D’une foulée à l’autre : Le sommeil, cet incompris

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Par Maxime Bilodeau, chroniqueur

Dormir est une véritable perte de temps. C’est bien connu. Dans un monde régi par l’adage «le temps, c’est de l’argent» – que l’on doit à Benjamin Franklin –, il va sans dire que de consacrer environ le tiers de son existence à son sommeil représente un illogisme sans nom. Le temps n’est-il pas après tout la plus précieuse des ressources? Celle qui, une fois dépensée, ne nous sera jamais rendue?

Tout cela est d’autant plus vrai pour nous tous, jeunes et moins jeunes étudiants accaparés par les innombrables obligations que sont les études, le travail, la vie personnelle et tutti quanti. Face à cette vie effrénée où les 24 heures que dure une journée nous sont insuffisantes, il devient très tentant d’en gruger quelques-unes à notre sommeil. On se dit : «Bah, ce n’est pas si grave, je me rattraperai plus tard. De toute façon, que je sois fatigué ou non, cela ne change rien.» Sans parler bien sûr de toutes ces habitudes que l’on acquiert et de tous ces gestes que l’on pose afin d’éloigner, en vain, la somnolence. Bref, dans la longue liste des priorités de l’étudiant, le sommeil figure trop souvent bon dernier.

Mais pourtant, il ne devrait pas figurer à ce rang. Car le sommeil se situe à la base de notre bon fonctionnement. Avec l’alimentation et l’activité physique, il constitue le pilier même d’une vie productive et en santé. Une privation chronique de sommeil, aussi minime soit elle, est, sans surprise, synonyme d’une foule d’affections et de pathologies.

L’état d’inflammation chronique dans lequel cet état de manque plonge l’organisme favorise non seulement le développement de maladies cardiovasculaires comme l’hypertension, mais également l’apparition de tumeurs malignes – lire de cancer. Chez le rat, proche cousin de l’humain, l’absence de sommeil sur une période de moins de 10 jours signifie généralement la mort. D’ailleurs, la privation de sommeil n’est-elle pas la plus ancienne et redoutable des tortures?

Malheureusement, nous lui accordons trop peu d’importance ou, à tout le moins, pas celle qu’il mérite. C’est comme si, parce qu’il se déroule dans un état de léthargie et de désengagement sensoriel, nous assumions qu’il ne s’y passe rien de bien intéressant ou utile. Pour plusieurs, dormir ne sert qu’à «recharger la batterie», tout en mettant en veilleuse les problèmes du quotidien. Les rêves, lorsqu’ils sont présents, font quant à eux office de bonis…

Dans les faits, dormir se situe au centre de bien plus d’enjeux que vous pourriez bien le croire.

Un des plus importants : l’adaptation optimale à son environnement ou, dit autrement, la capacité à s’acquitter de ses tâches et activités quotidiennes sans s’en ressentir. Lorsque l’on visite les bras de Morphée, une cascade de réactions physiologiques se produit. Par exemple, l’hormone de croissance est sécrétée, stimulant par le fait même le développement et la maturation de tous les tissus, des muscles au cerveau. Pendant les rêves, les séquences biochimiques laissées par les nouvelles expériences quotidiennes sont «rejouées» au niveau des connections neuronales, ce qui laisse une trace indélébile au cerveau. Le sommeil contribue donc, par l’entremise de ce processus virtuel résultant de l’activité psychique, à la consolidation de la mémoire et des nouveaux apprentissages.

C’est comme si, parce qu’il se déroule dans un état de léthargie et de désengagement sensoriel, nous assumions qu’il ne s’y passe rien de bien intéressant ou utile.

Il va sans dire que, peu importe que vous soyez un athlète à la recherche de performances optimales ou un universitaire qui désire simplement assimiler de nouvelles connaissances, la quantité et la qualité de votre sommeil devraient logiquement vous tenir à cœur. Du reste, vous ne serez pas surpris d’apprendre que les meilleurs étudiants – ceux que l’on qualifie de premiers de classe – sont généralement ceux qui priorisent leur sommeil en se couchant tôt, en dormant plus longtemps et faisant davantage de siestes.

Le sommeil, c’est également une question de tour de taille et de pèse-personne. En effet, plusieurs études réalisées depuis les années 2000 suggèrent que mal dormir serait un des principaux facteurs favorisant le surpoids et l’obésité. Certains avancent même qu’il en serait le principal facteur, bien avant le faible niveau d’activité physique ou le régime alimentaire riche en matières grasses. On attribue généralement la prise de poids à l’action accrue de ghréline, de cortisol et d’orexine, des hormones ayant un impact sur la satiété. Autrement dit, lorsqu’on dort moins bien, on ressent davantage la faim, ce qui naturellement nous pousse à consommer plus d’aliments. Résultat : les kilogrammes s’accumulent.

Finalement, si vous dormez, c’est pour votre propre sécurité et pour celle de la collectivité. Pour votre propre sécurité, car une personne reposée commet proportionnellement moins d’erreurs lors de tâches requérant de l’attention – pensons ici à la conduite automobile – qu’une personne fatiguée. Certains avancent même que le manque de sommeil à court terme a des effets comparables à ceux de l’alcool. Pour la sécurité de la collectivité, car il est admis que le manque de sommeil est une des causes principales de multiples accidents et catastrophes. À qui la faute? À l’envie irrépressible d’aller dormir… que je vous invite fortement à écouter!

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