Je me souviens… Au pouvoir, citoyens!: Pour une République libre du Québec

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Depuis quelques temps, par l’entremise d’auteurs tels que Marc Chevrier (La République québécoise: hommages à une idée suspecte) ou Danic Parenteau (Précis républicain à l’usage des Québécois), on voit réapparaitre la notion de république, une philosophie politique millénaire qui préconise entre autres la primauté du peuple et la valorisation du bien commun. Arrêtons-nous quelques instants pour mieux en comprendre les enjeux.

Considérée comme «l’ensemble des biens, des droits, des prérogatives de la puissance publique et des services propres à un État» (Wikipédia), la République (Res Publica) est surtout la représentation globale de tous ses citoyens, et signifie au sens propre la chose publique, c’est-à-dire l’intérêt général, puis le gouvernement, la politique et enfin l’État.

Dès l’Antiquité, plusieurs philosophes tels que Platon, Aristote et Cicéron ont défendu et expliqué, chacun à leur manière, une vision élaborée de cette forme de gouvernement, quoique la vision qu’ils en avaient ne reflétait pas la conception populaire ou plébéienne.

Plus tard, Blaise Pascal parlera d’une «République Chrétienne», puis Montesquieu, d’une «République des Lettres». Rousseau, dans son ouvrage Du contrat social (1762), la définit comme «tout État régi par des lois, sous quelque forme d’administration que ce puisse être; car alors seulement l’intérêt public gouverne et la chose publique est quelque chose. Tout gouvernement légitime est républicain». C’est alors un synonyme de bonne gouvernance, dans le sens de la recherche du bien commun dans plusieurs domaines, ou encore qu’il faut toujours agir selon l’intérêt général. Par la suite, basé sur l’idéal romain, le mot s’est opposé au monarchisme puis au despotisme.

Depuis l’indépendance des États-Unis (1776-1783) et la Révolution française (1789), les républiques ont fleuri un peu partout dans le monde, s’inscrivant dans un mouvement mondial de libération et dans l’émergence du sentiment national (printemps des peuples) tout au long du 19e siècle. Pendant cette période, nos élites patriotes ont également tenté d’instaurer une République du Bas-Canada en février 1838. Or, l’ingérence de Londres et la brutalité des troupes de soldats britanniques et des Volontaires loyaux ont tout changé.

De nos jours, l’idée de république n’est pas du tout moribonde, car environ 86% des pays dans le monde sont des républiques. Lorsqu’un(e) Québécois(e) voyage ou prend des vacances, il ou elle le fait dans une République: États-Unis, Cuba, Mexique, Chine, Pérou, Philippines, Pologne, Pakistan, Rwanda, Sénégal, Turquie, Vietnam, France, etc.

Qu’est-ce que ça mange en hiver?

Dans son livre, Danic Parenteau explique bien en quoi la république concerne tout ce qui touche la laïcité, la citoyenneté, l’identité nationale et la souveraineté populaire. À mon avis, la meilleure citation permettant d’expliquer la république serait «[l]e gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple» prononcée par Abraham Lincoln dans son célèbre discours de Gettysburg en 1863. Cette phrase, souvent associée avec justesse à la démocratie ou à la république, fut notamment intégrée par notre mère patrie, la France, dans sa Constitution de la cinquième république le 4 octobre 1958.

Selon Stéphane Kelly, un autre penseur d’ici qui s’est intéressé exhaustivement à ce concept politique de gestion collective, le républicanisme valorise l’action citoyenne et le devoir civique. Dans ce modèle, on fait aussi appel à la vertu (chaque citoyen doit faire de son mieux), car l’on croit que l’individu est un animal politique (qui a des privilèges et des droits mais, proportionnellement, des devoirs). Selon Montesquieu, le républicain est mû par l’amour de la patrie, le courage, la bravoure, la persévérance, la détermination, la confiance, la passion, la volonté… une pensée qui repose sur l’impératif de considérer et de songer d’abord à la communauté. Il faut toujours garder le bien commun à l’esprit.

La république, c’est la conception d’une société plus juste où l’engagement a une plus grande valeur que l’opportunisme. Chaque individu possède un talent et doit prendre sa place dans la société plutôt que de s’adonner exclusivement à ses propres intérêts égoïstes.

Le philosophe normand Michel Onfray précise quant à lui que «la république est chose publique, non confiscation privée», dénonçant le poids des compagnies et des banques. La mondialisation fait en sorte que les cultures nationales redécouvrent leur légitimité face aux limites du marché et du système judiciaire. On assiste aussi à un retour au rôle du citoyen qui devrait avoir le maximum d’informations sur son gouvernement, mais jamais le contraire! «Du point de vue républicain, la souveraineté populaire précède celle de l’État. La seconde prend sa source dans la première et en est indissociable. Or, derrière l’idée de souveraineté populaire réside le pouvoir constituant», écrit Parenteau. Il serait donc temps d’avoir une réflexion participative sur l’organisation sociale non autoritaire.

86% des pays dans le monde sont des républiques

La souveraineté véritable réside dans la population, non seulement parce que «le peuple est la seule autorité légitime», comme le disaient déjà nos Patriotes de 1837-38, mais surtout parce que le pouvoir est faillible. Il incombe donc aux représentants du peuple d’être imputables et de prendre la responsabilité totale de leurs actes. En d’autres mots, la république est d’abord la suprématie de la population. Cet esprit anticolonialiste fait en sorte que le gouvernement doit être redevable au peuple. Autrement, si le bien commun et la paix sociale sont menacés, la population devrait posséder un pouvoir de destitution.

Toujours d’actualité

Au moment où la confiance des citoyens envers leurs élu(e)s se fragilise et fond comme neige au printemps, où la société civile se mobilise contre un gouvernement libéral «austéritaire» qui démantèle l’État québécois et nos acquis sociaux – mais aussi contre un gouvernement conservateur anti-écologique qui, s’appuyant sur des gens non élus (Sénat, Juges), bafoue nos revendications, signe des traités internationaux ou s’en retire sans notre consentement et désire nous imposer un oléoduc monstrueux; l’heure est grave.

En attendant la révolution tant attendue et la mort du capitalisme sauvage, préparons tous ensemble le développement intelligent de nos ressources matérielles, intellectuelles et morales. Comme disait Gérald Larose, l’éducation, c’est la base: «Les professeurs sont les bâtisseurs du pays. Il faut réinvestir dans les écoles!» Il faut ainsi continuer de développer chez tous les citoyens et les citoyennes la maximisation de leur potentiel intellectuel et artistique, et leur inculquer les valeurs républicaines dont le sens du devoir civique. Il faut maintenant, et ce, plus que jamais, renverser le terrible rouleau compresseur libéral afin d’utiliser l’État au profit du peuple, et enfin pousser la nation vers sa pleine autonomie.

À quand un retour aux grands rêves collectifs? Il est urgent de renouer avec un corpus d’idées qui traverse nos institutions et les divers partis politiques (19 seulement au Québec, rappelons-le) en faveur d’un véritable projet social porteur d’avenir et de mettre de l’avant la doctrine de l’intérêt général, au détriment de la partisannerie et du lobbying.

Se libérer des entraves du carcan fédéral serait notamment une alternative envisageable à court terme, mais dont le bénéfice serait, lui, de très longue durée. Saviez-vous que dans le seul domaine de la gestion de l’eau, sept ministères fédéraux s’ingèrent dans nos affaires? Quant à la présence archaïque de la reine d’Angleterre, sur notre monnaie et dans le serment de nos élus, c’est un autre symbole de notre colonisation et de la domination d’une autorité étrangère sur notre propre sol. Il semble aussi que le «vivre-ensemble» du Québec demeure étranger au «laisser-vivre» du Canada multiculturaliste.

Le projet inspirant de République libre du Québec, défendu par plusieurs mouvements et différentes organisations, entend bien défendre au nom de la population la justice sociale et l’écoresponsabilité, puis détruire tout lien de subordination du peuple québécois. Il serait enfin temps que le Québec choisisse lui-même son régime et son statut politique, puis instaure sa propre Constitution, colonne vertébrale de toute société. Québécoises et Québécois, relevons-nous, le temps de l’aplaventrisme et de la soumission est terminé.

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