COVID-19: (Re)penser les arts

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Tom Morro dans HYGIÈNE, Mois de la Poésie | Capture d’écran: Ariane Lebeau
Le COVID-19 touche toutes les sphères de la société, notamment celle de l’industrie culturelle et des arts. Le 12 mars, le Gouvernement du Québec demandait d’annuler tous les événements publics de plus de 250 personnes jusqu’à nouvel ordre. Dimanche, le 15 mars, les directives étaient d’une autre ampleur : fermeture de tous les endroits publics et lieux de rassemblement du secteur culturel : salles de spectacles, musées, galeries, bibliothèques, etc.

Depuis ces annonces, l’industrie culturelle a dû prendre un virage extrême. Les musées du Québec ont fermé leur porte jusqu’à nouvel ordre, de même que plusieurs expositions, spectacles, salons et festivals ont dû être reporté.e.s, voire annulé.e.s. Au niveau municipal et provincial, le choc est énorme.

Tout d’abord, au point de vue municipal, plusieurs lieux de Trois-Rivières ont fermé leurs portes. La Galerie d’art du Parc, le Centre d’exposition Raymond-Lasnier et le Cinéma le Tapis Rouge en sont des exemples. Dans la même vague, le Salon du livre de Trois-Rivières a été annulé. La Galerie R3 de l’UQTR devait ouvrir l’exposition de Caroline Létourneau du 13 mars au 10 avril. Heureusement, l’exposition est reportée à l’automne 2021. Pour le reste de la programmation des mois à venir, «tout est encore incertain», affirme Lorraine Beaulieu, directrice de la Galerie R3. En attendant le retour à la normale, elle compte mettre en ligne des vidéos d’expositions qui ont eu lieu à la Galerie R3.

Investir le virtuel

Le virtuel a souvent été qualifié de lieu secondaire aux arts. Or, investir le virtuel n’est pas nouveau. Depuis plusieurs années, des artistes investissent le web. Queering the Map, oeuvre entièrement virtuelle, est un bon exemple. Le projet consiste en une cartographie générée par la communauté qui géolocalise des moments, des souvenirs et des histoires étranges par rapport à l’espace physique. L’oeuvre se veut ainsi virtuelle, participative, queer et intime.

Depuis le début de la crise du COVID-19, plusieurs alternatives de diffusion ont vu le jour. Tout d’abord, le Mois de la Poésie s’est rapidement «retourné de bord» afin de passer au web. Vanessa Bell et Juliette Bernatchez, co-directrices du Mois de la Poésie, ont revu la programmation afin de l’adapter au numérique. Samedi dernier, les internautes ont pu assister à Hygiène en direct via la page Facebook du Mois de la Poésie. Le mot d’ordre était «40 poètes, le tout de la manière la plus hygiénique qui soit: de chez nous à chez vous!». Actuellement, la vidéo en est à 6,2 k visionnements. En ce temps de quarantaine, quoi demander de mieux qu’un streaming de poésie?

Dans la même direction, Culture Trois-Rivières a lancé le mouvement #enmodevirtuel. Ce mouvement a pour mission de faire vivre la culture jusqu’à la maison. De jour en jour, l’organisme propose différentes activités comme la création de papier de Boréalis ou le visionnement des courts métrages de la sélection «Semaine de relâche» présentée par l’ONF. Le Festival International du Film sur l’Art (FIFA) s’est également adapté. De nombreux films de sa 38e édition sont exceptionnellement disponibles en ligne du 17 au 29 mars à travers tout le Canada. L’achat des billets se fait ainsi en ligne.

À l’heure actuelle, le web est rempli d’alternatives afin de rendre l’art visible autrement. Certains organismes réussissent donc à surmonter cette crise, alors que d’autres profitent de celle-ci afin d’explorer de nouvelles façons de créer.

La culture déclare son importance

Alors que les personnes oeuvrant dans le milieu de la santé et des services essentiels sont vitales, qu’en est-il des artistes? Les oeuvres d’art, musique, livres, pièces de théâtre nous accompagnent dans nos isolements volontaires ou obligatoires. Dans les médias, nous n’aurons jamais autant entendu parler de la culture et de son importance. Pour vaincre l’isolement, le Club de lecture féministe de Trois-Rivières propose une liste de livres, balades, documentaires et films féministes à découvrir ou redécouvrir. (Re)lire L’Amant de Marguerite Duras ou Les Guérillères de Monique Wittig, ça apaise les solitudes.

«Bien que la direction de l’UQTR encourage la poursuite de la session, il est difficilement envisageable que les étudiants en arts qui doivent produire un travail pratique qui requiert l’utilisation des ateliers du pavillon des arts, puissent le faire»

-Lorraine Beaulieu

Les arts dans le milieu universitaire : une limite au virtuel

Habituellement, les finissant.e.s du 1er cycle en arts investissent la galerie à la dernière semaine de la session, de même que plusieurs évaluations de fin de session du 1er et 2e cycle en arts ont lieu dans la galerie. «Bien que la direction de l’UQTR encourage la poursuite de la session, il est difficilement envisageable que les étudiants en arts qui doivent produire un travail pratique qui requiert l’utilisation des ateliers du pavillon des arts, puissent le faire», souligne Lorraine Beaulieu. «Les professeurs de la section des arts se penchent sur des solutions possibles pour permettre de mener à bien la session», ajoute-t-elle.

Performance de Hortense Gauthier, Galerie R3 | Crédit: [image en ligne]

Cette situation préoccupe plusieurs étudiant.e.s. Stéphanie Boulay, étudiante au deuxième cycle en arts, témoigne de son inquiétude. «Comprendre les phénomènes étudiés ou répondre à notre recherche par la création devient difficile en ces temps de crise», déclare-t-elle. «D’abord parce que certains commerces où on s’approvisionne pour réaliser nos projets sont pour la plupart fermés, mais aussi parce que nos locaux, qui sont pour nous des ateliers et des espaces de réalisation de travaux, sont aussi fermés. Mon mode de production se voit profondément touché par cela. Pour créer, ils nous faut des conditions particulières et des locaux aménagés de façons précise et concise», ajoute-t-elle.

Bien sûr, il y a cette opportunité de sortir l’art de ses institutions et de la rendre accessible, mais cela représente plusieurs enjeux, notamment du point de vue académique. Cette situation apportera sans doute certaines mutations aux arts. Certes, il y a des réflexions à avoir. Les démarches qu’entreprennent INVISIBLES, groupe militant pour une meilleure représentation des arts visuels dans les médias culturels québécois, depuis quelques semaines vont en ce sens. En attendant, réjouissons-nous des arcs-en-ciel affichés dans les fenêtres des maisons, des balados, des livres, des oeuvres diffusées en direct et tout ce qui nous apporte un sentiment de réconfort.

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