À la lumière des projecteurs : Le cinéma comme passeur de messages

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À la lumière des projecteurs est une chronique sur le cinéma bimensuelle mêlant critique de films, analyse de courants et réflexions sur le 7ème art. Cette semaine, je discute de l’actualité à l’étranger et des scandales d’agressions sexuelles. Crédits: Camille Ollier.

Pour cette première chronique, j’ai voulu me pencher sur la réflexion que quelqu’un m’a faite récemment : « On en entend parler partout, dans le cinéma, à la télévision, les journaux, la littérature, au théâtre… Je n’en peux plus ! ». Pourquoi donc a-t-on l’impression que les dénonciations d’abus sexuels ont envahi les discours et les productions cinématographiques ?

#MeToo

Le mouvement débuté en 2006 dénonçant les abus et violences à caractère sexuels semble avoir disparu des réseaux, et pourtant. Sa visibilité médiatique ayant certainement variée depuis son boom médiatique de 2017, il reste néanmoins pertinent et bien actif. Ses répercussions se font ressentir encore aujourd’hui, alors que de nombreux acteurs sont remis en cause par la justice de différents pays. Ce mouvement a engendré des changements significatifs dans la manière dont la société perçoit et aborde les problèmes de violences sexuelles, notamment en faisant la promotion d’une libération de la parole des victimes.

Affiche officielle du film Le consentement. Crédits : Cineuropa.

Célébrité, affaires judiciaires, et bruit médiatique

Le cinéma, l’industrie par excellence des stars et d’un monde de paillettes, est un milieu particulièrement touché par les dénonciations d’abus sexuels. En 2020, la prestigieuse cérémonie française de la remise des Césars avait été marquée par l’indignation d’actrices par la sacralisation d’auteurs présumés de violences envers les femmes.

En 2017, l’affaire contre le producteur américain Harvey Weinstein fut le déclencheur du mouvement #MeToo. Accusé de harcèlement et d’agressions sexuelles, cela a mis en lumière les abus de pouvoir dans l’industrie cinématographique.

En 2020, les accusations d’abus sexuels datant de 1970 contre le réalisateur franco-polonais Roman Polanski refont surface. Tout ce temps, il a poursuivi paisiblement son travail dans le cinéma. La résurgence de cette affaire suscite débats et indignations sur la tolérance des abus au sein du milieu du 7e art.

En 2022, le couple d’acteurs américains Johnny Depp et Amber Heard s’accusent mutuellement et se poursuivent en justice pour violences ; chacun plaidant que « tout le monde savait » le comportement de l’un comme de l’autre. Cette affaire contribue à la question des icônes face à la justice.

Fin 2023, l’acteur français Gérard Depardieu est poursuivi pour violence, harcèlement et abus sexuels. Sacralisé comme emblème national, l’acteur se voit soutenu par le président en place Emmanuel Macron.

Ça bouge, mais lentement

Toutes ces dénonciations et celles moins célèbres démontrent autant la complexité que les tensions au sein de l’industrie cinématographique en ce qui a trait aux comportements inappropriés et aux allégations d’abus.

Les mouvements dénonciateurs contribuent à une prise de conscience collective. Ils soulignent la nécessité d’adopter des normes éthiques et un environnement de travail non seulement plus respectueux, mais plus sécuritaire pour chacun-e.

Le sentiment de voir des allégations de violences sexuelles « partout » n’est peut-être pas ce que le public voudrait avoir pour se changer les idées, alors que sort la mini-série de la comédienne et réalisatrice Judith Godrèche Icon of french cinema, il semblerait que c’est ce dont la société a besoin.

En 2023, nous avons pu le voir sous différents angles dans plusieurs films québécois (Les jours heureux, Simple comme Sylvain), le silence impacte les individus, et de fait, les carrières des victimes de ces abus. Ainsi, les dénonciations tant dans les médias, que dans la fiction, sont une invitation à la réflexion sur les structures de pouvoir au sein du cinéma. Elles peuvent avoir un impact significatif sur la carrière d‘une personnalité, ce qui suscite de vives discussions sur la manière de gérer de telles situations, mais au vu du nombre de cas, le questionner semblerait devoir non pas se porter sur la suspension de projets ou la participation d’une personne à des projets futurs, mais bien sur la tolérance de l’inacceptable au sein des institutions et instances du cinéma.

Bien que parfois perçus comme envahissants, les mouvements dénonciateurs sont sans équivoque cruciaux.

Source : AlloCiné

Bientôt dans nos salles

Malgré le déclin du mouvement #MeToo sur les réseaux sociaux, on peut percevoir les effets positifs qui en découlent nettement. Il paraît absolument crucial désormais que public autant que producteurs, réalisateurs, ou acteurs aient une véritable et profonde prise de conscience de l’impact terrible des violences à caractères sexuelles.

L’industrie du cinéma, associée au glamour et à la célébrité, est bien sûr touchée par les dénonciations qui ont cours en son sein. Bien que parfois perçus comme envahissants, les mouvements dénonciateurs sont sans équivoque cruciaux.

En ce début d’année, souhaitons que cette réflexion se poursuive pleinement et qu’un jour, les victimes puissent s’exprimer librement, et que les auteurs d’abus et de violences soient traités comme tels. Fin février, sortira le dernier film de Vanessa Filho Le consentement, comme un hommage aux propos de Denise Bombardier par rapport à l’écrivain français Gabriel Matzneff. Que cette année soit marquée par une évolution significative vers un environnement cinématographique plus éthique, respectueux et sécuritaire pour tous.

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