Changer la vie: La puissance des mots

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Début janvier, la tradition nous encourage à prendre une résolution. Et si nous prenions celle de découvrir la force des mots?

Une tâche nécessaire?

Les mots sont un pouvoir. Ils peuvent servir à dévoiler la vérité, ou à la cacher; à unir autant qu’à diviser; à respecter autrui, ou à le manipuler. De plus, pensons à ce qui nous arrive quand un seul petit mot (homo, lâche, putain, salope) nous met dans une rage folle, ou nous fait nous sentir tout croche. S’il existe une tâche indispensable, c’est bien de comprendre la portée et la force des mots… car, d’une certaine façon, les mots contiennent la clé de tout.

Utilité négative.

Est-il possible que, souvent, les mots ne soient que des obstacles? Pour plus de clarté, je pose la question autrement: y a-t-il des pays où l’on voudrait contrôler les pensées des gens? Quand il s’agit des régimes totalitaires, le consensus est facile à obtenir: ils veulent tous contrôler la pensée à travers le contrôle des mots. Et en démocratie, nos gouvernants n’ont-ils pas le même objectif?

Les mots du pouvoir

Le premier des pouvoirs, celui qui conditionne tous les autres, est le pouvoir de définir. Qu’en est-il quand les mots des dictionnaires ne sont là que pour semer la confusion, ou distiller l’ennui… quand ce n’est pas l’incompréhensibilité? Exemple? Le Petit Larousse (2008) définit le bonheur comme «un état de complète satisfaction, de plénitude». Est-ce qu’une telle définition facilite la recherche du bonheur? En l’absolutisant, le rend-il possible? Impossible?

Soyons conscients que, pour les pouvoirs, quels qu’ils soient, les meilleurs moyens d’interdire de penser sont, soit d’empêcher de nommer une réalité, soit de lui accoler une étiquette tellement négative qu’une personne se sent coupable rien que d’en parler, soit de fournir une définition assez confuse… qu’elle ne correspond plus à rien.

Utilité positive

À quoi servent les mots? Ils permettent d’avoir prise sur le réel; ils peuvent ériger de hauts murs avec des fils de fer barbelés, ou des portes, des fenêtres dans notre communication avec nous-mêmes, les autres; ils constituent un outil indispensable pour réussir notre vie d’être humain; etc.

Mots et réalité

Les mots servent d’abord à décrire le monde. Pour passer du sensible à l’intelligible, il faut être capable de nommer. Ce qui est nommé devient distinct, identifiable, et par là même, compréhensible. Nommer les choses, c’est les faire naître pour soi (d’où la co-naissance). Le premier but des mots est donc de produire du sens, c’est-à-dire qu’ils re-présentent (rendent présents) la réalité.

Le premier pouvoir, celui qui conditionne tous les autres, est celui de définir.

Qu’arrive-t-il si ce n’est plus le cas? Le risque, ici, (et il est majeur), est que la puissance des mots est tellement phénoménale que nous confondions le réel et les mots, que nous prenions les mots pour le monde. Les mots ne sont que des symboles pour exprimer le monde : il ne faut pas les confondre avec la réalité. Nous devons donc redonner aux mots leur vrai sens, et ainsi nous réapproprier les objets, les personnes, les idées, les valeurs…

Mots et langage

L’assemblage des mots constitue une langue. Le langage (et sa continuation dans l’écrit et l’imprimé) est sans conteste la plus grande invention humaine: il permet la transmission des idées, du savoir. Il a fait faire un progrès considérable à l’humanité. Qu’est-ce qui fait l’importance du langage? C’est que, pour être capable de régler un problème vital, pour élaborer une solution, il faut avoir les mots pour le faire. (Ceci dit sans nier l’intelligence animale.) De plus, il n’y a pas d’être humain sans langage. Nous sommes humains et ne tenons les uns aux autres que par le langage.

Mots et pensée

La pensée dépend largement des mots. Autrement dit, non seulement le langage façonne la pensée, mais il en favorise le développement. Les mots sont les véhicules qui permettent de transmettre les idées.

Avec le temps, les mots deviennent des concepts, c’est-à-dire des idées abstraites. La conceptualisation sera donc le premier pas vers une pensée rationnelle, et le concept sera un outil pour penser clairement. Une fois les concepts clarifiés, ils nous aideront à réfléchir de façon méthodique. Le langage constituera ainsi un outil essentiel pour notre développement personnel… en accélérant nos capacités d’abstraction.

Mais dans la civilisation judéo-chrétienne, la religion et la philo idéaliste ont coupé le langage du réel, le vidant ainsi de sa substance. Dans ce contexte, les mots n’ont-ils pas servi à tuer la pensée, ou du moins, à la restreindre sérieusement?

Ne sous-estimons jamais le pouvoir des mots

Les mots sont le moyen privilégié de la communication. Mais, avant de permettre la communication, les mots sont d’abord là pour nous permettre de penser. Sinon, qu’aurions-nous à communiquer? Pour nous rappeler la force des mots, souvenons-nous qu’ils peuvent être comme des poings qui frappent durement, ou comme des mains qui prodiguent des caresses bienfaisantes. Dans notre civilisation, les mots servent à nous mystifier… ils peuvent également nous libérer. Ne sous-estimons jamais leur puissance.

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