Habiter le territoire, s’habiter soi-même : Louve igunaq

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L’équipe de rédaction du journal Zone Campus vous présente la série Nos Critiques Littéraires portant sur les livres québécois récemment parus. Crédits : Zone Campus.

Louve igunaq, c’est un livre qui m’a trouvé. Déjà que la couverture présentait un loup hurlant vers le ciel, une image à la fois hypnotisante et apaisante, la quatrième de couverture a également piqué ma curiosité. Cependant, je n’étais pas encore convaincue de me lancer dans cette lecture avant d’avoir lu la toute première page. C’est rare qu’en ouvrant un livre, on ait l’impression qu’il a été écrit pour nous. Louve igunaq, paru en octobre 2025 aux Éditions Druides, produira des effets différents selon le lecteur qui le lit. Toutefois, toute personne faisant preuve d’une certaine ouverture d’esprit et d’un goût pour l’aventure saura en apprécier la lecture. 

Le free spirit qu’est Joël Martin

Joël Martin. Crédits : Éditions Druide

Joël Martin fait paraître son tout dernier roman pour nous faire vivre ou revivre ses anecdotes des plus déjantées, cette fois-ci, au Yukon, dans le fin fond du Canada. Il se proclame, en l’assumant totalement, gourou de sa propre secte. Vous comprendrez pourquoi on pourrait avoir une certaine réticence à s’engager dans une telle lecture, mais détrompez-vous : on est loin d’une religion, d’une arnaque où l’argent et le contrôle sont de mise. Sa philosophie singulière, bien qu’étrange, invite à découvrir qui l’on est, ce qui compte le plus, et à vivre pour de vrai. Des animaux « totems » le guident, lui et ses adeptes, dans la découverte de leur propre vérité et dans le dépassement de leurs défis individuels. Personne d’autre que soi-même n’est mieux placé pour jouer ce rôle d’éclaireur.

« On réveille les endormis qui peuplent Le Gardeur, on leur rappelle qu’y sont des joueurs, pas des NPC, pis on leur prodigue un échantillon de vérité au passage : la vie, c’t’un buffet Kirin. Toute le fun est dans le gamble. » (p. 59)

Joël est effectivement un drôle de phénomène, mais c’est aussi un linguiste formé à l’UQAM. Ses études l’ont d’ailleurs conduit une première fois dans le Grand Nord, dans le cadre de stages sur les langues innues. Sans grands projets pour son deuxième voyage dans le Nord, il se laisse errer à Whitehorse, sans but précis, à la recherche d’une nouvelle quête de soi.

La vérité à l’état brut

Couverture de Louve igunaq. Crédits : Les Libraires

Dire que Joël Martin n’a pas la langue dans sa poche serait un euphémisme. En bon Québécois, le registre de son roman est écrit en langue familière en « suivant les règles de l’orthographe rectifiée », tel que nous avertit la note de l’éditeur. Ses histoires et ses réflexions sont racontées telles qu’elles sont : vraies, avec toute l’authenticité sans filtre de ce dialogue intérieur que nous avons tous. L’auteur montréalais nous partage ses pensées les plus profondes, mais aussi les plus tordues, et il n’y a pas de mal à ça. Rien n’est tabou pour Joël Martin, comme toute expérience humaine, qu’il s’agisse d’erreurs de parcours, d’avenirs incertains ou de sexualité explicite (mais toujours dans le respect, autrement, les limites sont atteintes), est sacrée. 

Louve igunaq est un roman qui fait rêver de liberté ; partir à la découverte de soi avec pas une cenne (Joël, tu influences mon écriture!), prévoir un voyage au Chiapas, mais se retrouver dans le boutte le plus frette du Canada et se dire « tant pis, on n’était pas dû », faire toutes sortes de rencontres dont on se rappellera toute notre vie. Ce mode de vie n’est pas toujours rose, et il n’est définitivement pas pour tout le monde. Pour ma part, les écrits de Joël Martin ont réveillé en moi une simplicité que j’ai déjà vécue, celle de vivre librement. 

« La bohème, c’est de l’impro. C’est vivre au hasard, grimper le chemin du serpent, agripper ton pistolet pis y miner les joies, les souffrances, pis le sentiment de liberté qu’offrent un autobus voyageur pas de douche pis des voisins de banquette qui pusent sûrement. »

Page 74

Loup solitaire retrouve sa meute

Les thèmes les plus forts de son roman sont définitivement la spiritualité, la débauche, l’aventure, le Grand Nord, la linguistique (que mon cœur de traductrice apprécie!), l’unicité, mais aussi, la séquestration. La grande aventure yukonnaise de l’auteur se termine avec un retour sur le pouce dans le truck d’un agresseur sexuel. Heureusement, avec l’aide de ses guides, Joël Martin s’en sort, traumatisé, mais il survivra. Une fin heureuse nous rappelle l’importance de la meute et la place qu’on y occupe. C’est correct de prendre des détours, de se chercher, d’expérimenter, mais un moment donné, l’essentiel nous frappe : ce qu’on cherchait est peut-être déjà devant nous. Il suffit d’avoir les yeux pour le voir. 

Pour vous procurer Louve igunaq, rendez-vous en librairie ou sur le site Les Libraires.

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