Critique de Femme fleuve d’Anaïs Barbeau-Lavalette

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Le désir au féminin

Crédits : Leslibraires.ca

Avec son quatrième roman, Femme fleuve, Anaïs Barbeau-Lavalette satisfait toujours nos envies littéraires. Cette œuvre, tissée d’intime, d’attirance et de quête de compréhension de grands espaces aquatiques, fascine. Mieux que cela en fait : elle nous happe, nous engloutit, nous contraint à tourner les pages, sous l’impulsion d’un désir raconté.

Lourd désir

Le livre nous raconte, à la manière autofictionnelle, le séjour d’écriture d’une écrivaine sur une île. En quête d’inspiration, celle-ci ira également à la rencontre d’un besoin plus brûlant. Un homme : jeune peintre exquis, magnifique, aux charmes inéluctables.

« Ta barbe noire affûte mes doigts, aiguise mes sens ; elle me parle de ton sexe et du sexe de tous ceux qui t’ont précédé. Mes doigts se promènent dans ta barbe et je touche à un morceau de ta bouleversante virilité.»

Femme fleuve d’Anaïs Barbeau-Lavalette, p.93.

Ce livre raconte le désir – avouable et poétisé – d’une artiste pour un autre. Ce désir est brûlant, instantané. Il est raconté par un JE, témoignant de celui-ci à un TU que le lectorat vient lui-même à trouver fascinant.

« Les femmes ne peuvent être que désirées »

Dans ce roman, le désir émane de la femme qui est raconté et vit sous la plume – et la peau – d’une autrice. Le fait est assez original pour le faire remarquer. L’autrice elle-même le mentionne : dès les premières pages, elle nous parle de son désir, du désir des femmes, tant historique que littéraire. Cette ligne : « Madame Bovary se suicide d’avoir osé désirer. » est ce qui m’a fait placer le livre sur le comptoir-caisse du libraire.

« Les femmes écrivent sous un pseudonyme masculin pour être lues, pour être crues. Elles disent : nous ne sommes pas que des douces, nous ne sommes pas soumises, nous sommes des femmes-fleuves, nous désirons et nous jouissons plus longtemps que vous. »

Femme fleuve d’Anaïs Barbeau-Lavalette, p.14.
Crédits : Marchand de feuilles

Car c’est là la grande force de Barbeau-Lavalette : elle écrit l’intime pour le placer dans une histoire universelle. Son désir, magnifié et puissant, est dépeint avec une telle force comme pour crier à tous les désirs féminins tus : « JE désire. NOUS avons toujours désiré! ».

Bleu Saint-Laurent

Cet artiste tant convoité tente de représenter le fleuve sur ses toiles. Plus spécifiquement, il tente de discerner le bleu le plus approprié à cette bête d’écume. Le livre fait le portrait de cette trace, de manière autant érudite (Barbeau-Lavalette est elle-même peintre) que poétique.

Un style expert

En plus de son contenu attrayant, la grande force du roman est sans conteste son style. L’autrice, dans la droite lignée de ses autres romans, nous livre un récit à la poétique travaillé ; non, mieux que cela : un récit à la forme maîtrisée avec grand art.

C’est que chacune des pages de Barbeau-Lavalette pourrait faire office de lecture dans un micro-ouvert tant elles regorgent de rythme et d’images évocatrices. En plus de réflexions érudites sur la peinture ou l’histoire, l’autrice nous propose ses méditations sur l’origine des pinceaux, des fleurs, de la philosophie et même de la sensualité. En témoigne l’extrait suivant :

« Il y a plusieurs façons de recevoir le monde. On le pense à partir de la tête, mais je trouve que le penser à partir des mains c’est bien aussi. […] Moi je voudrais d’une civilisation du toucher »

Femme fleuve d’Anaïs Barbeau-Lavalette, p.129

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