Cours en ligne: l’avis du Syndicat des professeur-e-s de l’UQTR

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syndicat professeur.e.s UQTR
Crédit: SPPUQTR

La crise internationale causée par la pandémie de la COVID-19 a touché toutes les sphères de la société: entre autres, les milieux de l’économie, de la santé et de l’éducation ont dû s’adapter rapidement afin de bien répondre à cette situation qui sort de l’ordinaire. Pour ce qui est du milieu de l’éducation, après la fermeture de l’ensemble des écoles, de la maternelle à l’université, la direction des établissements post-secondaires a été forcée de trouver une solution qui répondrait aux besoins de ses étudiant.e.s, mais aussi de ses professeur.e.s.

Ainsi, le Zone Campus s’est entretenu avec M. Gilles Bronchti, professeur titulaire du département d’anatomie et président du Syndicat des professeurs et des professeures de l’UQTR (SPPUQTR), dans l’optique d’avoir un aperçu de la position du syndicat sur les formations à distance.

L’avis du syndicat sur les nouvelles mesures d’enseignement

La professeure Marty Laforest, vice-présidente aux relations de travail du SPPUQTR, et M. Bronchti ont co-écrit la lettre ouverte suivante, dans laquelle nous avons accès au point de vue du syndicat sur la situation actuelle:

«Nous sommes dans une période de crise, sans précédent, qui a nécessité une réponse rapide et sans précédente des enseignants dans la plupart des universités. À l’UQTR, nous pouvons être très fiers du dévouement des enseignants qui ont travaillé dur et rapidement pour compléter la session d’hiver qui était en danger. Cela a permis, et permettra, à de nombreux étudiants de finir l’année en complétant leurs crédits de cours. Pour plusieurs, cela assurera leur diplomation. Bien sûr, tous les services, comités de programmes et directions départementales ont été mis à contribution.

Le professeur et président du SPPUQTR
Gilles Bronchti. Crédit: UQTR

Les stratégies d’enseignement, en général et en période normale, sont très diverses. Je n’en ferai pas la liste ici, mais à côté de cours en présence (eux aussi très variés, cours magistraux, laboratoires, stages en milieu professionnel ou de recherche, travaux dirigés, classes inversées, apprentissage par problèmes, par équipe, etc.), nous retrouvons plusieurs formations à distance et hybrides (partie en présence, partie à distance).

Depuis plusieurs années, l’UQTR a développé une plateforme pour l’enseignement en ligne et plusieurs outils pour l’enseignement à distance et en ligne. L’université a, dans son plan de développement de 2015, mis une priorité pour favoriser le développement des cours en ligne.

Deux modèles de l’université s’affrontent autour de la formation à distance : le modèle entrepreneurial et le modèle suivant lequel le savoir n’est pas un produit à vendre.

Les syndicats de professeurs, partout dans la province, regardent cette orientation avec une certaine ambiguïté. En effet, s’il ne fait aucun doute que c’est une stratégie d’enseignement tout à fait adéquate et légitime dans certains cas, elle n’est pas généralisable à tout prix. Elle doit être choisie par l’enseignant pour atteindre ses objectifs de formation des étudiants, et doit correspondre au goût et aux besoins de ceux-ci.

Lire aussi : Une pétition pour suspendre la session : quoi en penser?

Nous voyons au Québec une course effrénée des universités pour recruter des étudiants. Les centres universitaires et campus délocalisés en sont des conséquences. Tant le Ministère de l’Éducation que les administrations universitaires voient la formation à distance comme un moyen de recrutement étendu, parfois au-delà des frontières. Dans ce sens, l’enseignement à distance peut servir à d’autres buts que celui, qui est le nôtre, d’offrir la meilleure formation possible aux étudiants, adaptée à leurs besoins et à ceux, le cas échéant, de leur profession.

Ainsi, deux modèles de l’université s’affrontent autour de la formation à distance : le modèle entrepreneurial et le modèle suivant lequel le savoir n’est pas un produit à vendre. Ces modèles définissent forcément deux modèles d’étudiants : les clients et les apprentis.

Le gouvernement du Québec a lancé le e-Campus, une plateforme virtuelle pour rassembler les cours en ligne de toutes les universités; l’Université du Québec travaille dans le même sens avec une plateforme commune pour ses constituantes. Dans tous ces cas, les professeurs, ou leurs représentants, n’ont pas été consultés. Or, la formation à distance doit être encadrée par les conventions collectives comme toute autre tâche de l’enseignant.

Nous, au SPPUQTR, pensons que la seule justification à la création d’un cours à distance doit être pédagogique, décidée par l’enseignant et le comité de programme où il œuvre.

Donc, le manque d’encadrement (convention collective) des activités de formation à distance comme de dévoiement possible du but de ces formations sont des éléments qui inquiètent les syndicats de professeurs un peu partout.

Qu’en est-il chez nous, à l’UQTR?

Comme dans les autres institutions, la grande question est «pourquoi enseigne-t-on à distance?». Nous, au SPPUQTR, pensons que la seule justification à la création d’un cours à distance doit être pédagogique, décidée par l’enseignant et le comité de programme où il œuvre. La formation à distance fait maintenant partie de l’offre de cours à l’UQTR.

Des cours en ligne asynchrones (les étudiants les suivent à leur rythme), des formations synchrones (enseignants et étudiants étant, au même moment, présents, mais en des lieux différents) de tous genres sont couramment utilisés. Cela permet d’offrir des formations générales à de très grands groupes – nous n’aurions pas les locaux pour cela), rejoindre des professionnels, par exemple, sur leur lieu de travail ou à leur domicile, communiquer avec des stagiaires en milieu industriel, scolaire, hospitalier, etc. Nous avons même des CLOMs – cours en ligne ouverts aux masses. L’expérience, ou plutôt les expériences, car elles sont diverses, démontrent des qualités dans certaines de ces formations. Mais elles ont leurs défauts.

L’un d’eux, souvent noté par les étudiants, est l’absence de contact avec l’enseignant. Celui-ci est l’expert qui transmet ses connaissances. Les règles pour que cette transmission soit optimale peuvent varier, mais toutes ont, à la base, une reconnaissance de l’expert par les apprenants, un respect pour l’enseignant. Certains cours à distance, surtout les méthodes asynchrones, limitent grandement cette reconnaissance. La passion de l’enseignant par exemple est un atout, difficile à transmettre parfois quand on ne le voit jamais.

Comme l’explique le professeur Bronchti, la formation à distance requiert une grande implication de la part de l’ensemble des personnes impliquées dans sa mise en place. Crédit:
Glenn Carstens-Peters (Unsplash)

L’autre défaut, si l’on peut parler de défaut, des formations à distance de tout ordre, c’est l’idée que l’on va se mettre derrière son ordinateur et apprendre. Pas simple! Garder son intérêt pour la matière, comprendre ce qui est important (il n’y a pas les expressions de l’enseignant, son non verbal) n’est pas évident. Un cours à distance demande beaucoup de temps et une bonne expertise pédagogique pour le monter, beaucoup de temps et une grande motivation pour l’étudiant, enfin, de préférence, du temps pour un soutien actif de l’enseignant à l’étudiant. Tout cela peut être présent quand on a le temps et la passion; pas forcément quand il faut seulement avoir beaucoup d’étudiants.

Enfin, une grande difficulté existe avec les évaluations des acquis. Certains cours s’y prêtent bien, mais, par exemple, dans les cours de base où l’étudiant doit acquérir des connaissances, les examens à distance sont pervers. Tricheries et plagiat de toute sorte sont au rendez-vous. Certains cours optionnels sont d’ailleurs choisis par les étudiants, car ils savent y obtenir A+ sans effort aucun. Des progrès restent à faire dans ce domaine, et je sais que l’UQTR y travaille.

Je crois que le mot de la fin, c’est vous qui l’aurez : les étudiants nous diront ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils ont retenu de l’expérience.

Depuis plusieurs années, les conventions collectives des professeur.e.s et des chargé.e.s de cours encadrent les cours en ligne. Mais les formations à distance sont maintenant tellement variées, que la plupart se reconnaissent mal, ou même pas du tout dans ces conventions qui doivent être rafraichies.

Pour conclure

La situation actuelle nous force à aller vers un enseignement à distance tous azimuts. C’est une obligation. Tout n’est pas possible à distance : les stages sur le terrain et les laboratoires, par exemple. Or ce sont les formations les plus efficaces, celles qui permettent d’acquérir de l’expérience. Ces cours sont soit remplacés par des ersatz [NDLR: imitation médiocre] sans saveur, soit annulés soit, enfin reportés. Les cours qui sont donnés à distance ont été, pour ceux qui n’avaient pas ce format, montés rapidement, parfois sans expertise. Cela demande beaucoup d’efforts tant des enseignants que des étudiants pour que l’apprentissage soit efficace.

Nous ne pouvons donc pas voir dans cette crise un virage de l’Université vers la formation à distance – même si certaines administrations le voudraient. Mais nous apprenons et apprendrons, de cette expérience très large et qui malheureusement se prolongera dans le temps plus que quelques semaines, les plus et les moins de ces nouvelles techniques. L’expérience enrichira notre pédagogie.

Je crois que le mot de la fin, c’est vous qui l’aurez : les étudiants nous diront ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils ont retenu de l’expérience. Car c’est ce qui importe.»

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