I’m Thinking of Ending Things, Charlie Kaufman, 2020

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un peu de cinéma
Crédit: Sarah Gardner

I’m Thinking of Ending Things est officiellement sorti le 4 septembre sur la plateforme numérique Netflix au plus grand bonheur des cinéphiles. Bien qu’il soit distribué par Netflix, le troisième long-métrage du scénariste et réalisateur Charlie Kaufman a été présenté dans quelques salles de cinéma. La carrière de Charlie Kaufman est marquée par de nombreuses collaborations notamment avec les réalisateurs Spike Jonze, avec Being John Malkovich (1999), Adaptation (2002) ainsi que Michel Gondry, avec Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004). 

Synecdoche New York est présenté pour la première fois lors du Festival de Cannes en 2008. Il figure notamment parmi la sélection officielle en compétition pour la Palme d’or. Ce premier long-métrage est considéré par bon nombre d’analystes comme étant une œuvre importante du cinéma postmoderne et parfois même comparé au chef d’œuvre 8 1\2 de Federico Fellini.

Bande-annonce du film I’m Thinking of Ending Things de Charlie Kaufman.

Par la suite, il effectue une transition vers l’animation de type stop motion et nous offre Anomalisa (2015). Profondément philosophiques, ses oeuvres sont marquées par des thématiques telles que la recherche du sens de la vie et de la mort. Dans ses films, il nous présente avec brio des personnages vivant différentes crises de la vie, tant identitaire dans Anomalisa qu’existentielle dans Synecdoche New York. Pour I’m Thinking of Ending Things, il revient en quelque sorte à ses origines et ses influences surréalistes telles que développées dans Being John Malkovich et Eternal Sunshine of the Spotless Mind.

La création d’une illusion, la rêverie poétique de Charlie Kaufman

Dans I’m Thinking of Ending Things, il nous offre, une fois de plus, un récit surréaliste. Dès le départ, on se retrouve dans une école vide où l’on aperçoit un vieil homme, un concierge dont le nom restera un mystère. Tout comme la jeune femme dont le nom ne sera jamais officialisé. Tantôt elle se nomme Lucy et est physicienne, tandis que Louisa est serveuse dans un petit café, Lucia est gérontologue et Amy est critique de cinéma. L’identité du personnage interprété par Jessie Buckley nous est trouble et quasiment inconnu pour des raisons que seule la finale nous permet de comprendre. Ici on peut reconnaître certaines similitudes avec les personnages psychologiquement troublés du Mulholland Drive de David Lynch ou encore de Persona d’Ingmar Bergman. 

En route vers la résidence familiale de son copain Jake (Jesse Plemons), la jeune femme va remettre en question la relation qu’elle entretient avec lui. Se répétant sans cesse mentalement :«I’m Thinking of Ending Things». Nous sommes forcés de nous demander si cette remise en question va au-delà de cette relation amoureuse. Tout comme le protagoniste de Synecdoche New York, la jeune femme semble en profonde crise existentielle et identitaire.

Durant le trajet en voiture, Jake tente de réciter un poème de William Wordsworth, Ode: Intimations of Immortality. Dès lors, à la demande de Jake, la jeune femme va réciter un poème qu’elle a écrit, ce qui va accentuer la tension entre les deux personnages en raison des thématiques présentes dans le poème telles que la solitude, l’aliénation, le regret, le vieillissement ainsi que la mort. Elle va même à décrire le caractère monotone des jours qui passent: «the sun goes down like a tired whore». 

À leur arrivée, Jake tient absolument à ce que la jeune femme visite la ferme où celui-ci a grandi. Dans l’une des pièces se retrouve une immense tache de sang séchée. Le jeune homme lui explique alors qu’il s’agit de l’endroit où l’une des bêtes était venue s’isoler pour mourir et que la tache était le résultat des nombreux asticots qui la dévoraient de l’intérieur. Mais pourquoi cette image?

Ici Charlie Kaufman nous présente une des nombreuses visions de l’aliénation et la mort, thématiques centrales du film. La rencontre avec les parents donne lieu à de nombreuses scènes surréalistes, puisque nous comprenons désormais que le récit ne se trouve pas dans une conception linéaire du temps. Tantôt la mère est très jeune, tantôt mourante, tandis que le père est parfois jeune et plus tard, atteint de démence. Charlie Kaufman nous transporte une fois de plus, à la manière de Eternal Sunshine of The Spotless Mind, dans le monde du rêve et de la désillusion où tout nous ramène à l’aliénation et à la solitude. 

À l’aide de nombreuses scènes mélangeant à la fois le réel et l’imaginaire, Charlie Kaufman nous offre une critique du cinéma américain. Majoritairement linéaire et sans danger, il critique notamment le cinéma de Robert Zemeckis (Forrest Gumps, Cast Away, Terminal) qui se termine souvent par des «happy endings» réconfortants. Il critique notamment le film A Women Under the Influence de John Cassavetes dont l’une des idées centrales du film était que la femme va s’adapter à toutes les situations afin de plaire aux hommes. Cette critique va plus loin lorsque la jeune femme condamne les paroles de la chanson Baby It’s Cold Outside de Frank Loesser en faisant référence aux condamnations durant le mouvement #metoo.

Il va plus loin dans sa critique de la culture du divertissement américain lorsque le personnage de la jeune femme affirme: «fill my brain with lies to pass the time in the blink of an eye» ou encore lorsqu’elle affirme que le suicide est devenu une nouvelle forme de mythologie faisant référence aux nombreux écrivains américains morts par suicide, dont David Foster Wallace. 

Dans I’m Thinking of Ending Things, Charlie Kaufman nous transporte dans les rêveries et les désillusions d’un/une protagoniste entre souvenirs, fabulations et destins incertains… mais de qui au juste? Selon moi, ce film est à voir absolument pour tous les fans de Charlie Kaufman, mais aussi pour les adeptes de cinéma surréaliste, frôlant l’expérimental. 

Suggestions de la semaine

1- Synecdoche New York (2008), Charlie Kaufman

2- Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004), Michel Gondry

3- Re-Animator (1985), Stuart Gordon

4- Mulholland Drive (2001), David Lynch 

5- BlacKkKlansman (2018), Spike Lee

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