Changer la vie: Refaire la philo?

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Dans mes deux premiers textes, j’ai tenté de déconstruire la religion et la philo classique. Ces chroniques suffiront-elles à nous sortir de notre délire? (Je précise qu’un délire, c’est une fausse croyance bien arrêtée, inébranlable et durable, sans rapport avec la réalité.) Je suis le premier à en douter! Les gens conditionnés à des croyances (religieuses, philosophiques, politiques, économiques, etc.) sont imperméables à la raison. Ils ne se rendent pas compte que se demander si Kant a dit qu’un noumène était telle ou telle chose revient à se demander si un ange a deux ou quatre ailes. Combien de ces croyants oseront se dire à eux-mêmes: et si j’avais tort? Combien se demanderont: faut-il refaire la philo? Et la réponse tombe comme un couperet: pas beaucoup… sinon aucun.

Philosopher, qu’est-ce? Même si «on» (en particulier, l’Église) a tenté de rendre la philo le plus complexe possible (de façon à décourager les intéressés), la pratique de base est très simple: il suffit de réfléchir. Réfléchir aux grandes questions de l’existence (D’où je viens? Qui suis-je? Où vais-je?), mais aussi aux innombrables questions de la vie quotidienne, par exemple: que vais-je manger ce midi? Comment occuperai-je ma veillée?

Caractéristiques de la philo. Philosopher, c’est donc réfléchir. Est-ce tout? Bien sûr… que non. Dans mon bouquin La voie démocratique de la raison (disponible à la bibliothèque de l’UQTR, à la bibliothèque Gatien-Lapointe ou sur le site Bouquin plus), j’étudie une dizaine de caractéristiques de la philo. Compte tenu de l’espace qui m’est accordé ici, j’en analyserai deux: la primauté de la raison et l’examen des idées.

La primauté de la raison

D’où vient la raison? De notre cerveau. Pas de cerveau, pas de raison. Le cerveau faisant partie de l’équipement de base de tout être humain, chacun, chacune, est philosophe de naissance. Pourquoi parler de primauté de la raison?

La découverte de Paul MacLean. C’est la nature elle-même qui m’indique cette voie. Pour favoriser la survie, elle a doté les espèces, successivement, de trois cerveaux interdépendants: reptilien (fonctions d’homéostasie, parades guerrières et amoureuses), limbique (émotions, mémoire d’apprentissage), néocortex (raison, langage). La primauté du néocortex signifie-t-elle la négation des deux autres cerveaux? Non. Dans certaines circonstances, le cerveau reptilien et le cerveau limbique se débrouillent très bien seuls et n’ont aucun besoin du néocortex. Par contre, de façon générale, le néocortex est supérieur parce qu’il a une meilleure vision d’ensemble: il veut tout expliquer, tout englober, bref, tout comprendre.

La raison est-elle infaillible? Reconnaitre la suprématie de la raison équivaut-il à déclarer la raison infaillible? À croire en la raison? Surtout pas! Ce serait retomber dans une approche religieuse de la raison et une approche dogmatique de la philo ne vaudrait guère mieux qu’un dogmatisme religieux. Même si la raison est un outil très précieux, les jugements des autres, de même que les miens, sont considérés comme faillibles. Les savoirs auxquels nous pouvons arriver, grâce à la raison, ont un caractère provisoire et sont toujours révisables. En ce sens, la raison promeut une attitude non dogmatique qui invite au doute méthodique et à la tolérance. Rien n’est jamais certain à 100%; il n’y a pas de certitude absolue.

Examiner les idées

Socrate déclarait qu’«une vie sans examen ne vaut pas d’être vécue». Le problème, c’est qu’il ne précisait pas ce qu’il me faut examiner. Et si je disais qu’il me faut examiner les idées? Pourquoi? C’est que l’idée est à la connaissance ce que l’atome est à la matière (du moins dans la conception des Anciens): l’élément de base. En ce sens, une des plus utiles définitions de la philo que je connaisse est qu’elle consiste en l’«étude des idées». Les idées étant la production du cerveau, et étant au cœur de la vie, inutile d’insister sur la pertinence d’une telle définition. Maintenant, ami lecteur, ravissante lectrice, essayez d’imaginer que toutes les idées (ou du moins une bonne partie) qu’on vous a inculquées sont fausses. Ensuite, imaginez que ces idées vous ont fabriqué un faux moi. Enfin, imaginez que toutes les personnes que vous connaissez sont dans le même cas. Demandez-vous: «Est-il possible que tout soit mal construit dans ma tête?» Être radical, c’est comprendre les choses à la racine. Pour un être humain, la racine, ce sont les idées. Si nous voulons exercer le moindre changement personnel et social, nous devrons changer nos idées.

«OCCUPY». Il y a quelques années, ce mouvement de contestation sociale a vu le jour aux États-Unis. Et si nous nous demandions: quel est l’endroit le plus stratégique que nous devrions occuper? Wall Street? Le parc Lafontaine? Le parc Champlain? Notre cerveau? La religion ainsi que la philo traditionnelle ont colonisé notre cerveau, mais elles ne sont que bêtises. Elles ne sont que des accès à des mondes imaginaires; l’une et l’autre marquent une interruption de la pensée et représentent un véritable suicide intellectuel. Si nous voulons changer, évoluer, nous devons nous réapproprier notre cerveau, l’occuper, de façon à retrouver une philo qui conduit au bonheur. Contrairement à la philo de Platon qui est la victoire de l’immobilisme, de la «fixité», la vie est une remise en question permanente. Cette remise en question peut paraitre simple? Elle nécessite pourtant un véritable héroïsme. Réfléchir sur les idées reçues (en religion, philo, économie, morale, politique, sexologie, etc.) requiert un courage extraordinaire (risque de rejet). Mais soyons conscients que si nous voulons mieux vivre, nous devons penser mieux. Et cela, personne ne peut le faire à ma place, de même que je ne peux aller aux toilettes pour quelqu’un d’autre, de même je ne peux penser pour personne d’autre, et personne ne peut penser à ma place. Un motif d’espoir? Tout être humain est naturellement philosophe, ce qui fait que nous avons tous droit à la philo. À une vraie philo.

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