Gauvreau. 

Quand le numérique devient matière

Dans cette exposition, Zacharie Gauvreau a réussi à créer des encadrements recouverts d’une couche de cire pigmentée. Cette cire devenant opaque avec le temps, l’œuvre est destinée à évoluer, se métamorphoser, s’abîmer dans un sens. C’est ainsi que l’artiste symbolise la transformation de l’image. Ces œuvres, immobiles et pourtant bien vivantes, incarnent une disparition lente, douce, presque organique. Dans cet univers à la fois poétique et technique, le regardeur est contraint de ralentir, d’observer ce que le flux numérique nous empêche souvent de voir : le silence entre deux images.

Crédits: Zacharie Gauvreau

Mais l’artiste souligne que l’exposition ne se veut pas moralisatrice. Elle invite seulement le public à constater l’état de l’image aujourd’hui. Plutôt que de dénoncer, l’artiste souhaite recontextualiser les signes visuels en leur donnant un autre souffle, un autre rythme. Il y a, dans Évanescence, une forme de lucidité tranquille. L’artiste ne cherche pas à figer l’image, ni à la sauver, mais à lui redonner une temporalité, à rappeler qu’une image, comme un souvenir, s’altère, s’efface, se réinvente.

Inévitablement, la question de la place de l’intelligence artificielle traverse l’exposition. Effectivement, difficile aujourd’hui de différencier une « vraie » image (entendons non générée par l’IA), d’une fausse image. Sur ce point, Zacharie Gauvreau estime qu’il est important pour les artistes contemporains de s’approprier ce nouveau médium. « On peut comparer l’émergence de l’IA à celle de la photographie face à la peinture. C’est un nouveau médium, avec ses enjeux, ses difficultés » témoigne-t-il. Pour l’artiste, s’y opposer serait une erreur : « Si on refuse de s’y confronter, on devient obsolète. Il faut apprendre à travailler avec ce qui est actuel. »

Le regard tourné vers la suite

Crédits: Zacharie Gauvreau

Le vernissage d’Évanescence le 1er novembre a rassemblé un public fourmillant de curiosité pour cet artiste de l’émergence québécoise. Ainsi, ami.e.s venu.e.s de Montréal, habitué.e.s de l’Atelier Silex et autres habitant.e.s de la trifluvie sont venus en grand nombre accueillir le projet de l’artiste. « C’est une expérience complètement différente d’exposer en dehors de ton cercle habituel » se souvient Zacharie. Pour ce dernier, c’est une belle réussite qui lui inspire déjà d’autres projets d’expositions au Québec. Ainsi, le regard de l’artiste est d’ores et déjà tourné vers l’avenir, dans ce « processus artistique continu qui n’a pas de fin » ajoute-t-il, en riant. 

Finalement, Évanescence apparaît comme un cadeau de Zacharie Gauvreau au monde, une invitation à ralentir à une époque où tout va vite. A travers des œuvres destinées à se métamorphoser, l’artiste cherche à nous rappeler à l’intangibilité de l’image, sa permanence. Ainsi, l’exposition nous ramène autant à la matérialité du monde qu’à la fragilité des traces que nous laissons. Évanescence n’est pas une exposition sur la nostalgie, mais sur la persistance : la trace d’une image, même altérée, demeure. Et c’est dans cette lente disparition que quelque chose de neuf apparaît : un regard qui prend le temps de se reformer, rappelant ainsi que voir, regarder réellement est un acte de profonde patience.

Évanescence : Informations pratiques

Évanescence, de Zacharie Gauvreau

Atelier Silex, Trois-Rivières

Du 1er novembre au 1er décembre 2025

Dans le cadre du parcours Plein Solo

Zacharie Gauvreau :

Site web : zachariegauvreau.com

Instagram : @zacharie_gauvreau

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