Visages de la recherche : Philippe Pharand et la science créative

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Philippe Pharand. Crédits : Philippe

Originaire d’Aylmer, en Ontario, Philippe Pharand est étudiant au doctorat en sciences biomédicales à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Après un parcours en kinésiologie et une maîtrise au laboratoire d’anatomie, il a entamé son doctorat à la session d’automne et poursuit aujourd’hui ses recherches sur le corps humain et la formation chirurgicale.

Je rencontre Philippe avec l’impression de parler à quelqu’un qui a trouvé sa voie un peu par hasard, mais qui aujourd’hui ne la lâcherait pour rien au monde. Après un cégep en sciences, combiné avec du sport-études, il avance sans plan précis. « Je ne savais même pas si j’allais à l’université », me confie-t-il. C’est finalement son intérêt pour le corps humain et son expérience en entraînement qui le mènent en kinésiologie. Là, tout bascule. Dès sa première session, il découvre la recherche, s’implique, et veut aller plus loin que les cours. « J’aimais comprendre, pas juste apprendre et recracher. » De fil en aiguille, il enchaîne une maîtrise en sciences biomédicales, puis un doctorat au laboratoire d’anatomie de l’UQTR. 

Philippe Pharand. Crédits : Philippe

Créer pour mieux comprendre

Au premier abord, son projet de recherche peut sembler impressionnant, mais Philippe arrive à le rendre très concret. Il travaille sur des corps donnés à la science, utilisés pour former les futurs chirurgiens. Grâce à un modèle, on peut recréer une forme de circulation dans les vaisseaux, pour se rapprocher le plus possible de la réalité. « Le but, c’est que ça ressemble à une vraie intervention », les résidents peuvent ainsi pratiquer leurs gestes, tester des techniques, comme s’ils étaient face à un patient. Le problème, c’est que ces modèles ne fonctionnent pas toujours bien, notamment à cause de caillots qui bloquent les vaisseaux, m’explique-t-il. Lui, il cherche à comprendre pourquoi. « Pourquoi il y a des corps qui fonctionnent super bien, puis d’autres non ? » Derrière cette question simple se cache tout un travail de terrain, de tests, de collaboration. Et ce qu’on ressent surtout en l’écoutant, c’est son plaisir à chercher, à tester, à construire des solutions. Il parle de « page blanche », de créativité, presque comme un artiste face à une toile.

La recherche comme terrain de création

Parce que, contrairement aux idées reçues, la recherche n’est pas une suite de règles fixes. C’est tout l’inverse. « Les gens pensent qu’on n’est pas créatifs… mais c’est faux. » Philippe insiste là-dessus. Pour lui, la créativité est partout. Dans les questions qu’il pose, les solutions qu’il invente et dans les équipes qu’il construit : « Tout seul, tu ne peux rien faire. » Il travaille avec des chirurgiens, des ingénieurs, des collègues. Il va chercher des idées partout, mélange les approches, teste des pistes. La créativité, ce n’est pas seulement avoir une idée brillante, c’est aussi savoir comment y arriver. Comment je vais chercher les bonnes infos ? Comment je construis mon projet ? Et c’est précisément ce qui le motive.

« La science, c’est tellement “all over the place” que t’as pas le choix d’être créatif. » 

Ce qu’il décrit, c’est une recherche vivante, loin des clichés. Pas un monde fermé, mais un espace d’exploration : « On est des régleurs de problèmes constamment », dit-il. Un endroit où l’on crée autant qu’on découvre. Il compare la recherche à un voyage. « Je prends mon sac, je marche, je rencontre du monde, je crée des collaborations ». Et dans ce processus, il y a une vraie part d’ingéniosité. Il le résume lui-même en un mot : « Ingéniosité. »

Trouver des solutions, oui, mais surtout inventer des chemins pour y arriver. Mais ce qui marque le plus chez Philippe, ce n’est pas seulement ce qu’il fait, c’est pourquoi il le fait. Malgré les longues heures, les incertitudes, la pression de publier, il avance avec une motivation presque viscérale. Ce qui le fait se lever le matin, ce n’est pas une seule chose, mais un mélange : comprendre, collaborer, découvrir. 

Au-delà des résultats

Et puis, il y a ce message qu’il veut absolument faire passer. Celui qui dépasse son propre parcours. Pourquoi a-t-on encore cette image du scientifique isolé, enfermé dans ses livres ? Sa réponse est claire : « On parle toujours des résultats, jamais des gens. » Pour lui, c’est là le problème. Parce que ça entretient des clichés. Le scientifique solitaire, enfermé dans son labo, déconnecté du monde. « C’est tellement pas ça la réalité. » Au contraire, il insiste : la recherche est humaine, collective, créative. La science, c’est du mouvement, des idées, des échanges. Et surtout, des personnalités. « Pourquoi tu t’intéresses à ça ? C’est qui la personne derrière ? » Ce sont ces questions-là qu’il voudrait voir mises de l’avant. Parce que, selon lui, c’est comme ça qu’on donne envie aux autres de s’y intéresser.

« Ne pas montrer les gens, c’est étouffer et freiner la relève. »

Parce que oui, derrière chaque projet, il y a quelqu’un qui doute, qui crée, qui s’adapte. Quelqu’un qui, comme lui, avance sans toujours savoir où ça va mener, mais qui continue quand même.

En quittant Philippe, je réalise que son travail ne se résume pas à des données ou à une thèse de 300 pages. C’est une manière de voir le monde. Et peut-être, surtout, une invitation à regarder la science autrement.

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