«Entre les deux pôles»: La nostalgie, d’hier à aujourd’hui

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Kévin Gaudreault. Photo: Mathieu Plante
Kévin Gaudreault. Photo: Mathieu Plante

La nostalgie est un thème rassembleur pour l’être humain, en raison de sa nature universelle et de sa fréquence quotidienne chez la plupart des personnes.

Selon The New Oxford Dictionary of English (2017), la nostalgie est décrite comme un «désir sentimental ou affection mélancolique pour une période dans le passé». Par ailleurs, depuis l’apparition du terme «nostalgie» par le médecin suisse Hofer en 1688, le thème a fait l’objet d’études allant dans différentes voies à son sujet (ex: psychopathologie et/ou mécanisme ressource pour l’humain).

À ses débuts et jusqu’à la fin du 20e siècle, elle était perçue comme étant une maladie incluant des symptômes physiques et psychologiques (Fodor, 1950; McCann, 1941; Rosen, 1975). Par exemple, l’anxiété, les problèmes digestifs, les troubles du sommeil, la fièvre, etc. Cependant, Davis (1979) a été l’un des premiers à distinguer la nostalgie associée à la psychopathologie de la nostalgie pouvant devenir une ressource d’adaptation face à la menace de l’identité de l’individu.

Il est arrivé à la conclusion qu’il est possible de présenter la nostalgie selon deux facettes. La première demeure celle d’un sentiment désagréable, associé au «mal du pays» et à des souvenirs nostalgiques douloureux. La deuxième est celle d’une impression de temps idéalisé, impliquant davantage de souvenirs agréablement vécus et ne tenant pas compte d’éléments exclusivement géographiques liés au mal du pays (Davis, 1979).

La personne éprouve un désir pour cette période du passé et peut vivre un mélange d’affects majoritairement agréables et d’émotions minoritairement désagréables.

À partir des expériences décrites par les personnes ayant participé à différentes études sur le sujet, il est possible de définir la nostalgie comme un sentiment «aigre-doux». Il serait composé d’un mélange d’émotions plus ou moins agréables et désagréables (ex: fierté, peine et réconfort), orienté vers le passé et souvent caractérisé par un aspect social en toile de fond. De plus, les souvenirs nostalgiques sont généralement chargés d’une plus grande charge émotionnelle agréable que désagréable (Sedikides et al., 2016).

L’individu racontant un souvenir nostalgique partage habituellement une histoire significative, l’impliquant lui-même en tant qu’acteur. De plus, les thèmes associés concernent souvent des souvenirs liés à l’enfance ou aux relations proches. La nostalgie peut alors avoir pour effet d’embellir idéalement la perception du souvenir, comparativement à la réalité. La personne éprouve un désir pour cette période du passé et peut vivre un mélange d’affects majoritairement agréables et d’émotions minoritairement désagréables, s’il s’agit d’un souvenir agréablement vécu (Sedikides, Wildschut, Routledge, Arndt, Hepper, & Zhou, 2015).

Dans le cas contraire, lorsqu’il s’agit d’un souvenir difficilement vécu, les émotions désagréables qui l’accompagnent sont majoritaires (ex: tristesse, regrets, etc.), davantage nuisibles et ne favorisent pas l’adaptation psychologique (Wildschut, Sedikides, Arndt, & Routledge, 2006). Toutefois, lorsque les émotions accompagnant le souvenir nostalgique sont majoritairement agréables et aidantes , la condition pour que la nostalgie puisse devenir une source bénéfique de sens à la vie est remplie et respectée.

Les auteurs Routledge, Wildschut, Sedikides, Juhl et Arndt (2012) ont découvert que le souvenir nostalgique est souvent davantage chargé de sens qu’un simple souvenir positif ou un scénario futur désirable. En raison de cette caractéristique, la nostalgie peut également servir de mécanisme d’adaptation psychologique pour contrecarrer spécifiquement les effets de l’absence de sens à la vie.

Puisqu’elle peut favoriser le sens à la vie et le sentiment d’appartenance personnel ou organisationnel (Leunissen, Sedikides, Wildschut, & Cohen, 2016), cela peut également lui permettre d’avoir des propriétés adaptatives face à différentes situations: la solitude (Zhou, Sedikides, Wildschut, & Gao, 2008), l’ennui (Van Tilburg, Igou, & Sedikides, 2012), les habitudes de vie néfastes (Routledge et al., 2011), l’angoisse existentielle (Routledge, Arndt, Sedikides, & Wildschut, 2008) et l’expérience de la fin de vie (Synnes, 2015).

Sans l’impression subjective de continuité de l’identité reliée à la nostalgie, celle-ci demeure habituellement associée au blocage et à la régression, plutôt qu’à l’épanouissement et à l’évolution.

Synnes (2015) a réalisé des recherches auprès de personnes âgées en soins palliatifs vivant avec la maladie et confrontées à la mort imminente. Il a découvert que lorsque le sens à la vie de ces personnes est particulièrement menacé, les personnes concernées utilisent des récits nostalgiques pour favoriser une impression de continuité de leur identité (Synnes, 2015). Les rêveries nostalgiques peuvent donc avoir pour fonction d’aider les personnes à ne pas trop mettre leur attention sur leur situation difficile actuelle, en se remémorant des souvenirs de vie favorisant l’expérience présente.

Finalement, les rêveries  nostalgiques peuvent alimenter une impression de sens (passé, présent, futur) dans la continuité du temps. Toutefois, ces propriétés s’appliquent seulement lorsque la personne a l’impression que son souvenir nostalgique est réellement connecté avec la personne qu’il est dans le présent, et qu’il n’y a pas eu de brisure dans la continuité de celui-ci (ex: deuil difficilement vécu associé au souvenir). Sans l’impression subjective de continuité de l’identité reliée à la nostalgie, celle-ci demeure habituellement associée au blocage et à la régression, plutôt qu’à l’épanouissement et à l’évolution.

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