Clin d’oeil communautaire : Ces amazones d’ici, venues d’ailleurs

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Frédérique Gagnon en compagnie de Vonette Cadet, enseignante de maternelle à la retraite, peintre, chanteuse et amie. Crédit photo : F. Gagnon

Dans cette chronique communautaire dédiée aux organismes communautaires qui œuvrent au maintien du lien social dans notre collectivité, je suis allé célébrer la diversité chez les amazones de Trois-Rivières. J’ai aussi voulu rendre hommage à l’une d’entre elles, madame Elvire Bénédic Toffa, propriétaire de Casafriq, mais surtout organisatrice du JIFA en Mauricie, la Journée internationale de la femme africaine.

Pourquoi utilisent-elles le terme des « amazones » pour se décrire ? Parce que c’est le nom qu’elles désirent arborer, ces gandes dames aux couleurs d’ébène rassemblées au cœur d’une organisation nommée le RAAM- Amazones d’Afrique et du Monde. En Afrique, les « amazones » sont les femmes de leurs communautés qui prennent les armes afin de protéger leurs familles et leur clan lorsque les hommes sont occupés à faire la guerre.

Rares sont ces femmes aux teintes de jais qui sont venues s’établir ici qui ne connaissant pas Elvire. À la première occasion, elle s’empresse d’insérer dans son carnet d’adresses personnel, le nom des femmes venues d’ailleurs qui croise sa route. Je me permets d’écrire seulement Elvire, parce que tout le monde l’appelle par son prénom ici. Tout le monde ? C’est qu’il n’y a pas que des femmes africaines dans son carnet d’adresses. Dans les faits, elle connait à peu près tout « ce qui bouge ici » pour faciliter l’employabilité des femmes immigrantes de notre grande communauté trifluvienne. Autant connue auprès des immigrant.e.s — souvent ici pour des études à l’UQTR —, elle est aussi connue des milieux entrepreneuriaux, féministes et politiques. En quelques coups de fil, elle met tout ce beau monde en commun. Elle tisse des liens.

Originaire de la Côte d’Ivoire et couturière renommée ici à Trois-Rivières pour ses tenues aux milles formes et couleurs d’Afrique, elle fait vibrer notre ville d’inspirations africaines et d’activités culturelles diverses. Ma nièce au teint cuivré profite elle aussi de son talent de coiffeuse pour allonger ou dompter ses cheveux aux boucles rebelles.  Mais la grande « œuvre » d’Elvire, c’est ce gala annuel offert pour la 4e année consécutive à l’occasion de la JIFA – la Journée internationale de la femme africaine. Lors de l’occasion, elle est présentée par son équipe comme l’«idéatrice» du JIFA en Mauricie, mais aussi comme la « fédératrice » des énergies créatrices de Trois-Rivières. On l’a bien compris, au RAAM, la fibre entrepreneuriale est centrale. Elles y partagent leurs acquis du Québec aux nouvelles venues pour ainsi faciliter leur intégration à l’emploi tout en leur transmettant nos valeurs communes.

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Mireille Zoa, une des ambassadrices du JIFA qui offre aux convives une parade et une danse exaltante aux couleurs africaines. Crédit photo : F. Gagnon

Parce que pour ces femmes venues d’ailleurs, le Québec représente une terre d’accueil où l’on peut réaliser ses rêves, même les plus farfelus. Et le rêve de ces amazones du RAAM lors du JIFA est de créer des modèles féminins de femmes immigrées pour qui l’amour de leur région rayonne à travers leur intégration professionnelle, à travers leurs réussites.  Elles offrent ainsi par leurs actions l’opportunité aux immigrantes, aux cheffes d’entreprises, aux organismes communautaires et aux élu.e.s. de se côtoyer, de se faire confiance. Au RAAM, elles ne voient pas des problèmes, mais surtout des solutions et elles ont décidé de se lever, de prendre force et courage pour poser des actes concrets pour briser l’isolement. Pour ces femmes ayant choisi le Québec, elles sont aussi venues s’installer avec tout ce qu’elles sont. Ce sont leurs différences justement qui, mises ensemble, forment une force de résilience et d’intégration réussie.

Ces « amazones » pour le RAAM ne sont pas que des immigrantes, elles sont aussi originaire du Québec. Les amazones sont aussi nos grandes dames québécoises qui ont défendu les droits de notre communauté. Elles sont Simonne Monet-Chartrand, Thérèse Forget Casgrain, et j’ajouterai Françoise David, qui a su être ma grande inspiration de jeune adulte. J’avais enfin trouvé chez cette présidente de la Fédération des Femmes du Québec un modèle féminin, une amazone à laquelle je voulais moi aussi ressembler.

Lors de la soirée du JIFA, six « ambassadrices africaines » étaient ainsi mises de l’avant pour présenter leurs pays respectifs ainsi que l’organisation trifluvienne à laquelle Elvire les avait préalablement jumelées pour faciliter leur intégration. Pour l’occasion, elles ont aussi fait office de mannequins en paradant et en dansant au rythme des sons et des tissus colorés.

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Votre chroniqueuse Frédérique Gagnon au centre est accompagnée par Elvire Bénédic Toffa à gauche et Mireille Zoa à droite. Crédit photo : J. Hassane

Je connais d’ailleurs une de ces ambassadrices, Mireille Zoa, une collègue universitaire qui est devenue une amie grâce à son sourire contagieux, son petit grain de folie, son intelligence et ses longues prises de parole de femme « engagée » dans tout ce qu’elle fait. Elle me dira suite à sa prestation qu’elle connait moins le RAAM en tant qu’institution, «mais individuellement, je les connais. Il y a beaucoup d’étudiantes qui en sont membres, des entrepreneurs aussi. Le RAAM connait bien le terrain ici. Ce sont elles qui m’ont orientée vers un organisme dans un domaine que je comprends, que je maîtrise. Moi j’ai connu Elvire chez Casa Africa. J’ai vu ses habits, les vêtements d’Afrique et je suis allée vers quelqu’un qui est comme moi. C’est là-bas que je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose, qu’il y avait une communauté. »

Cet événement rassembleur et joyeux présentait donc un mélange très agréable de danses, de vêtements, de musique d’Afrique et du monde, mais pas que. C’était aussi une célébration et une fête du goût. J’y a partagé un repas copieux et diversifié aux inspirations du monde. Je me suis délectée d’agneau aux abricots à la marocaine et de poisson braisé, tant prisé dans plusieurs pays d’Afrique. Comble de bonheur, j’ai pu partager ma table avec mon enseignante de maternelle, Vonette Cadet, d’origine haïtienne que j’ai aussi rencontrée là-bas. Cette femme à la couleur chocolatée a su s’incruster dans mon cœur et dans celui de tant d’enfants de Trois-Rivières au fil de ses années d’enseignement. Elle a aussi su rester mon amie durant toutes ces années.

Je réalise que cette chronique ressemble finalement à un grand merci! Merci à toi Elvire qui ne ménage ni ton temps ni ton argent pour défendre la cause des immigrantes en région. Vous êtes des combattantes et les défis que vous avez à relever sont nombreux, les tâches à accomplir sont lourdes. C’est ensemble que vous y arrivez. Cette fête de la fierté et de la célébration africaine était la tienne Elvire ! Chapeau bas et bonne continuité surtout.

2 COMMENTAIRES

    • Oui je voulais te faire la surprise Elvire ! Nous ne nous connaissons pas beaucoup personnellement, mais j’entends parler positivement de toi un peu partout… ça compte!

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