Je me souviens… Au pouvoir, citoyens!: Ensemble, sur le dos de la même tortue…

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Depuis que j’ai vu L’empreinte, un excellent documentaire de Carole Poliquin et d’Yvan Dubuc, produit en 2015 et porté par le comédien Roy Dupuis, portant sur les origines amérindiennes du peuple québécois, j’ai une fixation sur un pan oublié de notre histoire.

De là se pose la question qui tue: que savons-nous vraiment des Amérindiens à part la fameuse «loi sur les Indiens» de 1876 au niveau fédéral, et d’ailleurs toujours en vigueur?

À première vue, en tant qu’individus nés et élevés dans la culture populaire de la société québécoise, nos premières impressions, ou plutôt nos connaissances à ce sujet, sont assez, sinon très faibles. Hormis les principaux clichés connus tels que le tambour autour du feu, les chants de gorges inuits présents dans presque toutes les cérémonies officielles du Canada, le duo Kashtin qui fut populaire au Québec dès le début des années 1990 ou encore qu’à la même époque Dédé Fortin fonda le groupe Les Colocs avec Mike Sawatzky – un Amérindien originaire des Cris de la Saskatchewan – il est fort difficile de bien répondre à cette question clairement. Pourtant ils sont si proches, même plus que l’on pourrait le penser.

Je sais que je ne sais rien

En effet, certains objets d’usage pratique de notre culture populaire témoignent d’une certaine proximité: noms de lieux communs, raquette de neige, sirop d’érable, tressage, emprunts vestimentaires, culture de la canneberge, techniques de chasse, stratégies de guerre et même de paix. Notre bagage génétique issu du métissage (75 % des Québécois(es) dits de souche), souligne notre héritage indéniable lié aux valeurs amérindiennes: respect, humilité, courage, consensus, collaboration, fierté d’être libre, protection de la Nature.

La dernière fois que nous avons entendu parler d’«eux», c’était à l’automne 2009, lors du «Moulin à Paroles» pour la controversée commémoration des 250 ans de la bataille des Plaines d’Abraham de 1759. Sous l’œil de la caméra de Jean-Claude Labrecque, une joute de mots et une lecture savoureuse des textes politiques constitutifs de notre passé ont été organisées, notamment par des membres du groupe indépendantiste Loco Locass. Ceux-ci réussirent à réunir les 11 nations du Québec afin de participer à cet évènement artistique et historique sans précédent, dans une réconciliation publique par l’art oral de nos nations.

Plus récemment, le refus de Harper de lancer une commission d’enquête sur 1186 femmes autochtones disparues ou assassinées en trente ans, les conflits fréquents entre le Conseil de bande versus le Conseil traditionnel, les routes bloquées par les Innus dans le cadre du Plan Nord du PLQ, le scandale en octobre 2015 des agressions sexuelles par des policiers de la SQ en Abitibi, ces faits nous poussent à ouvrir notre horizon de connaissance et de conscience tant dans la sphère sociale, économique que politique à propos de ces exclu(e)s.

Idle No More fut aussi le mouvement de contestation des communautés amérindiennes du Canada, lancé le 10 décembre 2012, pour empêcher la violation de leurs traités ancestraux par la loi omnibus C-45 du gouvernement Harper. Ces militants autochtones ont également fait du travail exceptionnel dans le dossier de l’Uranium sur la Côte-Nord (par une marche des Cris de 800 km), en faveur de la fermeture de Gentilly-2 ou encore pour bloquer les projets mégalomaniaques d’oléoduc et d’or noir de la compagnie albertaine TransCanada.

Mais qui se rappelle qu’en septembre 2014, les chefs et les élus de la nation atikamekw ont procédé à une «déclaration unilatérale de souveraineté» sur leur territoire ancestral, le Nitaskinan, d’une superficie de 80 000 kilomètres carrés en Mauricie et dans Lanaudière?

En bref

On dénombre 11 nations autochtones au Québec, totalisant plus de 101 000 membres, c’est-à-dire environ 1 % de la population. En ordre décroissant, il s’agit des Cris, des Mohawks, des Innus, des Algonquins, des Atikamekw, des Micmacs, des Hurons-Wendats, des Naskapis, des Abénaquis, des Malécites (pratiquement disparus au Québec) ainsi que du peuple inuit. D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé le film UVANGA, réalisé par Marie-Hélène Cousineau et Madeline Piujuq Ivalu (Téléfilm Canada, 2013), qui dresse le portrait de ces communautés inuites qui vivent toujours isolées dans l’immensité du grand nord québécois.

Notre héritage lié aux valeurs amérindiennes est indéniable.

De plus, la population autochtone est nettement plus jeune que la moyenne québécoise et elle connaît une croissance démographique rapide. Environ 60 % des Amérindiens et des Inuits vivent dans l’une ou l’autre des 55 communautés réparties sur le territoire du Québec.

Connaissez-vous bien les communautés autochtones près de chez vous? Pour y voir plus clair, voici un outil web indispensable: http://ici.radio-canada.ca/autochtones-du-quebec.

Si vous voulez en connaître davantage sur nos ami(e)s les autochtones, je vous conseille aussi le deuxième documentaire de Richard Desjardins, Le peuple invisible (2007, ONF, 93 min). Consacré aux quelques 9000 Algonquins de l’Abitibi, le film raconte leur histoire tragique: la confiscation de leurs terres par les gouvernements, le pillage de leurs ressources naturelles, le passage forcé du nomadisme au sédentarisme, la misère sociale obtenue, etc. Dans une chronique ultérieure, j’aurai sans doute l’occasion de revenir sur les pensionnats.

Ô Canada

Alors que l’ONU célèbre depuis 1994 la Journée internationale des populations autochtones, le 9 août, le Canada tient une Journée nationale des Autochtones, le 21 juin.

Au Canada, on compte d’ailleurs au moins 33 nations qui regroupent plus d’un million d’individus, soit environ 4 % de la population. De plus, la Loi constitutionnelle de 1982 de Trudeau père stipule que le terme «Autochtones» désigne à la fois les Amérindiens, les Métis et les Inuits. Cependant, l’appellation «Premières Nations» ne désigne que les Amérindiens.

Ayant longtemps refusé systématiquement de signer à l’ONU la Déclaration sur les droits des peuples autochtones (septembre 2007), le Canada de Harper s’est finalement ravisé en novembre 2010, quoique ce document ne soit pas du tout contraignant sur le plan juridique.

L’élection le 19 octobre dernier de Trudeau fils va permettre, nous l’espérons tous, une ouverture plus grande face à ce défi de rapprochement, de (re)mise en valeur et de pardon.

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