L’Écon’homme: La course au vaccin

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L'Écon'homme
Crédit image: Sarah Gardner

Savoir quel sera le premier vaccin est une compétition qui fait rage dans tous les laboratoires pharmacologiques du monde. Certains candidats-vaccins sont bien en avant sur les compétiteurs et les gouvernements les encouragent à grands coups de subventions. Jamais on n’aura mené une si grande course à l’innovation dans l’histoire de l’humanité.

Ce qu’il faut savoir, c’est que le développement d’un vaccin coûte excessivement cher, tandis que sa production coûte excessivement peu. Ainsi, trouver la recette est couteux, alors que la répéter est simple, une fois celle-ci connue.

De plus, la situation étant d’urgence sanitaire, il y a fort à parier qu’un brevet soit apposé, afin de tirer un maximum de la découverte lorsqu’elle arrivera. L’entreprise ayant un brevet émettra par la suite des licences d’utilisation, comme le veut la pratique usuelle des brevets. Cette mécanique met donc beaucoup de risques sur les entreprises qui investissent en recherche et développement (R&D), mais peut-être ne trouveront jamais. À l’inverse, ce phénomène avantage grandement l’entreprise brevetée, car elle lui confère un monopole législatif.

La finance derrière le vaccin

Le processus financier classique en innovation (Howe and McFetridge, 1976). On investit à perte jusqu’à la découverte tant souhaitée. Par la suite, si on trouve le succès, on remonte la pente lentement (en orange), sinon on stagne dans le déficit (en bleu).

On peut illustrer le processus financier en présence par un trou. Innover dans le domaine pharmaceutique nécessite de gros investissements en recherche, on creuse un trou, on dépense. Par la suite, on espère recouvrir au minimum ses investissement avec un médicament qui fonctionne, avant que d’autres ne le trouvent. Sinon, c’en est une autre qui remplit son trou, avec des bénéfices, créant éventuellement une petite montagne, tandis que les autres restent prisES avec leur trou béant!

Ce phénomène est créé par le brevet. C’est un outil fort utile d’incitation à l’innovation, car il donne un monopole temporaire au premier à découvrir une innovation. Ainsi, c’est le brevet qui engage la course, c’est le trophée, la raison de la course! C’est un incitatif à investir rapidement, comme l’on montré Cumming et MacIntosh (2000). Toutefois, la compétition au niveau actuel peut être un désincitatif.

C’est d’ailleurs pourquoi le gouvernement s’en mêle

Un tel investissement représente de grands risques. En temps normaux, une pharmaceutique peut compétitionner avec quelques autres laboratoires pour une problématique précise. Toutefois, le cas présent est planétaire, et donc les pharmaceutiques à travers le monde y participent. Plus de coureurs il y a, et plus le risque de ne pas finir premier est grand, ce qui peut calmer les ardeurs de certains joueurs (Angelmar, 1985). Afin de diminuer ce risque, les gouvernements subventionnent actuellement à grande pompe leurs industries pharmaceutique. Ainsi, si elles ne gagnent pas leur pari, elles perdent moins de fonds et ne mettent pas leurs entreprises en péril.

Au-delà de subventionner, le gouvernement sécurise des doses. Il envoie un signal comme quoi la demande est là. Un signal comme quoi les entreprises perdantes de la course ont tout de même intérêt à acheter des droits de production au breveté. Ainsi, les gouvernements incitent une production rapide et de masse dès la découverte du vaccin.

Imaginons, plusieurs dizaines de laboratoires, innovant afin de solutionner un problème commun.

Le miracle qui opère

Outre cet enjeu économique qui incombe une course au vaccin, cette course est un miracle humain. Imaginons, plusieurs dizaines de laboratoires pharmaceutiques à travers le monde innovant avec des centaines de cerveaux parmi les plus intelligents dans leur domaine, afin de solutionner un problème commun. N’est-ce pas un miracle? Pourquoi ne pas utiliser cette force coopérative nouvellement découverte pour régler les grands problème de notre ère?

CertainEs me trouveront utopiste. D’autres me diront que l’existence de réseaux de recherche ne date pas d’hier. À ces dernières personnes, je répondrais que la valorisation de ces réseaux par les gouvernements, mais aussi le financement massif des laboratoires impliqués dans ces réseaux, est hors du commun. Nous devons innover pour venir à bout de ce virus, mais dans une plus grande mesure, pour affronter les défis de notre temps, mettons-nous y sérieusement!

Sources

Angelmar, R. (1985). Market Structure and Research Intensity in High-Technological-Opportunity Industries. Source: The Journal of Industrial Economics, Vol. 34, No. 1 (Sep., 1985), pp. 69-79.

Cumming, D. J. et J. MacIntosh (2000). The Determinants of R&D Expenditures: A Study of the Canadian Biotechnology Industry. Review of Industrial Organization, No. 17 (2000), pp. 357-370.

J.D. Howe and D.G. McFetridge (1982). The Determinants of R & D Expenditures. The Canadian Journal of Economics, Vol. 9, No. 1
(Feb., 1976), pp. 57-71.

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