Plongée au cœur du Parrainage civique à Trois-Rivières
Dans une société valorisant productivité et vitesse, l’organisme PCTRM (Parrainage civique du Trois-Rivières Métropolitain) propose un projet presque à contre-courant : prendre le temps d’être simplement présent, pour et avec quelqu’un. Ici, pas question de thérapie, de charité ou d’intervention : on parle d’amitié. Et quel meilleur outil pour briser le cercle vicieux d’un constat brutal : l’isolement, mal invisible de notre siècle, touchant particulièrement les personnes mises à la marge. Entre les murs de l’organisme Parrainage civique du Trois-Rivières métropolitain, on ne cherche pas simplement des bénévoles, mais de véritables alliés, prêts à s’engager humainement. Rencontre avec Julie Durand qui a fait de la solitude son combat personnel et professionnel depuis plus de trois décennies maintenant.

Plus qu’un organisme, une vision de la communauté
Julie Durand, directrice et fondatrice de l’organisme trifluvien, porte cette mission depuis 30 ans maintenant. Lorsqu’elle parle de l’antenne qu’elle a lancée elle-même, ses yeux s’allument d’une conviction profonde. « Notre ressource ne fonctionnerait pas sans bénévoles. Si nous n’en avons pas, elle n’existerait tout simplement pas », confie-t-elle d’emblée. Mais s’engager auprès de Parrainage civique est loin d’être du bénévolat classique.
L’organisme s’adresse aux personnes vivant avec une incapacité, qu’elle soit physique, intellectuelle, psychique ou bien encore, liée au vieillissement. Mais au lieu de les voir sous l’angle de leurs limitations, l’organisme souhaite voir ces personnes comme des citoyens à part entière ayant un besoin fondamental : le lien social. « Le but, c’est vraiment de développer des liens d’amitié », insiste Julie Durand. Ainsi, contrairement à une relation d’aide classique, le parrainage civique repose sur une relation d’égalité : il ne s’agit pas de venir en aide, mais de partager.
Cette approche transforme aussi le rôle du bénévole. Il ne s’agit plus de donner de son temps par charité, mais d’enrichir sa propre vie par la rencontre de l’autre. Comme le souligne la directrice, l’amitié est un pont à double sens. Les parrains et marraines rapportent souvent qu’ils retirent autant, sinon plus, de ces échanges que leurs filleuls. Dans un quotidien effréné, s’asseoir une heure par semaine pour simplement discuter avec quelqu’un qui perçoit la réalité différemment est une leçon d’humanité qu’aucun manuel de psychologie ne peut remplacer.

L’art du jumelage : créer des rencontres inoubliables
Pour assurer la longévité des relations, l’organisme a développé une méthode de jumelage fine. Ainsi, au début, chaque bénévole remplit un questionnaire détaillé sur ses intérêts et ses valeurs, et le PCTRM mise sur le « coup de foudre » amical. Par la suite, « on propose quatre profils, sans photos, uniquement par descriptions. Le parrain choisit avec qui il sent qu’il aura des atomes crochus », explique Julie Durand. Et l’entente se fait de manière mutuelle : le membre s’exprime aussi sur son choix de bénévole. Une liberté qui porte ses fruits : certains binômes célèbrent aujourd’hui plus de dix ans de complicité.
L’impact de cette approche se reflète dans des histoires marquantes, comme celle d’un membre dont le rêve était d’apprendre le piano. L’organisme s’est donc mis en quête d’un musicien prêt à l’accompagner, trouvé grâce à la solidarité communautaire. Ce qui devait être un simple apprentissage est devenu une véritable amitié, où les capacités et les aspirations du membre ont enfin été reconnues. Une illustration éloquente de la mission du Parrainage civique : ne jamais plafonner les rêves.
Au-delà des jumelages individuels, l’organisme innove avec le projet de « Mentorat actif », mené avec la chercheuse Élise Milot de l’Université Laval. Le programme vise en fait l’inclusion sociale de personnes vieillissantes vivant avec une déficience intellectuelle, en les accompagnant vers des milieux de vie ordinaires. Club de pétanque, bénévolat communautaire : autant de façons de redevenir acteur de la cité et de faire évoluer, en douceur, le regard de la communauté trifluvienne.

Un appel essentiel aux étudiants
Si vous fréquentez les couloirs de l’UQTR, sachez que vous êtes le cœur battant de cet organisme : près de 75 % des bénévoles du Parrainage civique sont des étudiant.e.s. S’ils viennent majoritairement de programmes comme la psychoéducation ou la psychologie, Julie Durand martèle que l’invitation est lancée à tous : « On a besoin de gens de tous les horizons. Quelqu’un en administration, en ingénierie ou en lettres a tout autant à offrir en termes de partage humain. »
Pour un étudiant, s’impliquer au PCTRM est aussi et surtout une belle opportunité de sortir de la bulle académique. Afin de sécuriser chacun.e, l’organisme offre un encadrement rassurant : vérifications d’antécédents judiciaires, entretiens approfondis et suivi mensuel par une intervenante sociale. « On n’est jamais laissé à soi-même », précise la directrice. Par ailleurs, pour ceux qui craignent que leur départ de Trois-Rivières à la fin de leur cursus ne brise le lien, la technologie moderne permet aujourd’hui de maintenir ces amitiés bien au-delà de la diplomation.

Le Parrainage civique : une urgence humaine
L’urgence de cet appel n’est pas exagérée. Le nombre de membres est actuellement plafonné à 105 pour éviter de créer des listes d’attente interminables et déshumanisantes. « Derrière chaque dossier en attente, il y a une personne qui espère voir quelqu’un franchir sa porte », confie Julie Durand. Le manque de bénévoles est le seul véritable frein à l’expansion de cette solidarité. Donner une heure ou deux par semaine peut paraître peu dans un horaire chargé, mais pour celui ou celle qui n’a personne à qui raconter ses victoires ou ses peines, c’est un changement de vie radical.
Le message final de Julie Durand aux étudiants de l’UQTR est une invitation au retour à l’essentiel : « Venez comme vous êtes. On n’attend pas de vous que vous soyez des intervenants parfaits, mais des amis présents. » Un appel peut suffire à transformer deux trajectoires : celle d’un membre qui attend un signe, et très certainement la vôtre.
Pour s’impliquer :
Parrainage civique du Trois-Rivières métropolitain
Téléphone : 819 698-2712
Courriel : info@pctrm.com
Site web : www.parrainagecivique.ca



