Étudier à Trois-Ri: Petit portrait des parties de Trois-Rivières

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Quand on commence à étudier dans une nouvelle ville ou qu’on est nouvellement adulte, on peut se sentir désorienté au sens figuré… mais aussi au sens propre. C’est pourquoi aujourd’hui, je te propose un tour d’horizon des différentes parties de Trois-Rivières, notamment en fonction de leurs développements historiques. La prochaine fois, pour compléter le portrait, on abordera la Mauricie, région du Québec où se trouve Trois-Rivières, et les beautés de celle-ci.

Trois-Rivières sur Google Maps – Crédits : Google

Prélude

Pour vous parler de ce sujet, je citerai à plusieurs reprises mon clan mauricien : mon père, François, sixième enfant de Jeannine et Jean-Charles, nés respectivement au Cap-de-la-Madeleine et à ce qui s’appelait à l’époque Trois-Rivières.

Autre remarque : Les divisions territoriales trifluviennes ne sont pas tout à fait uniformes. Les délimitations ne sont claires ni dans la documentation numérique ni dans les esprits. C’est peut-être pour cette raison, comme Marie-Ève Trudel l’a rapporté sur Radio-Canada, que « la Ville de Trois-Rivières mène une consultation citoyenne afin de créer un répertoire des quartiers et cultiver le sentiment d’appartenance des citoyens envers leur quartier. » Cela dit, il existe des constantes.

Six secteurs

Ce qu’on décrit généralement comme les six secteurs de Trois-Rivières correspond aux six municipalités qui existaient avant leur fusion, opérée en 2002 : Trois-Rivières, Cap-de-la-Madeleine, Sainte-Marthe-du-Cap, Trois-Rivières-Ouest, Pointe-du-Lac et Saint-Louis-de-France.

Carte des anciennes municipalités – Crédits : Ville de Trois-Rivières

Commençons par le Cap-de-la-Madeleine, qu’on appelle souvent « le Cap ». L’industrie des pâtes et papiers a joué un rôle majeur dans le développement industriel et l’expansion de Trois-Rivières, et c’est au Cap-de-la-Madeleine qu’est allée s’installer la première usine spécialisée dans ce domaine en 1910. On divise souvent le Cap en deux parties : le Bas-du-Cap, près du pont Duplessis, et le Haut-du-Cap. Le premier est généralement réputé plus pauvre, et l’appellation « Bas-du-Cap » fait donc débat puisque certains la jugent péjorative. Lorsqu’on parle du Cap, on doit mentionner deux incontournables : l’île Saint-Quentin, petit paradis de plein air trifluvien auquel on peut accéder par une sortie sur le pont Duplessis, ainsi que la basilique Notre-Dame-du-Cap et le sanctuaire Notre-Dame-du-Très-Saint-Rosaire, des constructions époustouflantes sur un site très grand où il fait bon se promener.

Le secteur de Sainte-Marthe-du-Cap, lui, se confondait autrefois avec le Cap-de-la-Madeleine, mais il s’en est séparé parce que les habitants étaient alors trop ruraux pour avoir accès aux services du Cap et refusaient donc de payer pour ceux-ci. Ce secteur demeure, encore aujourd’hui, rural. Le secteur Saint-Louis-de-France, quant à lui, est également né dans la ruralité. Ce caractère rural s’oppose quelque peu au développement de Trois-Rivières-Ouest, principalement destinée à devenir une banlieue de Trois-Rivières et où se trouve, aujourd’hui, le pont Laviolette qui nous relie à Bécancour et Nicolet.

Pont Laviolette – Crédits : Tourisme Trois-Rivières

De son côté, le secteur Pointe-du-Lac tire son nom de son emplacement puisqu’il se trouve sur une pointe de sable aux abords du lac Saint-Pierre. Il s’agit encore d’un coin qui offre une magnifique plage aux baigneurs trifluviens, à deux pas du Moulin seigneurial, un site historique d’une architecture rurale superbe.

Plage de Pointe-du-Lac – Crédits : L’éclaireuse

Moulin seigneurial de Pointe-du-Lac – Crédits : Tourisme Mauricie

Quand on dit que Trois-Rivières a été fondée par le sieur de Laviolette en 1634, c’est de la petite partie qu’on appelait Trois-Rivières à l’époque qu’on parlait, celle qui se trouve sur la carte ci-dessus. C’est dans cette petite partie du Trois-Rivières actuel que s’installe, en 1925, la Canadian International Paper (CIP), qui deviendra l’usine de pâtes et papiers la plus grande et la plus moderne du monde. Mon grand-père y aura travaillé toute sa vie d’homme marié jusqu’à sa retraite. Contribue aussi au développement industriel l’avènement de la Wabasso, une usine de textiles où aura travaillé 49 ans, 11 mois et 3 semaines celle qu’on appelait « matante Margot » : Marguerite Bergeron, sœur de ma grand-mère. Les conditions ouvrières sont difficiles dans les deux cas : je me rappelle mon grand-père qui me racontait des histoires à se casser le dos, lui qui était pourtant une armoire à glace dans sa jeunesse.

Évolution historique des quartiers du secteur Trois-Rivières

À l’intérieur même du petit secteur qu’on appelait Trois-Rivières jusqu’en 2002 se trouvent plusieurs quartiers (qu’on appelle parfois aussi « secteurs », selon les sources) plus ou moins historiques. Interrogé sur les différences entre ces quartiers trifluviens, mon père m’explique : « Trois-Rivières, c’était vraiment une ville ouvrière. Ce qui les différenciait, c’était bien plus l’âge, les phases de développement des quartiers. » C’est d’ailleurs cette évolution que décrit en partie l’excellent récit numérique compilé par Julie Grenon en 2021 intitulé Habiter Trois-Rivières d’hier à aujourd’hui.

Elle y explique que, de 1900 à 1930, la population de Trois-Rivières a triplé jusqu’à atteindre 35 000 personnes, ce qui a créé une crise du logement (et oui, une autre). Pour loger les nouveaux venus, attirés par le développement industriel de la place (ce que j’ai mentionné plus haut avec la CIP et la Wabasso), on a créé les quartiers Sainte-Cécile, Notre-Dame-des-Sept-Allégresses et Saint-Philippe, qui entourent le centre-ville trifluvien. Des maisons ouvrières en rangées sont alors mises en place à proximité des usines où travaillent les gens, dans une ère antérieure à la démocratisation de l’automobile. Au cœur du quartier Sainte-Cécile se trouve la rue du même nom; Notre-Dame-des-Sept-Allégresses se trouve près de l’actuel Super C sur le boulevard du Saint-Maurice; et Saint-Philippe est près du parc Victoria sur la rue Royale.

Développement des quartiers hors du centre-ville

De 1945 à 1975, avec la démocratisation de l’automobile, on assiste à l’essor du bungalow, ce qui explique le développement de quartiers de plus en plus éloignés du centre-ville. Plus les gens s’éloignent des premiers quartiers, plus ils ont le sentiment de s’élever socialement. Mes grands-parents suivent le mouvement et font l’acquisition, en 1954, d’un bungalow près du terrain actuel de l’UQTR, qui n’arrivera qu’en 1969. Avant cela, ma grand-mère me disait toujours que c’était si tranquille, ce quartier, et qu’elle allait cueillir des bleuets sur le terrain en question. Presque en même temps que l’UQTR sont bâtis le Centre Les Rivières, le Cégep, le poste de police, l’hôpital Sainte-Marie et un réseau de routes important. Au revoir la quiétude pour grand-maman.

L’UQTR en 1969-1970 – Crédits : Néo-UQTR

Comme on l’a établi, les gens quittent ce qui entoure le centre-ville pour s’établir plus loin quand ils en ont les moyens mais, près de l’UQTR, un quartier d’une pauvreté extrême subsiste : Notre-Dame-de-la-Paix. Mon père m’a dit qu’il était environ au coin de Des Forges et Des Récollets, juste à côté du cimetière qui fait face à l’UQTR. Il m’a expliqué que les gens y vivaient dans des maisons de terre battue, un fait confirmé par le reportage de Julie Grenon. Une Trifluvienne, dans ce reportage, raconte qu’elle n’y avait pas de bain ou d’eau chaude. Tout le quartier sera démoli au tournant des années 1970 et les habitants seront relogés.

L’ancien secteur Notre-Dame-de-la-Paix, aujourd’hui secteur Jean-Nicolet – Crédits : Radio-Canada

Pourquoi je vous raconte tout ça?

Premièrement, ce sont des faits intéressants : qui ne veut pas mieux comprendre le legs de la ville où il habite et les péripéties historiques qui l’ont marquée?

Deuxièmement, ces faits expliquent certaines dynamiques modernes : encore aujourd’hui, plus on se rapproche du centre-ville, plus on considère qu’on est dans un milieu défavorisé, comme le démontre la carte ci-dessous. C’est en partie l’historique industriel de la ville, que je viens de raconter, qui explique ce phénomène.

Carte publiée en 2015 sur la défavorisation des secteurs trifluviens – Crédits : Atlas des inégalités de santé et de bien-être Mauricie et Centre-du-Québec

Ceci dit, doit-on pour autant éviter les secteurs en bleu sur cette carte? Certains anciens quartiers ouvriers, comme Sainte-Cécile, ont une bien mauvaise réputation, mais je vous invite à vous faire une tête vous-mêmes : j’y connais des habitants heureux et d’autres malheureux; l’expérience, apparemment, dépend de votre coin de rue et de vos voisins. Mon opinion rejoint ici celle de Sébastien Dulude : il a publié en 2012, dans Zone campus, un article sur la laideur de certains quartiers qui en profitait pour défendre Sainte-Cécile et ce qu’on appelle la Petite-Pologne, cette partie de la ville où s’étaient établis de nombreux immigrants polonais pour profiter de l’expansion industrielle de Trois-Rivières, partie qui se trouve essentiellement derrière le Super C.

Moi, en tout cas, je dois avouer avoir beaucoup plus de plaisir à me promener dans ces quartiers qui transpirent d’histoire, d’une sueur ouvrière qui nous rappelle les origines de notre Trifluvie, plutôt que de certains milieux plus dénués d’histoire et d’un certain charme.

À la prochaine chronique, on se retrouve avec un zoom arrière sur la Mauricie, où se trouve Trois-Rivières. À la prochaine!

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