

Une autrice polyvalente
Valérie Chevalier, figure polyvalente du paysage culturel québécois, s’illustre d’abord comme animatrice de télévision et comédienne avant de connaître un immense succès en littérature. Avec quasiment un roman paru par an depuis 2015 (Tu peux toujours courir (2015), La théorie du drap contour (2016), Les petites tempêtes (2017)…), elle explore avec sensibilité et humour les relations amoureuses et les quêtes identitaires contemporaines, dans un style accessible et une plume authentique qui lui ont permis de bâtir un lien privilégié avec un vaste lectorat, tant au Québec qu’en Europe.
Le poids du nom
Antoinette, c’est une jeune femme qui a appris à s’effacer derrière un prénom bien trop imposant. Elle le porte à bout de bras, à bout de souffle. C’est un ennemi invisible qu’elle n’a pas le choix que de porter en tout temps avec elle. Avec ce nom-là, elle sent peser une histoire qui n’est pas la sienne.
On suit la jeune femme alors qu’elle découvre l’amitié. Ses routines. Ses proches, si on peut encore mettre ça au pluriel. Antoinette, c’est la part de nous qui ne sait pas bien si elle doit s’adapter à un monde inadapté ou si le monde devrait lui-même se faire aux humains qui le peuplent. Elle est là, et pourtant, semble presque s’excuser d’exister. De ce genre de personne qui s’excuse lorsqu’on lui marche sur le pied.
Une douce promenade littéraire
Lire Antoinette, c’est s’offrir une parenthèse de sérénité. Le récit se déploie sans précipitation, à la manière d’une longue promenade dominicale où l’on prend le temps d’observer les détails du quotidien. L’autrice délaisse les artifices pour se concentrer sur la sensibilité et l’humour, rendant le parcours de son héroïne aussi apaisant que lumineux.
Qu’on le lise auprès d’un feu réconfortant, au crépuscule d’une bougie ou au bord d’une plage, Antoinette charme par son écriture et prend le lecteur à témoin d’une histoire aussi banale que poétique, aussi anodine que délicate. On se laisse prendre au jeu, comme on se laisserait enlacer tendrement par une personne aimante. C’est une parenthèse plus que bienvenue, une lecture pour respirer un peu au milieu d’une actualité vive et intense. C’est une invitation à prendre le temps de prendre son temps. Même l’écriture transfert une impression de liberté, avec une ponctuation parfois incongrue, parfois présente où l’on ne s’y attend pas et d’autres fois surprenante.
» – Je suis amoureux de toi, Antoinette.
(extrait d’Antoinette, p. 125)
– Ne dis pas ça, avais-tu soupiré
– Pourquoi?
– Parce que je n’aime pas la fin de la phrase.
– Si tu aimes le début, tout va bien. »
Un baume à emporter
Fidèle à ses thématiques de prédilection, l’autrice nous livre ici une œuvre d’une grande douceur. C’est un roman qui fait du bien, une déambulation littéraire dont on ressort avec un sentiment de légèreté, confirmant que Valérie Chevalier reste une voix incontournable pour raconter l’humain avec tendresse.
Un livre à se procurer sur le site des libraires ou en librairie sans plus tarder.





