Changement de nom à l’UQTR: vers une université plus inclusive?

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changement de nom
Le changement de nom, qu’il soit légal ou officieux, est une étape importante dans la vie de nombreuses personnes de la communauté 2SLGBTQ+. Crédit: Unsplash

C’est avec une adresse courriel qui indique son morinom, c’est-à-dire son ancien prénom, que Maxe, étudiant.e non-binaire, écrit au Zone Campus pour la première fois au début du mois de février 2021. 

L’étudiant.e de première année au baccalauréat en pratique sage-femme se confie au journal, non pas pour se plaindre, mais plutôt pour «faire connaître cette réalité» et pour aider les autres étudiant.e.s qui se trouvent dans une situation semblable à la sienne. Elle sait ne pas être seul.e à devoir se faire appeler par un nom qui ne représente pas qui elle est et à devoir se dévoiler sans être prêt.e à le faire.

Nom usuel > nom légal

L’histoire de Maxe commence à la session d’automne 2020. Elle constate, sans surprise, que l’université doit utiliser son nom légal, prénom qu’elle n’utilise plus, pour les documents officiels. Toutefois, pour ce qui est des documents non-officiels (tels que les listes d’étudiant.e.s, le portail de cours, les adresses courriel), elle aimerait qu’il soit possible de choisir son prénom. Après avoir écrit au Registrariat ainsi qu’au service informatique, on lui répond que l’université doit s’en tenir au nom qui apparaît sur son certificat de naissance. Lorsqu’elle demande, à deux reprises, qu’on lui accorde une adresse courriel avec son nom usuel, elle n’obtient pas de réponse.

Maxe en vient donc à écrire à son département de programme qui, selon elle, s’est avéré être très compréhensif pour l’informer de sa situation. Cela peut paraître banal pour certaines personnes, mais ce processus oblige Maxe à dévoiler son identité de genre «au risque de ne pas être compris.e, voire que cela [lui] nuise».

Dévoiler une partie intime de soi-même

Le corps professoral est informé de la réalité de Maxe. Toutefois, l’étudiant.e se fait conseiller d’écrire à chacun de ses professeur.e.s, et ce, à chaque début de session pour être certain.e qu’ils et elles utilisent le bon prénom. «Encore une fois, je dois voiler ma situation à chaque fois et composer avec les différents niveaux de compréhension de ces enjeux. Aussi, comme mon adresse courriel n’est pas ajustée, je dois parfois corriger des personnes qui ne lisent pas correctement ma signature et répondent en me nommant avec le nom apparaissant sur mon adresse courriel», dit Maxe.

«Je sais que ce genre de marches peuvent être longues et fastidieuses au sein d’institutions qui sont bien ancrées dans leur manière de faire. J’ai envie de faire avancer un peu les choses pour au moins que d’autres étudiant.e.s après moi puissent en bénéficier.»

– Maxe

Ainsi, sans qu’elle soit nécessairement prêt.e à le faire, Maxe doit dévoiler sa situation à ses collègues sans choisir le moment, ni les circonstances. Il est important de noter que bien que Maxe n’ait pas encore entrepris de démarches de changement de nom auprès du Directeur de l’état civil, il demeure qu’aux yeux de la loi, l’étudiant.e est protégé.e de toute forme de discrimination en lien avec son identité de genre. Maxe n’est toutefois pas la seule personne à avoir vécu une telle situation à l’université; elle connaît des étudiant.e.s qui ont dû se faire appeler par leur morinom durant les trois/quatre années de leur baccalauréat ainsi que d’autres qui, présentement inscrit.e.s à l’UQTR, n’osent pas insister auprès de l’établissement.

L’impact du morinom

Un exemple de formulaire qui permet aux étudiantEs d’indiquer leur nom usuel plutôt qu’uniquement leur nom légal. Crédit: UQAM

Selon Valérie Belisle, coordonatrice et intervenante à l’organisme TRANS-Mauricie/Centre-du-Québec, utiliser le deadname d’une personne transgenre et/ou non-binaire «vient invalider la personne dans tout son quotidien» en lui rappelant constamment sa transition ou son identité de genre minoritaire. C’est d’ailleurs pourquoi les forcer à utiliser leur nom légal est une expérience qui peut être confrontante. Mme Bélisle suggère aux institutions d’ajouter une petite case dans les documents légaux, quand il est absolument nécessaire d’avoir le nom de naissance, où les personnes concernées peuvent indiquer le nom et le pronom qu’elles préfèrent. Cette fameuse petite case est déjà en vigueur au sein de diverses universités québécoises comme l’UQAM, l’UDEM, l’Université de Sherbrooke, McGill et Concordia et peut aussi être utilisée par les étudiant.e.s possédant plus d’un prénom.

«Toute personne a droit à la reconnaissance de son identité de genre et ça passe par le prénom usuel»

– Mme Valérie Belisle

L’intervenante conclut en disant que les problèmes liés au changement de nom surviennent surtout en raison des dossiers administratifs. Elle avance qu’à ce niveau, plusieurs pistes de solutions sont envisageables telles qu’un espace où les étudiant.e.s peuvent indiquer une note pour leurs enseignant.e.s ainsi que leur prénom et pronoms.

La diversité au sein de l’université

Carolane Beaudoin, vice-présidente aux affaires sociopolitiques de l’AGE UQTR, s’est montrée très sensible à la question. Un peu plus tôt cette année, lors de la session d’automne 2020, cette dernière avait signifié son désir de rendre épicène le nom de l’AGE UQTR afin qu’il représente la communauté étudiante dans son entièreté, et ce, incluant les minorités sexuelles. «Il est temps que le langage devienne inclusif», propose-t-elle. Elle avance que des démarches avaient déjà été faites pour permettre aux étudiant.e.s de spécifier leur prénom et pronoms sur la plateforme Radar, bien que ces dernières se sont avérées vaines. La vice-présidente souligne que l’association n’avait pas encore été approchée à ce sujet par des étudiant.e.s appartenant à des minorités sexuelles, mais qu’il serait parfaitement envisageable de proposer des solutions pour rectifier le tir.

Le Comité Diversité, de son côté, dit soutenir Maxe dans toutes démarches qu’elle souhaite entreprendre. «Nous sommes prêt.e.s à rassembler le plus de faits et d’histoires vécues et collaborer avec l’AGE UQTR afin d’aider toute personne de la communauté 2SLGBTQ+ présente ou future ayant des besoins qui ne sont pas répondus par les politiques actuelles de l’établissement», nous dit Louis Nantel, vice-président du comité.

L’UQTR se prononce

Le Zone Campus s’est entretenu avec Mme Caroline Savard, conseillère en équité, diversité et inclusion, et avec M. Olivier Malo, Vice-recteur aux ressources humaines, de l’UQTR. Mme Savard et M. Malo avouent ne pas avoir entendu parler de la situation de Maxe, ni de celle d’autres étudiant.e.s appartenant aux minorités sexuelles avant ce reportage. Le vice-recteur dit être surpris d’entendre que certain.e.s étudiant.e.s n’aient pas contacté l’administration de l’UQTR par peur de représailles, bien qu’il puisse comprendre pourquoi.

«À L’HEURE ACTUELLE, L’UNIVERSITÉ N’A PAS FAIT LES ACTIONS NÉCESSAIRES POUR POUVOIR PERMETTRE AUX ÉTUDIANT.E.S DE CHOISIR LEUR PRÉNOM.»

– M. OLIVIER MALO

Toutefois, la question du prénom choisi aurait déjà été discutée au sein de l’administration de l’UQTR. Selon M. Malo, un dossier a été présenté à la haute direction de l’université en avril 2020 pour que le Comité de régie universitaire puisse donner son accord de principe pour permettre l’utilisation d’un prénom choisi à l’université. Un comité de travail ad hoc était sur le point d’être créé afin de «proposer une procédure ainsi qu’une démarche de mise en oeuvre de la mesure liée au prénom choisi au Comité de régie universitaire». Pandémie oblige, les démarches n’ont pas pu être entamées.

Un travail à faire

M. Savard souligne qu’elle est consciente qu’il y a également un travail d’éducation à faire, considérant que ce n’est pas tout le monde qui est conscientisé sur ces enjeux. L’université s’étant déjà positionnée sur la question en acceptant le dossier proposé en avril dernier, M. Malo affirme que la situation de Maxe est un bon indice «qu’il faut relancer» les démarches pour que les membres de la communauté universitaire puissent choisir leur prénom.

Le Registrariat aurait indiqué à M. Malo qu’il n’avait pas entendu parler de la situation de Maxe, malgré les demandes faites par l’étudiant.e à l’automne dernier. Bien que les gestionnaires de l’université n’aient pas été mis.es au courant du dossier de Maxe, il y aurait peut-être eu une possibilité, selon M. Malo, de trouver un moyen de l’accommoder. Le principal problème serait au niveau administratif, dans la mesure où les systèmes informatiques ne permettent pas actuellement de choisir un prénom; la volonté de changer les choses serait déjà présente au sein de l’administration uqterienne, selon Mme Savard et M. Malo.

Une politique inclusive

Mme Savard travaille présentement sur une politique institutionnelle sur l’équité, la diversité et l’inclusion, politique qui touche directement à la réalité des membres de la communauté 2SLGBTQ+. M. Malo et Mme Savard visent l’adoption de cette dernière à l’automne 2021. Mme Savard a également marqué son intérêt de travailler auprès des groupes étudiants issus de la diversité sexuelle afin de les impliquer dans la réflexion sur le prénom choisi.

Lis aussi: Samuel Champagne: La communauté LGBTQ+ dans un contexte universitaire

Somme toute, bien que la pandémie ait le dos large, la volonté de changement anime certain.e.s membres de l’administration uqterienne, dont M. Malo et Mme Savard. Reste à déterminer le moment où les mesures d’accommodement seront une possibilité accessible à celleux qui, comme Maxe, désirent évoluer dans une université qui reconnaît leur nom usuel ainsi que leur véritable identité.

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