En pleine face : Une grève démocratique

0
Publicité

Le 14 mars dernier, les étudiants de l’UQTR ont marqué l’histoire de l’institution en votant la toute première grève illimitée depuis la fondation de l’Université. Cette décision en a réjoui plusieurs, déçu certains, mais a surtout démontré le manque de préparation des membres de l’AGE UQTR à cette éventualité.

Surprise est un mot faible pour qualifier l’effet de ce vote sur les têtes dirigeantes de l’organisation étudiante. On pouvait facilement s’attendre à ce que les étudiants adoptent une journée de grève pour le 22 mars comme l’avaient fait quelques associations (dont ITR) plus tôt dans la journée, mais peu s’attendaient réellement à ce qu’une grève générale illimité soit adoptée lors de cette Assemblée.

Dans le même ordre d’idées, on ne pouvait pas réellement envisager un taux de participation aussi élevé lors de l’Assemblée. Alors que l’on s’attendait à 1600 étudiants tout au plus, ce sont finalement 2494 membres qui se sont déplacés pour faire entendre leur voix.

Cela explique la confusion que l’on pouvait observer lorsqu’il a été le temps de voter. C’était la première fois qu’autant d’étudiants se déplaçaient pour une Assemblée de l’AGE. De mettre la faute sur l’exécutif serait grossière erreur et malhonnêteté puisque la quarantaine de votes différenciant les deux options prouve qu’il était impossible de juger de l’issue à l’œil nu.

De la démocratie en UQTR

Avant l’Assemblée, ce que l’on lisait le plus souvent sur les forums de discussion portant sur l’éventualité d’une grève était qu’il fallait impérativement un vote représentatif et démocratique et que l’issue de celui-ci devait être respectée.

Nous avons finalement eu droit à un vote secret, une méthode demandée maintes fois par le camp des étudiants en défaveur d’une grève. Cette méthode, ultime moyen démocratique de quantifier le choix des membres de l’AGE, a donc permis d’avoir une réponse claire et en faveur de la grève générale illimitée.

Malheureusement, nous ne semblons pas tous avoir la même vision de la démocratie. À voir tous les étudiants frustrés qui ont franchi les nombreux piquets de grève du lundi au mercredi, on aurait dit que la démocratie fonctionne seulement lorsque c’est notre camp qui l’emporte.

Et si la grève n’avait pas été adoptée? Est-ce que les étudiants auraient bloqué l’accès à l’UQTR ou vidé les classes? Je ne pense pas. D’abord, les étudiants seraient allés à leurs cours, puisque ceux-ci auraient tous eu lieu. Ensuite, les étudiants contre la hausse n’auraient pas eu droit à l’encadrement de la sécurité publique qui les aurait plutôt bloqués en tout respect de la démocratie.

Donc, si les étudiants contre la grève avaient eu une once de respect pour la démocratie, ils auraient respecté la décision de la majorité et seraient restés chez eux en attendant le vote de reconduction afin de faire entendre leur voix. Si assister à ses cours est un droit, le vote démocratique et le respect de la décision de la majorité le sont tout autant.

Le vote intraweb

Outre la revendication d’un vote démocratique et représentatif, l’autre grande revendication des étudiants contre la grève a été la tenue d’un vote en ligne. Aucune mesure ne pouvait être mise en place lors du premier vote, faute de règlements allant en ce sens. Malgré tout, à la suite de la confusion de la première Assemblée, l’exécutif de l’AGE UQTR en est venu à la décision que le vote électronique était le seul choix logique pour obtenir un résultat clair, ainsi que pour assurer la sécurité des nombreux étudiants qui se seraient présentés à une nouvelle Assemblée.

Malheureusement, le vote électronique sans aucun débat est une forme de démocratie facile qui force les commettants à une paresse intellectuelle lorsqu’il est temps de voter. Sans Assemblée, il n’y a pas de débat et sans débat, il est difficile de se forger une opinion claire. Plus de 3 500 étudiants qui n’étaient pas présents à l’Assemblée initiale ont voté sans même avoir pu entendre les arguments pour et contre la poursuite de la grève. On devrait alors qualifier ce vote de sondage d’opinion puisqu’aucune campagne d’information n’a été tenue.

La population du Québec serait-elle prête à voter sur des enjeux aussi importants que la souveraineté de la province ou bien le futur gouvernement de celle-ci sans même avoir entendu les arguments des multiples partis en jeu? Impossible. Ce genre de vote serait forgé sur les opinions et les jugements de valeurs de la population basés en grande partie sur l’image que rapportent les médias, de moins en moins objectifs dans leur façon de rapporter la nouvelle.

De plus, comme l’opinion populaire (et surtout celle des Québécois) change au gré des jours, imaginez-vous vraiment qu’on puisse décider d’un tel enjeu sans s’être posé la question auparavant?

D’ailleurs, est-ce que la population serait prête à considérer un vote en ligne lors d’élections et de référendums et ce, même s’il y avait une campagne? Impossible. Les nombreux problèmes qu’a connus le NPD lors du vote en ligne à la chefferie du parti sont une preuve parmi tant d’autres que nous ne sommes pas prêts pour ce genre d’éventualités.

Au final, ces nombreux votes ont démontré qu’il est grand temps que l’exécutif de l’AGE UQTR se penche sur l’ensemble des éventualités entourant un nouveau vote de grève dans les prochaines années. La prochaine secrétaire générale de l’association pourra tirer des leçons de l’expérience que nous avons vécue lors de ces derniers votes et mettre sur pied les procédures nécessaires lorsque ses membres devront se prononcer sur ce genre d’enjeux dans l’avenir.

REPONDRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici