On écoute de la musique tous les jours, souvent sans vraiment se demander la raison pour laquelle on tombe sur tel ou tel son. Entre les playlists, TikTok et les recommandations automatiques, une question se pose : est-ce que nos goûts musicaux sont encore vraiment les nôtres, ou sont-ils un peu guidés par des algorithmes invisibles ?
Il y a quelques semaines, je vous parlais du pouvoir des maisons de disques face au streaming. Mais en creusant un peu plus, on se rend vite compte qu’il y a un autre acteur, beaucoup plus discret : l’algorithme. Celui qu’on ne voit jamais, mais qui est partout. Concrètement, son rôle est simple : analyser tout ce que tu écoutes pour te proposer d’autres morceaux. Sur Spotify, Deezer ou Apple Music, chaque action compte. Le temps que tu passes sur une chanson, le moment où tu la zappes, les styles que tu écoutes souvent… tout est enregistré. À partir de ça, les plateformes construisent des recommandations personnalisées, des playlists « faites pour toi ». Et ça marche très bien. Aujourd’hui, plus de 67 % des revenus mondiaux de la musique viennent du streaming (rapport IFPI, 2023).
Mais cette nouvelle manière d’écouter change aussi notre rapport à la musique. Avant, on prenait le temps d’écouter un album du début à la fin. Maintenant, on passe d’un son à l’autre en quelques secondes. Comme le dit le musicien Edmond Brousseau, si les premières secondes ne plaisent pas, on change. Cette logique pousse même les artistes à s’adapter : intros plus courtes, refrains plus rapides. L’algorithme ne fait pas que recommander, il influence aussi la façon dont la musique est créée.
L’impact de TikTok
Et aujourd’hui, impossible de parler de ça sans parler de TikTok. La plateforme a complètement changé les règles du jeu. On voit apparaître des chansons pensées pour être « clipables », c’est-à-dire facilement utilisables dans des vidéos courtes. Les refrains arrivent très vite, les morceaux sont plus simples, plus directs. L’objectif est clair : capter l’attention en quelques secondes. La musique n’est plus seulement faite pour être écoutée, elle est pensée pour devenir virale.
Ce qui est encore plus intéressant, c’est que TikTok ne joue pas seulement un rôle dans la création, mais aussi dans la diffusion. Un son qui explose sur la plateforme a de fortes chances de se retrouver ensuite en tête des playlists sur Spotify. C’est un effet boule de neige, mais cette logique favorise certains types de morceaux : ceux qui sont immédiatement efficaces, facilement reconnaissables, et adaptés à des formats courts. Les autres, plus longs ou plus complexes, ont souvent moins de visibilité, malheureusement. Petit à petit, on peut avoir l’impression que les chansons se ressemblent, qu’elles suivent toutes le même modèle. On se pose donc une vraie question sur la diversité musicale : est-ce qu’on écoute vraiment de tout, ou est-ce qu’on tourne en rond sans s’en rendre compte ?
Liberté ou illusion de choix ?
C’est là qu’on arrive à une question un peu plus profonde : est-ce que l’algorithme influence nos goûts au point de réduire notre liberté ? On parle souvent de « bulles de filtres », comme si on était enfermés dans un cercle de musique qui se ressemble, mais en réalité, c’est plus nuancé que ça. Une étude du projet Records, basée sur des données de Deezer, montre que l’impact des recommandations dépend beaucoup des utilisateurs. Certains utilisent les plateformes comme une bibliothèque personnelle, en choisissant eux-mêmes chaque morceau, d’autres préfèrent se laisser guider par les suggestions. Ce qui est surprenant, c’est que les utilisateurs qui suivent beaucoup les recommandations algorithmiques peuvent parfois avoir une écoute plus variée que les autres.
Donc non, l’algorithme ne nous enferme pas forcément, mais il influence quand même notre manière d’écouter. Le sociologue Jean-Samuel Beuscart explique d’ailleurs que ce qui compte vraiment pour les auditeurs, ce n’est pas seulement la « découverte », mais l’attachement à une chanson. L’algorithme joue alors un rôle dans ce processus, en proposant des titres qui vont peut-être devenir importants pour nous. Mais du coup, une autre question se pose : est-ce qu’on choisit vraiment ces morceaux… ou est-ce qu’on nous aide à les choisir ? Si on nous aide, jusqu’où va cette influence ?
Algorithme et musique : trouver le bon équilibre
Personnellement, je pense que le vrai problème, ce n’est pas l’algorithme lui-même, c’est le fait qu’on oublie qu’il est là. Parce qu’il faut être honnête : ces outils sont hyper pratiques. Ils nous donnent accès à une quantité de musique énorme, en quelques secondes. Ils permettent de découvrir des artistes qu’on n’aurait jamais trouvés seuls, et ça, c’est quand même incroyable. Moi la première, j’adore lancer un son sur Deezer et voir les morceaux s’enchaîner dans le même mood. Ça me facilite la vie, surtout quand je n’ai pas envie de chercher, et clairement, mes playlists sont en grande partie construites comme ça.
Donc, dire que l’algorithme est « mauvais » serait exagéré. Le problème arrive quand on devient passif. Quand on écoute sans vraiment choisir. Quand on laisse défiler sans se poser de questions. Parce qu’au fond, la musique, ce n’est pas juste un fond sonore ; ça devrait rester un moment de curiosité, d’émotion, de découverte. Peut-être que la solution, ce n’est pas de rejeter les algorithmes, mais simplement d’en être conscient. De temps en temps, aller chercher un artiste par soi-même. Écouter un album en entier. Sortir un peu de ce que l’on nous propose. En fait, garder un équilibre. Profiter de la facilité, sans perdre notre liberté.
Parce qu’au final, la vraie question n’est peut-être pas “est-ce que l’algorithme contrôle nos goûts ?”, mais plutôt : est-ce qu’on le laisse faire ?
Voilà, ce fut ma 4e et dernière chronique sur la musique, j’espère que ça vous a plu 😉







