Changer la vie: Suis-je libre de penser par moi-même?

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Je suis persuadé que, si je m’installais à la cafétéria, un bon midi, et que je posais cette question à des étudiants, pris au hasard, la majorité, sinon la totalité des interrogés, s’empresserait de répondre: «Mais voyons donc! Personne ne peut s’introduire dans mon cerveau et m’ordonner « Aujourd’hui, tu penses cela! »». Et pourtant! Quel est l’outil par excellence pour m’aider à penser clairement? Le langage, les mots. Que se produit-il si le langage a été colonisé par le pouvoir? N’est-ce pas une façon de m’empêcher d’être ce que je suis, un être humain rationnel, dans le but de faire de moi un instrument docile?

L’origine de nos chaînes?

Selon Isocrate, «la parole est l’expression même de la raison». Est-ce vrai en ce qui concerne la civilisation judéo-chrétienne? Sûrement pas. Vous avez déjà vu le spectacle d’un marionnettiste? À quoi correspond ce marionnettiste? Au langage, aux mots. Le langage constitue le premier moyen du pouvoir, celui qui fonde tous les autres: son but est d’assurer la domination (religieuse, politique, économique…) sur le peuple. Le langage, arme des puissants, n’a-t-il pas pour but de créer la confusion mentale plutôt que de nous aider à y voir clair, à comprendre? Comment le pouvoir, quel qu’il soit, s’y prendra-t-il?

Comme le cerveau, du moins a priori, ne distingue pas le réel de l’imaginaire, le langage permet très facilement l’égarement: on nous fera dévier de la réalité à l’illusion. Le contrôle de la pensée passera par une distorsion du langage. Dans le volume de George Orwell, 1984, guerre signifie paix, liberté signifie esclavage, ignorance égale force.

Aujourd’hui? Bombardement égale rectification de frontières, nettoyage ethnique équivaut à autodéfense, mort de civils égale dommages collatéraux, détruire une ville, c’est la sauver, etc. Comment pouvons-nous penser, et les mots avoir un sens, si les paroles réfèrent à des choses qui n’existent  pas? Ou si les mots sont chargés d’un tel poids négatif, que le simple fait de les utiliser nous fait nous sentir coupables?

Non, les mots ne sont pas innocents ni indifférents. Instrumentalisé par le pouvoir, le langage ne sert plus à penser, mais à empêcher de penser: il n’est que tromperie.

Langage et liberté

Alors, suis-je libre de penser par moi-même? À mon avis, je suis aussi libre de penser par moi-même que l’économie québécoise appartient aux Québécois, c’est-à-dire aux environs de 20%. Je m’explique: le dépanneur du coin de la rue, la station-service du quartier, sont la propriété de Québécois; mais à qui appartiennent les très grandes entreprises?

De même, quand vient le temps de réfléchir sur le meilleur chemin à prendre pour aller au boulot, ou décider ce que je mangerai ce soir, ma capacité de choix peut être réelle; mais s’il s’agit de servir le dieu-dollar, de vivre dans l’enfer du libre marché, de déterminer que le temps, c’est de l’argent, qui décide? S’il s’agit de réprouver la nudité, le toucher, la variété sexuelle, d’où me viennent ces idées? Principalement des deux idéologies qui me gouvernent (capitalisme et judéo-christianisme). Elles se sont immiscées dans mon cerveau, y ont semé des idées qui ont germé au point de produire une multitude de fruits (de comportements) que, règle générale, je suis bien incapable de relier à leur source.

De plus, les pouvoirs (religieux, politique, économique…) m’empêchent de penser en dénaturant le langage, les mots. Exemples? Dans Le Petit Larousse (2008), on définit le mot «idéologue» comme «une personne qui vit dans un monde d’idées, qui ignore la réalité». Est-ce possible? C’est Napoléon qui, trouvant les idéologues dangereux pour son pouvoir, les a congédiés… et leur a apposé une étiquette négative. Ce jugement ne perdure-t-il pas, encore aujourd’hui, pour la même raison: le pouvoir a peur de ceux qui examinent les idées qu’il avance? Au mot «liberté», on me dira que c’est «l’état d’un être qui n’est pas retenu prisonnier». Et les gens se penseront libres parce qu’ils ne sont pas derrière les barreaux… alors qu’ils portent leur prison sur leurs épaules. (Je vous laisse vous amuser… ou vous scandaliser à  chercher d’autres mots.)

Concrètement, c’est en dénaturant le vocabulaire que les pouvoirs ont pénétré mon cerveau; ils m’empêchent de penser adéquatement; ils étouffent ma pensée… tout en me laissant l’illusion que je gouverne ma vie.

À mon avis, je suis aussi libre de penser par moi-même que l’économie québécoise appartient aux Québécois.

Évolution et langage

Pour Nietzsche, «la dissimulation constitue la fonction première de la parole». Dans notre civilisation, je peux le constater, les mots servent à me mystifier… quand ce n’est pas à me matraquer. Si j’utilise des mots que je suis incapable de définir, ou qui ne correspondent à rien dans la réalité, je ne pense pas par moi-même : j’ai été instrumentalisé par et pour un pouvoir.

Oui : les mots peuvent paralyser… ils peuvent également libérer une énergie incroyable. Le langage, et les pensées qu’il véhicule, sont probablement un des outils les plus efficaces que l’être humain connaît : il peut transformer la vie. Mais, attention : autant toute transformation passe par l’évolution du langage, autant nous devons demeurer vigilants à ce qu’il y a derrière nos mots : du vent? Ou la réalité?

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