Je me souviens… Au pouvoir, citoyens!: Le Canada n’a pas 150 ans! (partie 1)

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Même si Ottawa envisage de dépenser en 2017 autour de 500 millions (Agence QMI, 6 janvier 2017) de dollars pour célébrer le 150e anniversaire du «Canada», il est impératif de revenir sur quelques faits historiques entourant la fondation de cette patrie nordique. Pour commencer ma série d’articles consacrés à la Confédération canadienne, revenons dans le temps pour préciser les véritables origines du pays dit canadien.

Dès juillet 1534, le navigateur malouin Jacques Cartier (1491-1557) débarque à Gaspé, afin de prendre possession d’un nouveau territoire au nom de François 1er, roi de France.

L’année suivante, lors de son deuxième voyage, Cartier devient le premier Européen à découvrir et à pénétrer dans le majestueux fleuve Saint-Laurent, qui deviendra l’axe de l’empire colonial français en Amérique. Après discussion avec deux Autochtones, il comprend qu’une partie de ce territoire s’appelle «kanata», ce qui voudrait dire «village» en langue huronne ou iroquoise. Les Amérindiens lui indiquent «le chemyn de Canada», que les cartographes retiendront à leur tour, et que Jacques Cartier situera dans un territoire entre l’Isle-aux-Coudres et Hochelaga (Montréal).

En septembre 1535, il entre dans la «rivière de Canada» et arrive à l’archipel d’Orléans, qui est «le commancement de la terre et prouvynce de Canada». Selon l’historien Marcel Trudel, le nom de Canada ne s’applique alors qu’à la région actuelle de Québec. Lors de son troisième et dernier voyage (1541-42), le découvreur originaire de St-Malo est nommé capitaine général de la nouvelle expédition qui doit se rendre à «Canada et Ochelaga», afin d’explorer l’intérieur du continent. Sur les cartes de 1547, tout le territoire au nord du fleuve Saint-Laurent est alors appelé «Canada».

Célébrer les «150 ans du Canada» est une insulte à la mémoire du Canada français.

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Plus de 60 ans plus tard, Samuel de Champlain (v. 1574-1635) quitte La Rochelle en France pour tenter d’établir officiellement une colonie française en Amérique du Nord. Dès 1603, il désigne sous le nom de «rivière de Canadas» ce qui deviendra le fleuve St-Laurent après 1604. En fait, même si le mot n’apparaît pas sur ses cartes les plus célèbres, Champlain en est en quelque sorte le fondateur légitime. Lors du 400e anniversaire de la ville de Québec en 2008, le Premier ministre du Canada, Stephen Harper, avait pourtant créé une grande controverse en déclarant que «La fondation de Québec est aussi la fondation de l’État canadien […] La gouverneure générale est la successeure aujourd’hui de Samuel de Champlain, le premier gouverneur du Canada.»

Au fil du temps, plusieurs cartographes confirment l’usage de «Canada» pour situer la Nouvelle-France, mais aussi son grand fleuve: Marc Lescarbot l’inscrit sur sa carte en 1609, Nicolas Sanson sur une autre en 1650, Baptiste Louis Franquelin le géographe du roi en 1685, puis Jean-Baptiste Nolin édite une carte de Jean-Nicolas du Tralage en 1689 et précise «la mer du Canada». Même la voie fluviale du Québec est alors décrite comme étant le «fleuve de Canada ou de S.Laurens». En 1703, sur la carte de Guillaume Delisle, le Canada est toujours synonyme de Nouvelle-France.

Par contre, il faut attendre le 30 avril 1663, lorsque la France adopte l’Édit de création du Conseil souverain, pour que la Nouvelle-France devienne officiellement une province du royaume de la France, et pas n’importe laquelle: sa première colonie royale. D’après le constitutionnaliste Christian Néron, aussi historien du droit et des institutions, il s’agit de notre première constitution.

Enfin libérée de la Compagnie des Cents-associés, la Nouvelle-France amorce réellement son développement grâce à l’arrivée de presque 800 Filles du Roy et du régiment Carignan-Salières, qui doublent le peuplement de la colonie en seulement dix ans. Des administrateurs comme l’intendant Jean Talon, le marquis de Tracy et le gouverneur de Courcelles rêvent également de voir naître en Amérique un nouveau royaume français, la création d’un «État fort» et autonome.

En 1664, le célèbre gouverneur de Trois-Rivières, Pierre Boucher (1622-1717), aussi le premier Canadien à être anobli par Louis XIV, avait publié en quinze chapitres son Histoire véritable et naturelle des mœurs et productions du PAYS de la Nouvelle-France vulgairement dite le CANADA.

Dès le XVIIe siècle, le Canada est synonyme de Nouvelle-France.

En 1665, c’est au tour de l’intendant Talon de défendre l’avenir de la Nouvelle-France en insistant sur un aspect économique: «La cession du Canada à la Compagnie des Indes occidentales est avantageuse au Roi si le motif est d’augmenter les profits de la compagnie.» En mai 1666, le roi réplique à Jean Talon par l’entremise de son ministre Colbert, responsable de la colonie; «Il ne sera pas de la prudence de dépeupler son royaume comme il faudrait pour peupler le Canada.»

Devenu gouverneur, Louis de Buade de Frontenac écrit au roi en 1672 pour l’encourager à agir vite: «Si le Roi voulait seulement faire pour la conservation du Canada ce qu’il fait pour la moindre des villes qu’il a prises aux Hollandais et envoyer pour le Canada et l’Acadie ce qu’il y a de garnisons dans la plus petite de ces places, nous serions à couvert de toutes sortes d’insultes et en état de faire des choses très avantageuses pour l’augmentation d’un pays qui peut devenir un jour un Royaume considérable.»

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Si Ottawa veut souligner quelque chose, que le gouvernement fédéral de Trudeau fils s’intéresse d’abord aux origines manifestement françaises du Canada, ou encore au sombre bilan du 150e de la Confédération canadienne (1867-2017). J’aurai d’ailleurs l’occasion de revenir sur les scandales entourant l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. Enfin, souhaitons que personne n’ose célébrer les «150 ans du Canada»! Autrement, cela serait une insulte à la mémoire du Canada français.

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