Je me souviens… Au pouvoir, citoyens!: En 2017, «faut qu’on se parle!»

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Inspiré par la tournée québécoise de consultation publique organisée à l’automne dernier par le collectif Faut qu’on se parle, et ayant participé à l’assemblée de Trois-Rivières, j’ai voulu revenir sur mon expérience de démocratie directe. En attendant le rapport que les organisateurs vont publier ce printemps, voici une brève réflexion sur quelques enjeux soulevés lors de cette soirée.

Les origines

D’emblée, je souligne cet effort d’intelligence collective pour se réapproprier le pouvoir citoyen. Après la parution en décembre d’un article de ma collègue Caroline Filion sur l’assemblée trifluvienne du 22 novembre, qui a fait salle comble en rassemblant environ 200 personnes, je trouve intéressant de dresser un portrait plus global de cette excellente initiative citoyenne porteuse d’avenir.

Soutenu d’abord par cinq puis par neuf personnalités populaires québécoises, le mouvement a aussi été financé par des artistes tels que le metteur en scène Dominic Champagne et l’humoriste Yvon Deschamps. Les citoyens étaient également invités à se joindre au mouvement par des dons.

En plus des dix consultations publiques organisées par le collectif entre le 11 octobre et le 8 décembre (Québec, Saguenay, Sherbrooke, Rouyn-Noranda, Carleton-sur-Mer, Gatineau, Sept-Îles, Trois-Rivières, Rimouski et Montréal), rassemblant plus de 5000 personnes, 174 assemblées de cuisine ont eu lieu un peu partout au Québec, de Montréal aux Îles-de-la-Madeleine, en passant par Kuujjuaq et la Gaspésie. D’ailleurs, plus de 60% des assemblées ont été organisées en dehors de Montréal, ce qui démontre l’importance de faire rayonner le Québec à partir de ses régions.

Les objectifs

Cette tournée non partisane était organisée pour plusieurs motifs, notamment pour prendre le pouls de la population sur différents enjeux de société, ainsi que favoriser la contribution au débat public.

À l’heure de la «post-vérité» à la Trump, du cynisme grandissant envers la plupart de nos élites politiques, de la désinformation et de la perte de sens critique de nos médias traditionnels, il est très important que la société civile puisse elle-même développer des outils pour réfléchir, discuter et faire des bilans. Seul, on peut avancer, mais tous ensemble, on va toujours beaucoup plus loin.

Nous devrions continuer de favoriser les processus de consultation plutôt que de les abolir, comme l’a fait le honteux gouvernement Couillard depuis son élection en avril 2014, avec les Forums Jeunesse, les Conseils régionaux des élus (CRÉ), les agences régionales de santé et services sociaux, ainsi que la conférence des recteurs universitaires (CREPUQ), pour ne nommer que ceux-là.

Seul, on peut avancer, mais tous ensemble, on va toujours beaucoup plus loin.

Les enjeux

Lors de la consultation de Trois-Rivières, 386 solutions ont été apportées par les intervenants! L’ampleur est considérable et couvre de nombreux sujets, qui vont de donner la parole à la relève artistique et à la jeunesse jusqu’à une réforme du financement des médias, en passant par la nécessaire nationalisation des banques.

Les outils élaborés par le mouvement Faut qu’on se parle à l’aide des nouvelles technologies (tablettes électroniques) ont permis de sonder les citoyens, dans une sorte de démocratie directe très stimulante, dont j’ai noté quelques résultats. Les participants à l’assemblée trifluvienne se sont prononcés sur plusieurs enjeux fondamentaux touchant principalement l’éducation, l’économie et la démocratie.

Par exemple, selon un vote, les participants étaient CONTRE l’abolition des commissions scolaires et POUR le revenu minimum à 15$ de l’heure. Du côté de l’économie, les gens ont notamment suggéré une urgente réforme du capitalisme par la décroissance ou un véritable développement durable, l’instauration d’un revenu minimum garanti, sans oublier l’abolition de l’évasion fiscale.

Au sujet de la démocratie, les gens présents ont souhaité ardemment une réforme du scrutin. Quoique les moyens soient nombreux (vote en ligne, vote préférentiel, élimination des partis politiques, proportionnelle mixte), ils ont aussi voté POUR la démocratie par tirage au sort, mais CONTRE le vote obligatoire, une mesure que je trouve très intéressante et qui existe pourtant dans plusieurs pays.

Une personne a souligné qu’il vaudrait mieux voter pour des idées ou des projets de lois, et non pour des personnes. Élire des maîtres ou continuer d’appuyer une aristocratie élective? Non merci. D’autres ont aussi défendu une décentralisation des pouvoirs vers les régions ou les municipalités.

Évidemment, plusieurs enjeux majeurs ont malheureusement été mis de côté lors de cette soirée, qui ne pouvait approfondir que trois des dix thèmes retenus par les organisateurs.

Parmi les sujets négligés, outre le statut politique du Québec (malgré un certain consensus autour de la libération nationale tant à gauche qu’à droite), il y avait également la gratuité scolaire à tous les niveaux, la spirale infernale de l’endettement étudiant, l’idée d’un plafond salarial, l’augmentation sidérante des inégalités socio-économiques, la défense de la langue française, le problème de l’égalité des savoirs à l’école, le jumelage possible des élections scolaires et provinciales, etc.

Néanmoins, une chose demeurait: l’importance de définir un nouveau projet de société pour le Québec.

Il faut sortir de l’engourdissement social et se donner le pouvoir d’agir.

Bilan provisoire

Maintenant, mobilisons-nous pour éveiller les consciences des enfants (par un cours d’éducation à l’empathie, comme au Danemark?), mais aussi des professeurs, tout en forçant les politiciens à vraiment consulter le peuple. Il faut sortir de l’engourdissement social et se donner le pouvoir d’agir.

S’inspirer des référendums d’initiatives populaires, comme en Suisse, ou des différentes formes d’assemblées constituantes, permettra au Québec de renouer avec l’esprit collectif, avec ce que l’on appelait jadis l’intérêt national, pour enfin sortir de l’individualisme et de l’égoïsme. Il faut qu’on se lève et qu’on marche ensemble pour forcer les politiciens à appliquer les réformes.

Il est impératif de revenir à l’essentiel si l’on veut guérir notre démocratie et relancer le Québec sur la voie du progrès social. Par l’entremise de discussions publiques, nous devons continuer de réveiller la conscience de la nation québécoise, une puissance qui permettra d’évoquer et de rêver à un monde meilleur, puis de le rendre tangible et accessible à tous. Bref, il faut revenir au projet défendu par nos patriotes républicains de 1837-38, tels Édouard-Étienne Rodier ou Louis-Joseph Papineau, qui défendait, il y a plus de 180 ans, l’idée selon laquelle «le peuple ­[est la] seule source légitime de tout pouvoir» politique.

 

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