Changer la vie: L’être humain est-il un animal religieux?

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Qui suis-je? Je ne pense pas que la question intéresse grand monde. Mais, comme elle risque de se poser éventuellement, autant y répondre maintenant. Comme le chantait Charlebois, je suis un homme «ben ordinaire». Cependant, en tant qu’introverti, j’ai toujours été attiré par l’aventure intellectuelle: j’ai étudié 22 années, dont huit à l’université (un an en administration, cinq ans en théologie – bac et maitrise… études que j’ai rejetées à peine terminées –, un an en psychopédagogie, un an en sexologie); j’ai enseigné 30 années, principalement en catéchèse, formation personnelle et sociale, de même qu’en éducation au choix de carrière; j’ai lu environ 10 000 bouquins, en plus de visionner des dizaines de milliers de documentaires, de films, etc. Ce parcours en dents de scie m’a permis d’acquérir des connaissances dans des domaines rébarbatifs, comme la religion, la morale, la politique… ou dans des spécialités plus appréciées, comme l’économie, la sexualité.

Quel est mon but? Proposer une alternative. Actuellement, le néolibéralisme l’emporte à plate couture avec ses privatisations, sa dérèglementation, sa fragilisation des employés, etc. Personnellement, je n’aurais pas aimé travailler dans un monde où les idées néolibérales dominent. C’est une situation que je ne souhaiterais pas à mes enfants, petits-enfants, ni même à mon pire ennemi. Ce que j’aimerais? Présenter une réflexion sur différents sujets capitaux de façon à contribuer à édifier un monde plus juste, plus égalitaire, plus heureux, bref, à changer la vie.

L’être humain est-il un animal religieux?

J’ai l’impression que la plupart des gens, aujourd’hui, n’aiment pas parler de religion. Ou bien elles se sentent menacées, ou bien elles sont ennuyées, ou bien elles croient, comme Stéphanie Gladu dans sa chronique du Zone Campus (volume 9, numéro 7), Les dix commandements, que «la religion est stupide, que nous sommes stupides de croire…» Alors, pourquoi commencer ces quelques articles sur «changer la vie» par un sujet aussi embarrassant?

Une question d’anthropologie. Dans un premier temps, c’est une question d’anthropologie (anthropos = homme; logos = étude). Chronologiquement, une des premières questions qui se posent à l’être humain qui veut se connaitre est: suis-je un animal religieux? Plus globalement: sommes-nous stupides de croire? Ou avons-nous un besoin naturel de croire? Loin de moi l’idée de critiquer quelqu’un (Stéphanie) avec qui je suis si subjectivement en accord, mais, objectivement, est-il stupide d’adhérer à une religion? Je dirais plutôt que l’être humain est religieux dans son enfance. Il a besoin d’être rassuré dans ce monde qui lui parait si inquiétant. Les mythes (que, pour faire plus impressionnant dans la tradition chrétienne, l’on nomme Révélation), constituent un premier remède aux maux de l’existence. Où est le problème? C’est que «les mythes (grecs, romains, celtes, juifs, chrétiens, etc.), selon Mircéa Éliade, racontent comment, grâce aux exploits des êtres surnaturels, une réalité est venue à l’existence.» Autrement dit, ils représentent des récits enfantins pour expliquer le monde, ou un élément de ce monde. Ils ne sont là que pour rassurer les enfants, de même que pour nous garder enfant… de façon à mieux nous exploiter. Devenus adultes, nous devrions prendre les mythes pour ce qu’ils sont: des histoires enfantines.

Un principe de Marx. Dans un deuxième temps, nous devons être lucides sur notre point de départ: la civilisation judéo-chrétienne. Marx disait: «La critique de la religion est la condition préliminaire de toute critique.» Qu’est-ce qui rend cette critique indispensable? C’est que la religion (l’Église), au temps de sa quasi-toute-puissance, a colonisé toutes les disciplines, que ce soit la philosophie, la littérature, la morale, la politique, même la science et l’économie, de sorte qu’une critique de la religion s’impose si nous voulons, dans tous ces domaines, et bien d’autres, nous réapproprier notre cerveau, si nous voulons avoir l’ombre d’une chance de changer la vie.

Et la Révolution tranquille? Ce discours n’est-il par un peu, pour ne pas dire complètement, dépassé? Avec la Révolution tranquille, ne nous sommes-nous pas débarrassés de la religion, des églises et de tous ces rituels qu’on nous imposait? En fait, je pense que le travail est déjà, à tout le moins, amorcé. Sans cette Révolution tranquille, je ne pourrais écrire un tel article, et vous ne pourriez le lire: il aurait été censuré. Cependant, je pense que la Révolution tranquille n’est qu’une première étape. Elle a consisté à nous désencombrer de tous les signes extérieurs (crucifix, médailles, etc.), des associations chrétiennes (action catholique, JEC, JOC, etc.). De quoi reste-t-il à nous libérer? De toutes les idées chrétiennes (que l’Église a transformées en dogmes. Donc, impossible de les remettre en question… sinon, je suis un hérétique). Exemples? La création… pour expliquer l’origine de l’univers, l’idée de l’homme: un être égoïste et dégénéré, l’idée de la femme: une tentatrice, l’idée d’un dieu provident qui veille sur moi dans les difficultés de la vie, l’idée de la mort: un jugement qui débouche soit sur le paradis ou l’enfer, etc.

Mon but n’est pas d’essayer de faire perdre la foi aux personnes qui l’ont: ces personnes sont, d’une façon habituelle, imperméables à la raison, et aucun article, aussi bien argumenté soit-il (ce qui n’est pas le cas de celui-ci), ne peut les rejoindre. Je m’adresse plutôt aux autres (athées, agnostiques) de façon, peut-être, à leur fournir quelques outils de plus. Si nous voulons retrouver notre capacité de penser par nous-mêmes, nous devons critiquer le savoir religieux qui est non seulement illusoire, mais toxique (un vrai poison). Si nous voulons passer de l’étape de l’enfance à l’âge adulte, dans des domaines aussi variés que l’économie, la morale, la politique, la sexualité, les relations hommes/femmes, il est indispensable de procéder, à un moment ou l’autre de sa vie, à une critique des idées religieuses. Mais ne nous faisons pas d’illusion: la religion a un côté increvable et, même aujourd’hui, elle demeure à la base de la conception du monde de bien des gens, de même que le fondement des lois et de l’éthique occidentale. Soyons tout de même conscients que si rien n’est plus facile que de croire, rien n’est plus dangereux… et tâchons de passer du surnaturel au naturel, de la foi à la raison.

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