Éditorial : La recette de la stupidité

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Photo : Montage Canva

Alors que le début du temps de fêtes s’amorce, les films clichés de Noël s’empilent sur les chaines de télévision ainsi que sur les plateformes numériques. Nous avons tous nos classiques, que nous retrouvons chaque année, immanquablement, bien entendu. Pour ma part, dans ma famille, il s’agit du film Le sapin a des boules (National Lampoon’s Christmas Vacation), un film culte de Noël à la télévision québécoise qui date de 1989. Celui-ci est devenu un classique des films de Noël, apprécié pour son humour irrévérencieux et ses scènes mémorables. Le film capture l’esprit chaotique et parfois stressant des vacances tout en mettant en lumière l’importance de la famille et de la joie partagée pendant la saison festive. Assurément, comme dans toute bonne famille, elle a son idiot, et dans le film, on prête cette caractéristique au cousin Eddy. On peut débattre longtemps à savoir si Eddy est réellement un con, mais chose certaine, il est ignorant. À chaque fois, chaque année, je me demande donc : peut-on être ignorant sans être stupide ? et, inversement, être stupide sans être ignorant ? Mes amis, tout est possible. Voici donc, pour cette fin d’année, la recette, ma recette, de la stupidité. Peut-être saura-t-elle vous apportez de la tolérance, ou au contraire, vous illuminer.

Ignorance et stupidité

Encore une fois, comme dans toutes mes chroniques, il s’agit de ma pensée, et elle ne constitue en aucun cas la vérité. Le but de l’exercice est simplement de permettre un processus de réflexion. Ceci dit et avant tout chose, je désire distinguer les deux notions abordées juste avant, stupidité et ignorance. Il s’agit effectivement de deux concepts distincts, mais souvent reliés.

Le dictionnaire Universalis définit la stupidité comme telle : « caractère d’une personne qui manque d’intelligence, d’un idiot ». Pour ma part, je ne désire pas inclure le mot « intelligence » dans ma définition, simplement parce que je n’arrive pas à le définir. J’ai passé près de cinq ans à l’université à errer en psychologie, philosophie et sexologie, et une chose que je peux affirmer, c’est qu’une décision unanime à propos celle-ci, un consensus, il n’y en a pas. Elle dépend d’une multitude de facteurs. De toute façon, mon but n’est pas de penser à propos de la provenance, mais plutôt de soulever des traits.

Ainsi, selon ma personne, la stupidité se réfère généralement à une incapacité à comprendre les choses, à faire preuve de bon sens ou à prendre des décisions dites rationnelles (je ne vais pas non plus embarquer dans la question : est-ce que les décisions rationnelles existent ou pas, prenons pour acquis que oui aujourd’hui). Cela peut impliquer des actions ou des choix qui semblent irrationnels, dénués de logique ou contraires au bon sens. Selon moi, elle peut être le résultat d’un manque de compétences intellectuelles, de jugement ou de réflexion critique.

En contrepartie, l’ignorance, lorsqu’utilisée comme adjectif, selon Universalis, se réfère à celui « qui n’a pas connaissance de quelque chose, qui n’est pas informé, qui manque d’instruction, qui manque de pratique dans un domaine précis ». J’abonde dans le même sens, l’ignorance se réfère donc au manque de connaissance ou d’information sur un sujet particulier. Cela ne signifie pas nécessairement que la personne est incapable de comprendre, mais plutôt qu’elle n’a pas encore acquis les connaissances nécessaires. Alors, l’ignorance semble pouvoir être comblée par l’éducation, l’apprentissage et l’expérience.

Ce n’est donc pas grave d’être ignorant ; on peut difficilement reprocher à quelqu’un de ne pas savoir. En effet, reprocher à quelqu’un d’être ignorant peut-être délicat, car l’ignorance peut souvent résulter d’un manque d’accès à l’information, d’opportunités éducatives limitées ou de diverses circonstances. Cependant, la réponse à cette question dépend du contexte, de la manière dont la personne exprime son ignorance et de sa volonté de remédier à cette situation. Voici pourquoi je disais que stupidité et ignorance sont souvent liées : on peut reprocher à l’ignorant de vouloir rester ignorant ; il devient alors stupide. Or, certaines personnes ignorantes n’ont pas les outils nécessaires pour s’en défaire, les reproches doivent donc être faits de manière individuelle.

Voici donc les critères sur lesquelles je me base pour pouvoir reprocher mentalement à un ignorant d’être stupide.

Les ingrédients

Il faut savoir que chaque idiot possède sa propre recette. Comme n’importe quelle recette d’un même plat, la stupidité est plus réussie par certaines personnes. Voici donc, quelques critères qu’on peut retrouver :

Le manque de logique. Certaines personnes prennent des décisions ou font des actions dépourvues de bon sens ou de raisonnement logique. Les personnes qui ont des difficultés avec le raisonnement logique peuvent avoir du mal à établir des connexions logiques entre les idées, à reconnaître les conséquences de leurs actions, ou à suivre un raisonnement cohérent d’une étape à l’autre.

Résistance au changement. N’avez-vous jamais lu Darwin alors que celui-ci écrivait : « les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements. » La résistance au changement peut relever d’une certaine rigidité mentale ou cognitive. Ainsi, refuser d’accepter de nouvelles informations ou perspectives, même lorsque cela est clairement justifié, peut être considéré comme une forme de stupidité.

Manque de curiosité intellectuelle. Ignorer ou rejeter délibérément les opportunités d’apprendre ou de comprendre peut-être considéré comme une des pires attitudes stupides. Encore une fois, il faut essayer de saisir la personne qui se trouve devant nous. À titre personnel, je tente de comprendre les avancements dans le domaine de la mécanique quantique, mais j’y parviens difficilement. On ne peut me reprocher quoi que ce soit, la physique ne m’a jamais intéressée et je ne possède pas une formation adéquate pour bien saisir la portée des informations. Il faut toujours garder en tête qu’il est impossible de tout connaitre, même pour les plus érudits de ce monde. Ce qui est reprochable ce n’est pas le manque de compréhension, mais le manque de bonne volonté ou d’effort.

Incapacité à apprendre des erreurs. « À cet égard, sa valeur formatrice, heuristique, n’est plus à prouver – l’erreur est partie prenante des méthodes d’apprentissage »[1], répéter les mêmes erreurs sans tirer de leçons de l’expérience peut donc être perçu comme un « drapeau rouge » ». Ne pas vouloir comprendre ses erreurs, c’est ne pas vouloir apprendre.

Égocentrisme excessif et manque d’empathie. Ne pas prendre en compte les besoins et les perspectives des autres peut être considéré comme un comportement étroit d’esprit, autant qu’ignorer ou ne pas prendre en compte les sentiments et les expériences des autres peut être considérée comme une forme de bêtise. Penser que nous détenons la meilleure solution et tenter de l’imposer démontre un manque de compréhension. En effet, une problématique commence à partir d’un ensemble de facteurs, et nous, selon qui nous sommes, n’avons pas accès à certains de ces facteurs. Il est important, crucial même, de prendre en compte l’autre pour éviter ces angles morts.

Refus de remise en question. Le refus de la remise en question englobe un peu tous les autres critères énumérés, une personne qui refuse obstinément de remettre en question ses propres croyances, même en présence de preuves contradictoires, peut être considérée comme étant dans le déni intellectuel. La remise en question est un processus essentiel pour le développement personnel, la pensée critique, l’innovation et la croissance collective. Elle contribue à créer un environnement intellectuel sain et dynamique, favorisant l’apprentissage continu et l’amélioration constante.

Souhaits pour mon beau Québec en 2024

En fin de compte, l’écriture de ce texte m’a fait réaliser que définir si une personne est réellement stupide ou simplement stupide dans certains contextes est une tâche fastidieuse. Je conclus en abordant la question des reproches adressés à quelqu’un d’ignorant, reconnaissant que cela peut être délicat en raison des diverses circonstances pouvant contribuer à l’ignorance. Je souligne la nécessité d’adopter une approche individuelle et empathique, reconnaissant que l’ignorance n’est pas nécessairement blâmable et peut être surmontée avec des outils, dans la mesure du possible.

Je souhaite donc, à l’humanité, et surtout au Québec, de la clairvoyance. Ne sauter pas aux conclusions trop rapidement et essayer de comprendre l’entièreté de la personne qui se trouve devant vous. Une personne avec des idées différentes des vôtres n’est pas stupide pour autant, vous pouvez vous en éloigner si elle vous rend mal à l’aise, mais ne tombez pas directement dans le mépris.

Joyeuses fêtes le Québec, porte-toi bien.

[1] Bier, D. Chasserieau, M. Delecroix, M. Serrus, C. « Devenirs féconds de l’erreur  », Les chantiers de la création [En ligne], 2 | 2009, mis en ligne le 06 novembre 2014, consulté le 21 décembre 2023. URL : http://journals.openedition.org/lcc/762 ; DOI : https://doi.org/10.4000/lcc.762

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