D’une foulée à l’autre : Les limites de la Science

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«Des recherches de qualité et reconnues par les pairs sont requises pour pouvoir statuer quoi que ce soit.» C’est à cette conclusion qu’aboutissent de nombreuses revues et analyses tirées de la documentation scientifique.

Généralement, cette dernière est précédée des traditionnelles critiques pointant «l’insuffisance de preuves concluantes»  ainsi que «la faiblesse de la méthodologie utilisée dans plusieurs recherches sélectionnées dans le cadre du processus de recension des écrits». Des formules si fréquemment répétées qu’à bien des égards elles constituent une sorte de running gag.

Au-delà du caractère clairement frustrant de la chose, c’est surtout le constat à moitié assumé d’échec qui frappe. Car c’est bien de cela dont il est question, de l’impossibilité de dégager une réponse outre que partielle à une interrogation justifiée, légitime. Autrement dit, des limites actuelles de la Science.

Comme dans toutes les sciences, celles de l’activité physique et du sport ne manquent pas de ces sujets controversés de par leur absence d’un réel consensus sur leurs efficacités respectives. Dans les lignes suivantes, il sera justement question de trois de ces sciences.

Massothérapie

La massothérapie constitue indéniablement une des formes de pratiques médicales les plus anciennes, pour ne pas dire millénaires. Peu importe que l’on parle de cultures orientales ou occidentales, on retrouve une forme ou une autre de cette méthode thérapeutique manuelle qui consiste à presser, pétrir, manipuler le corps dans un but thérapeutique. Hippocrate, en 400 avant notre ère, y faisait référence comme l’art de frotter et de frictionner, ou anatriptis.

Largement reconnue pour ses vertus relaxantes et antidépressives, la massothérapie demeure néanmoins très peu étudiée dans le contexte du sport de performance. Et lorsqu’elle l’est, il n’est pas rare de constater des résultats mitigés, parfois même contradictoires.

Par exemple, l’idée voulant que la massothérapie favorise la circulation sanguine et, par le fait même, l’évacuation du trop-plein d’acide lactique dans un muscle – phénomène qui survient lors d’efforts d’intensité élevée et responsable de l’acidose musculaire – relève du mythe. Au contraire : en comprimant à répétition les vaisseaux sanguins alimentant le muscle, le massage comme intervention post-exercice gêne le flot normal du sang et retarde le retour du ph musculaire à sa valeur basale de 7,1.

C’est bien de cela dont il est question, de l’impossibilité de dégager une réponse outre que partielle à une interrogation justifiée, légitime.

En contrepartie, la massothérapie réduit la présence intramusculaire de composés nommés cytokines impliqués dans les processus inflammatoires. De plus, elle favorise la genèse de mitochondries responsables de la production d’énergie en présence d’oxygène au sein même des cellules musculaires.

Autre fait : malgré ses effets bénéfiques au niveau psychologique couramment rapportés chez les sportifs, la massothérapie n’améliore aucunement le rendement sportif et les performances dans des épreuves subséquentes. Autrement dit, même si un massage réduit la concentration de cortisol sanguin – hormone dite du stress – ainsi que la sensation subjective de fatigue, cela ne se traduit par forcément en une meilleure force ou encore en une meilleure endurance.

Mais bon, c’est déjà ça de pris, non?

Kinesio tape

Jaune, turquoise et même rose ; c’est à un vrai déferlement de couleurs toutes plus coquettes les unes que les autres qu’on assiste depuis maintenant quelques années dans le monde du sport. Les responsables : des bandes colorées nommées Kinesio appliquée sur une ou plusieurs parties du corps des athlètes et ce, dans une foule de disciplines.

Inventées dans les années 1970 par le docteur nippon Kenzo Kase, ces bandes athlétiques se démarquent par leur élasticité, leur adhésivité ainsi que par leur grande respirabilité. Les allégations derrière ce produit passe-partout sont nombreuses, allant de l’optimisation de la performance à la prévention des blessures en passant par la réduction de la douleur.

Bref, cette petite bande colorée représenterait une véritable panacée en médecine sportive.

Or, la documentation scientifique appuyant les effets positifs des bandes Kinesio se fait rare, pour ne pas dire carrément absente. En fait, jusqu’à ce jour, il n’existe aucune preuve concluante quant à leur utilité pour réduire significativement la douleur. S’il existe bel et bien quelques indices allant dans le sens d’une amélioration de l’amplitude de mouvement, de la proprioception et de certains paramètres reliés à la force musculaire, ils sont limités et, disons-le, triviaux.

Mince consolation : aucun effet négatif n’est rapporté quant à l’application de bandes Kinesio. Il n’y a donc pas de danger à les utiliser, voire même à en faire une habitude. Dans le meilleur des cas, vous profiterez du fameux effet placebo.

Bains glacés

Se plonger dans un bain glacial tout juste après avoir complété son entraînement, mais quelle idée! Et pourtant : la thérapie par le froid est couramment pratiquée par de nombreux athlètes depuis des années. Ils y cherchent surtout un moyen d’accélérer leur récupération en réduisant les processus inflammatoires ainsi qu’en prévenant les courbatures musculaires. Sans parler bien sûr du «plaisir» incroyable que cela leur procure…

Le pire, c’est que le recours à cette thérapie frigorifique améliore bel et bien la récupération… à tout le moins, si on les compare à une intervention passive (s’asseoir, par exemple). En d’autres mots, les bains glacés s’avèrent plus efficaces que de ne rien faire. Toutefois, il est pour l’instant impossible de statuer si oui ou non ils sont plus efficaces que d’autres interventions dites actives.

Sur ce, bonne baignade!

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